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Nationale

Bandes de quartiers: La contre-offensive de l’Etat

Bandes de quartiers: La contre-offensive de l’Etat
Une guerre sans merci.

Face à la montée des bandes de quartiers, désormais considérées comme une menace pour la sécurité publique, l’Etat change de dimension. En proclamant une « guerre sans merci » contre ces réseaux criminels, le président Abdelmadjid Tebboune affiche une ligne de fermeté qui dépasse le seul registre répressif. Renforcement du cadre juridique, mobilisation des institutions et prévention, les autorités misent sur une stratégie globale pour enrayer un phénomène devenu un défi majeur. Ahmed Mizab, politologue et expert en questions stratégiques et sécuritaires décrypte, pour le Jeune Indépendant, les enjeux et les implications.
Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a affiché une détermination sans équivoque face au phénomène des bandes de quartiers. S’exprimant lors de son entrevue périodique avec les représentants des médias nationaux, il a lancé un message de fermeté, déclarant : « Je m’engage à protéger toutes les familles avec leurs fils et leurs filles. Nous menons une guerre sans merci contre ces individus. »
En outre, il a assuré que les différents corps de sécurité demeuraient pleinement mobilisés pour démanteler ces réseaux criminels, avant de rappeler un principe qu’il considère comme intangible : lorsqu’il est question de la sécurité et du bien-être des citoyens, « seule la loi prévaut ». Derrière cette déclaration se dessine une volonté clairement assumée d’empêcher l’enracinement de groupes criminels dont l’influence s’étend désormais bien au-delà de la simple délinquance urbaine.
Ahmed Mizab a expliqué que « les propos du Président traduisent une prise de conscience de la nature évolutive des menaces qui pèsent aujourd’hui sur la société algérienne. Il ne s’agit plus uniquement de lutter contre des actes de délinquance isolés, mais de faire face à des phénomènes criminels organisés qui portent atteinte à la sécurité publique, à la stabilité sociale et à l’avenir de la jeunesse ».
Selon le politologue, ces groupes ne se limitent plus à des actes de violence occasionnels. Dès lors qu’ils s’organisent autour de logiques d’intimidation, de contrôle territorial ou d’activités illicites, ils deviennent un facteur d’instabilité susceptible d’éroder le sentiment de sécurité des citoyens et de fragiliser la cohésion sociale. Il souligne que « cette mutation explique la réponse plus globale désormais privilégiée par les pouvoirs publics, laquelle associe action sécuritaire, prévention et mobilisation de l’ensemble des institutions concernées ».
Pour M. Mizab, la déclaration du chef de l’Etat dépasse largement le registre de la communication politique. Elle traduit une volonté de réaffirmer l’autorité de l’Etat face à des groupes qui cherchent à imposer leurs propres règles dans certains quartiers. Il analyse ainsi la portée du message présidentiel : « A travers l’expression « guerre acharnée », le chef de l’Etat envoie un message clair : l’Etat ne tolérera aucune forme de remise en cause de son autorité ni l’émergence d’espaces où la loi serait concurrencée par des logiques de violence, d’intimidation ou de trafic. Cette position s’inscrit dans une démarche visant à renforcer l’autorité de l’Etat, à préserver l’ordre public et à garantir la sécurité des citoyens. »
Cette fermeté a ainsi pour objectif de rappeler que la sécurité des citoyens demeure une prérogative exclusive de l’Etat. Aucune organisation, quelle que soit son influence locale, ne saurait remettre en cause l’autorité de la loi ou prétendre exercer un pouvoir parallèle. Cette orientation traduit également la volonté des autorités de prévenir l’installation durable de foyers de criminalité susceptibles de compromettre la stabilité des quartiers et, à terme, celle de la société tout entière.

Arsenal juridique renforcé face à une menace en mutation
Cette évolution de la menace s’est accompagnée d’une adaptation progressive du cadre juridique. Face à des formes de criminalité de plus en plus organisées, les pouvoirs publics ont renforcé les instruments législatifs afin de mieux prévenir les agissements des bandes de quartiers et de faciliter leur répression.
L’ordonnance n° 20-03 du 30 août 2020 relative à la prévention et à la lutte contre les bandes de quartiers constitue aujourd’hui l’un des principaux piliers de cette stratégie. Ce texte définit juridiquement ces groupes, renforce les dispositifs de prévention et adapte les poursuites lorsque les infractions sont commises dans un cadre collectif et organisé. Parallèlement, plusieurs dispositions du code pénal ont été révisées afin de tenir compte de l’évolution des nouvelles formes de criminalité.
L’expert explique que cette évolution législative répond à une nécessité imposée par les transformations du phénomène. Il soutient que « le renforcement de l’arsenal juridique, la mobilisation des services de sécurité et la coordination avec les autorités judiciaires témoignent d’une volonté de mener une action globale fondée à la fois sur la répression, la prévention et la protection ». Il ajoute que cette approche traduit la volonté des pouvoirs publics de ne plus se limiter à sanctionner les infractions, mais également d’empêcher l’installation durable de réseaux criminels capables de s’implanter dans certains quartiers et d’exercer une influence sur les populations les plus vulnérables.
Conscients que la seule réponse judiciaire ne suffira pas à endiguer durablement le phénomène, les pouvoirs publics entendent inscrire cette lutte dans une stratégie globale et pérenne. L’objectif est de mobiliser l’ensemble des institutions concernées afin d’agir simultanément sur les manifestations de la criminalité et sur les facteurs qui favorisent son développement.
Cette volonté s’est concrétisée en 2026 avec l’installation, par le ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports, Saïd Sayoud, de la Commission nationale de prévention et de lutte contre les bandes de quartiers. Cette instance est chargée d’assurer la coordination entre les différents secteurs concernés, de suivre les actions engagées sur le terrain et de proposer les mesures susceptibles d’améliorer l’efficacité de cette politique publique.
Dans le prolongement de cette initiative, la Stratégie nationale de prévention et de lutte contre les bandes de quartiers 2026-2029 a fixé une feuille de route reposant sur une approche interministérielle. Elle associe les services de sécurité, la justice, les collectivités locales, les secteurs de l’éducation, de la jeunesse, des affaires religieuses ainsi que les acteurs de la société civile. Cette stratégie prévoit notamment le renforcement des mécanismes de prévention, le développement des actions de sensibilisation, une meilleure coordination entre les institutions et la mise en place d’un suivi territorial destiné à anticiper les situations à risque avant qu’elles ne dégénèrent.
Pour M. Mizab, cette démarche illustre une évolution importante de l’action publique. La réponse de l’Etat ne consiste plus uniquement à intervenir après la commission des infractions, mais à agir en amont afin d’empêcher l’émergence de nouveaux foyers de criminalité et de réduire les facteurs de vulnérabilité qui favorisent leur implantation.

