Algérie- Mali : Le geste inamical de trop d’Assimi Goïta – Le Jeune Indépendant
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Nationale

Algérie- Mali : Le geste inamical de trop d’Assimi Goïta

Algérie- Mali : Le geste inamical de trop d’Assimi Goïta

Les autorités de Bamako ont franchi le Rubicon. Elles ont, non seulement dénoncé l’Accord pour la Paix et la Réconciliation au Mali, issu du Processus d’Alger, mais elles ont annoncé que cela prenait effet immédiatement.

Pire, des accusations ont été portées contre l’Algérie, par le communiqué officiel malien selon lesquelles, Alger serait à la manœuvre contre les intérêts de l’Etat et du peuple maliens. Cette dénonciation unilatérale, loin de consolider la souveraineté du Mali sur son territoire, ouvre au contraire, grandes les portes de l’instabilité et de l’aventurisme de tiers parties, extrarégionales aux intérêts malveillants pour les peuples de la région.

C’est dire que la boite de pandore a été ouverte par un gouvernement malien qui, loin de chercher des solutions politiques durables au problème de la gouvernance et de la sécurité du pays, s’est lancé dans une fuite en avant sous le slogan populiste de souverainisme et de l’alliance avec des groupes mercenaires étrangers au détriment des résolutions de l’Onu et de l’Accord d’Alger de 2015 qui met en place les mécanismes de sortie de crise au Mali.

Le colonel Assimi Goïta, qui n’a pas compris la pensée profonde d’un Frantz Fanon, ou d’un Thomas Sankara aggrave la situation de son pays et le prive de mécanismes institutionnels, consensuels et négociés, garantis par le Processus d’Alger.

Goita plaide la souveraineté du Mali tout en livrant l’avenir du pays aux mercenaires soutenus par des puissances étrangères qui ont fait du Sahel un champ de bataille  pour livrer des guerres de positionnement en Afrique contre d’autres puissances.

D’où cette crainte de spécialistes confortée justement par la position officielle exprimée par les Affaires étrangères algériennes. Le département d’Ahmed Attaf a pris connaissance, « avec beaucoup de regrets et une profonde préoccupation » la décision de Bamako.

Dans son communiqué, les Affaires étrangères algériennes précisent : « l’Algérie prend acte de cette décision dont elle tient à relever la gravité particulière pour le Mali lui-même, pour toute la région qui aspire à la paix et à la sécurité, et pour l’ensemble de la communauté internationale qui a mis tout son poids et beaucoup de moyens pour aider le Mali à renouer avec la stabilité par la réconciliation nationale ». Ainsi, Alger rappelle à Bamako la gravité de sa décision, pas uniquement pour le Mali mais également pour toute la région. Chose que les autorités maliennes semblent avoir perdu de vue.

« Goïta et son gouvernement sont dans une cécité stratégique », estime un chercheur algérien au fait du dossier. Pour ce dernier, il y avait des signes avant-coureurs de cette dénonciation.

« D’abord, la nouvelle constitution malienne adopté l’Eté dernier fait l’impasse des accords d’Alger, ensuite la reprise des hostilités dans le Nord du pays avec des groupes Touaregs signataires des accords, considérés par Bamako comme des terroristes, puis le renvoi de la Minusma, instrument onusien pour la mise en œuvre des Accords d’Alger, et enfin les dernières passes d’armes et autres flèches lancées par les Maliens à l’adresse des Algériens depuis décembre 2023, accentués à l’occasion du sommet des Non-alignés à Kampala en Ouganda, la semaine dernière », précise ce chercheur.

Le communiqué algérien prend à témoin le peuple malien. « L’Algérie a un devoir d’information envers le peuple malien frère. Ce dernier sait que l’Algérie n’a jamais failli à travailler à la mise en œuvre de l’Accord pour la Paix et la Réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger, avec sincérité, bonne foi et solidarité indéfectible envers le Mali frère ».

Cette précision est nécessaire afin de couper l’herbe sous les pieds des manipulateurs et autres propagateurs de Fake News tendant à présenter l’Algérie comme une puissance avec des velléités hégémoniques qui ne soucie guère de l’avenir de son voisin du Sud.

