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Nationale

Badsi : «La liquidation de Khalifa bank dans trois ans»

Badsi  : «La liquidation de Khalifa bank dans trois ans»

Le 27e jour du procès, jeudi d’Abdelmoumene Khalifa et des 68 autres accusés poursuivis pour plusieurs chefs d’inculpation, notamment association de malfaiteurs, vol qualifié, faux et usage de faux dans des écritures bancaires, abus de confiance et escroquerie, a été consacré à l’audition de Moncef Badsi quant à la mission qu’il a accomplie toujours au sein de cette banque privée.

Il a affirmé au président du tribunal criminel de Blida que « plusieurs noms sont concernés par l’escroquerie du siècle et devraient être poursuivis en matière pénale », sans toutefois préciser qui sont ces personnes.

M. Badsi a indiqué au juge : « J’ai trouvé beaucoup de difficultés au lendemain de mon installation car je n’arrivais pas à rentrer dans le vif du sujet pour la simple raison que j’étais à Skikda pour accomplir une mission similaire, mais j’ai fini par accepter la proposition car il était de mon devoir de sauver l’intérêt de tous ».
S’agissant de la situation dans laquelle il avait trouvé la banque d’Abdelmoumene Khalifa, il a affirmé : « Le décor était indescriptible.

Le désordre régnait partout notamment au niveau de la caisse principale et des différentes agences bancaires comme celles des Abattoirs d’Hussein-Dey, d’El Harrach et d’Oran ».
« Au lendemain de ma désignation, j’ai d’abord commencé par clôturer toutes les filiales dépendantes de Khalifa Airways. »

Il a par ailleurs affirmé que « l’opération de liquidation de la banque Khalifa enclenchée dès mai 2003 visait à limiter l’ampleur du « désastre » qu’allait engendrer la banqueroute de cette banque et qui aurait pu se transformer en « drame national » si la compagnie nationale Sonatrach avait procédé à des placements de fonds comme prévu initialement »

Lors de son audition par le juge d’audience, M. Badsi, qui s’est constitué partie civile, a expliqué qu’à son « installation la mission était compliquée au vu de la situation à laquelle est arrivé le groupe Khalifa », ajoutant qu’il a « œuvré à limiter l’ampleur du désastre et les dégâts et par-delà éviter un drame national ».

« Je suis convaincu qu’il fallait arrêter un processus de détournement et de pillage à grande échelle et cela aurait été encore un drame national si l’entreprise publique Sonatrach avait procédé au placement des 400 milliards de centimes », a déclaré M. Badsi en réponse au juge sur la question de la liquidation, exprimant le souhait que cette affaire serve de leçon à l’avenir.
Beaucoup d’anomalies

Dans son intervention qui a duré tout au long de la journée d’avant-hier, le liquidateur a affirmé qu’à sa prise de fonction où il devait « approfondir et corroborer » le travail de l’administrateur Mohamed Djellab, au bout de trois jours d’inspection et de travail il a constaté que « ce n’est pas uniquement la banque Khalifa qui était dans un état d’« anarchie et de confusion totale, mais toutes les filiales et compagnies du groupe qui appartenaient à l’ex-boss, objet de la poursuite judiciaire : « ces dernières nécessitaient d’abord des actes fondamentaux, à savoir « faire l’inventaire et préserver le patrimoine », dans un environnement, a-t-il dit, « empreint de panique et de suspicion aussi bien au niveau interne de la banque qu’à l’extérieur ». Il a indiqué avoir « relevé beaucoup d’anomalies et carences, notamment en ce qui concerne l’environnement de la gestion interne des affaires au sein des différentes agences.

Tout le monde voulait se servir. Il y avait une ambiance qui n’aidait pas le mécanisme de récupération »
Dans le même contexte, il a dénoté qu’outre « les actions de pillage qui se sont poursuivies jusqu’à la mise sous administration, il y avait un manque de professionnalisme dans pratiquement toutes les agences de Khalifa Bank ». Il cita comme exemple « La gestion des archives liées aux opérations comptables et bancaires mises dans des cartons jetés dans des locaux et éparpillés un peu partout ».

« Il fallait rapatrier toutes ces archives constituées de 1,2 million de dossiers dont certains d’entre eux étaient sensibles et confidentiels et collecter des informations. C’est ce qui a rendu encore plus complexe la mission », a-t-il précisé.
Dans le même volet, il a déclaré que : « les comptes n’étaient pas à jour et les documents pas classés ! ».