Trafic de drogue, un facteur aggravant
La lutte contre les bandes de quartiers ne peut être dissociée d’un autre défi majeur : celui du trafic de stupéfiants. Pour les autorités, ces deux phénomènes sont désormais intimement liés. Les réseaux criminels s’appuient souvent sur les mêmes circuits, exploitent les mêmes fragilités sociales et recrutent au sein d’une jeunesse en quête de repères. Cette convergence renforce leur capacité de nuisance et justifie une réponse coordonnée mêlant action sécuritaire, judiciaire et préventive.
Lors de son entretien avec les représentants des médias nationaux, le président de la République a rappelé les efforts engagés par l’Etat pour lutter contre les narcotrafiquants. Il a souligné que la législation avait été progressivement durcie afin de mieux répondre à l’évolution de cette criminalité, avant de réaffirmer qu’« aucune personne ne pouvait se placer au-dessus de la loi ».
Cette lecture est partagée par M. Mizab. Le politologue considère que les bandes de quartiers et les trafics illicites constituent aujourd’hui « les deux facettes d’une même menace sécuritaire ». Il explique que « la problématique des bandes de quartiers et du trafic de drogue revêt aujourd’hui une dimension stratégique. Les réseaux criminels cherchent souvent à exploiter les fragilités sociales, à cibler les jeunes et à développer des activités illicites qui alimentent d’autres formes de criminalité. C’est pourquoi leur neutralisation constitue un impératif de sécurité nationale autant qu’un enjeu de protection de la société ».
Il poursuit en expliquant que les réseaux prospèrent en tirant profit des difficultés sociales et économiques de certains jeunes. En leur promettant des gains rapides, un sentiment d’appartenance ou une forme de reconnaissance, ils les entraînent progressivement dans des activités illicites dont les conséquences dépassent largement le cadre des violences de quartier. M. Mizab relève que cette mécanique favorise l’enracinement de réseaux criminels capables d’exercer une influence durable sur certains territoires, d’alimenter l’économie souterraine et de fragiliser davantage la cohésion sociale.

La prévention, l’autre front de bataille
Si la fermeté demeure indispensable, M. Mizab tient toutefois à nuancer le débat. Il souligne que la réponse sécuritaire, à elle seule, ne permettra pas d’éradiquer durablement le phénomène. Il explique que « cette bataille ne peut être exclusivement sécuritaire. Sa réussite dépend également de la capacité à renforcer les mécanismes de prévention, à promouvoir la sensibilisation, à protéger les jeunes contre les risques de dérive et à consolider les facteurs de cohésion sociale. » Il soutient que « c’est dans cette complémentarité entre la fermeté de l’Etat et la résilience de la société que se trouve la clé d’une lutte durable contre ces phénomènes ».
A travers cette analyse, le politologue met en avant un enjeu qui dépasse le seul champ de la sécurité. Familles, établissements scolaires, associations, collectivités locales, institutions religieuses, médias et structures de jeunesse sont appelés à jouer un rôle déterminant dans la prévention des conduites à risque, le renforcement du lien social et la promotion des valeurs de citoyenneté. L’objectif est d’offrir aux jeunes des perspectives susceptibles de les éloigner de l’influence des réseaux criminels avant même qu’ils ne basculent dans la délinquance.
Dès lors, au-delà de la lutte contre les bandes de quartiers, c’est la protection d’une génération et la préservation de la cohésion nationale qui sont en jeu. La contre-offensive engagée par l’Etat traduit ainsi une ambition plus large : celle d’empêcher l’enracinement de phénomènes criminels susceptibles de porter atteinte à la stabilité du pays. Entre fermeté, adaptation du cadre juridique, coordination institutionnelle et prévention, les autorités misent désormais sur une approche globale pour préserver durablement la sécurité publique et garantir à la jeunesse un environnement où la loi demeure l’unique référence.



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