Sans revenir sur l’argumentaire que les diplomates ont qualifié de « fallacieux », le ministère algérien des Affaires étrangères réfute avec pédagogie à l’opinion publique malienne les accusations erronées de Bamako qui a privilégié l’option militaire et du tout sécuritaire au détriment des solutions politiques.

Le piège de la militarisation
« Il n’a échappé à personne que les autorités maliennes préparaient cette décision depuis bien longtemps », précise le communiqué.

Avant rajouter que « les signes avant-coureurs depuis deux ans en ont été leur retrait quasi-total de la mise en œuvre de l’Accord, leur refus quasi systématique de toute initiative tendant à relancer la mise en œuvre de cet Accord, leur contestation de l’intégrité de la médiation internationale, leur désignation de signataires de l’Accord, dûment reconnus, comme dirigeants terroristes, leur demande de retrait de la MINUSMA, l’intensification récente de leurs programmes d’armement financés par des pays tiers et leur recours à des mercenaires internationaux ».

Pour l’Algérie, c’est clair, « toutes ces mesures systématiquement mises en œuvre ont soigneusement préparé le terrain à l’abandon de l’option politique au profit de l’option militaire comme moyen de règlement de la crise malienne ».

Pour un politologue algérien, les autorités maliennes sont tombées dans le piège de la militarisation et de la re-ethnicisation du conflit au Nord du pays. Ainsi, Assimi Goïta et ses sponsors rééditent les mêmes erreurs qui ont été commises en 2012-2013 ayant pousser les mouvements Touaregs à reprendre les armes, à proclamer l’indépendance unilatérale de l’Azawad et de l’alliance avec les groupes islamistes et les groupes terroristes.

« Le peuple malien frère doit savoir que des décisions aussi malheureuses et aussi malvenues ont prouvé par le passé que l’option militaire est la première menace à l’unité et à l’intégrité territoriale du Mali, qu’elle porte en elle les germes d’une guerre civile au Mali, qu’elle diffère la réconciliation nationale au lieu de la rapprocher et qu’elle constitue enfin une source de menace réelle pour la paix et la stabilité régionales », martèle de son côté le communiqué des Affaires étrangères algérien, pour qui seule l’option politique basée sur le dialogue inclusif, constructif et sans exclusion puisse éloigner le pays du spectre de la guerre civile.

Pour Alger, le Mali « a toujours besoin de paix et de réconciliation. Il n’a aucun besoin de solutions qui ne lui ont apporté par le passé que déchirements, destructions et désolations. Répéter ces erreurs du passé, c’est prolonger indûment la tragédie et les malheurs pour le Mali et pour le peuple malien frère ».

La fuite en avant de Bamako fait le jeu de puissance extrarégionale qui ont investi dans le créneau de la division et des dissentions afin de détruire les structures étatiques et les constructions diplomatiques nécessaires à la consolidation de la concorde et de la bonne entente entre les peuples et les pays de la région du Sahel.

L’Algérie qui a toujours mis en avant sa doctrine basée sur le respect de la souveraineté des Etats, la non-ingérence dans les affaires intérieures des autres et la bonne entente avec ses voisins, est-elle appelé à changer de paradigmes ?

La provocation malienne et l’aventurisme nigérien sont autant de signaux de changement de temps. De nouveaux acteurs investissent la région du Sahel pour bousculer les acteurs traditionnels et la réponse algérienne doit désormais être dictée par ses intérêts et ceux-ci uniquement, estime un journaliste spécialiste du Sahel.

La nature ayant horreur du vide, un aggiornamento de la pensée stratégique algérienne est plus que jamais nécessaire afin de faire comprendre à tous le monde que le Mali et le Niger, ne sont sujets à un complexe de sécurité autonome, mais qu’ils font partie d’un complexe de sécurité commun avec l’Algérie, le voisin du Nord comme le démontre clairement l’initiative du CEMOC de Tamanrasset.

La cécité de Goïta et de ses amis de la région obéit vraisemblablement à des calculs où l’or, les armes et le pseudo-souverainisme le disputent à la raison issue des réalités du local. Bamako, dont les intérêts immédiats se trouvent liés à des combinaisons complexes qui ont pour première cible l’Algérie a oublié les règles du bon voisinage et de la cordialité. Une leçon est plus que jamais nécessaire pour rétablir les choses !

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