Tout en précisant que ce qui a été dit est loin de refléter la réalité de la situation, M. Badsi a relevé que sa mission a révélé l’existence de comptes d’ordres qui « polluent toute possibilité de faire une comptabilité, et cela témoigne de la présence d’opérations en attente douteuses et contestables », ajoutant à titre d’illustration que pour l’exercice 2002 dans « un compte d’ordre à 97 milliards de dinars, les ES (écritures en suspens inter-agences) représentaient 66 milliards de dinars, et des comptes de correspondants n’étaient pas intégrés dans la comptabilité ».

La liquidation de Khalifa bank dans trois ans

M. Badsi, qui a indiqué que « la liquidation de la banque sera clôturée d’ici à trois ans, a fait savoir qu’au 31 décembre 2014 il avait une créance de 104 milliards de dinars, n’ayant pu récupérer à ce jour que 10 milliards de dinars et qu’il restait encore 5000 comptes à déboucler ».

Il a souligné que ces opérations douteuses étaient centralisées dans certaines agences de Khalifa Bank comme celles de Blida, Koléa, Oran, El-Harrach, Cheraga et les Abattoirs qui ont « fait des performances » en la matière, tout comme « il y a des individus révélés lors de la liquidation, ayant commis des infractions mais qui ne sont pas poursuivis faute de documents les incriminant ».

Par ailleurs, les écritures bancaires inter agences falsifiées, selon le liquidateur, « peuvent cacher d’autres infractions puisqu’on a enregistré un montant de 689 millions de dollars pour des opérations de transferts non conformes à la réglementation », notant qu’on peut retrouver pour le même objet acheté plusieurs contrats, à l’instar de l’achat d’unités de dessalement d’eau de mer.
M. Badsi a expliqué qu’il a trouvé dans les documents trois contrats pour des montants variables de 91, 51 et 41 millions de dollars et même des spécimens de contrats et factures vierges, ajoutant également que le groupe Khalifa a fait de la rétention des fonds étant donné qu’il puisait dans les comptes de ses correspondants pour transférer des capitaux.

Questionné par le juge sur le patrimoine de Khalifa, le liquidateur a rétorqué qu’il a sciemment retardé la vente du patrimoine immobilier pour tirer profit de la hausse du prix qu’enregistre le marché.

« Actuellement nous sommes entrain d’accélérer les choses et nous faisons de bonnes affaires pour un seul but, celui d’assurer le remboursement des déposants, notamment les petits », a-t-il lancé en recensant une carcasse aux Bananiers vendue à la direction générale des Douanes pour 23 milliards de centimes, un local au boulevard Zirout Youcef et un hôtel à Béjaïa vendu au Fond algéro-koweitien à 100 milliards. Il a cité notamment les trois hélicoptères à 18 millions de dollars et les 2 ATR vendus au Ministère de la Défense nationale et à Air Algérie pour 15 millions de dollars.

Moncef Badsi a toutefois estimé que Khalifa Bank avait des compétences et qu’elle aurait pu prospérer n’étaient les pratiques douteuses qui se sont généralisées. « Un manager qui veut réussir doit propager la bonne conduite », a-t-il soutenu. Toutes les ressources financières générées par la vente du foncier immobilier de la Banque Khalifa n’ont pas atteint 10% du montant des créances, a indiqué jeudi le liquidateur judiciaire, Moncef Badsi, devant le tribunal criminel de Blida.

M. Badsi a indiqué que « la liquidation a pu récupérer 800 millions de dinars de Khalifa Airways, 650 millions de dinars de Khalifa construction, 432 millions de dinars sur la vente de 500 véhicules vendus aux enchères publiques mais ces ressources ne représentent que près de 10 % du montant des créances », ajoutant qu’à présent « il ne reste que quelques locaux sis à la rue Tripoli à Hussein Dey ».

Le liquidateur, qui a précisé qu’il procède toujours au remboursement des clients victimes de la faillite de Khalifa Bank a, également, fait savoir qu’« il est en négociation pour la vente de biens pour 100 milliards de dinars, relevant toutefois, que « la liquidation a besoin d’une actualisation des lois pour pouvoir avancer dans ces opérations qui excluent les biens à l’étranger ».
Au cours de ses réponses, M. Badsi a noté qu’il fait des rapports d’étapes et fait état de la programmation à la Commission bancaire de la Banque d’Algérie.

Interrogé par l’avocat de la défense sur la liste de noms de ministres et de hauts responsables auxquels des crédits ont été accordés par Khalifa Bank, le liquidateur nommé le 29 mai 2003, répond par l’affirmative malgré l’« objection » du magistrat Antar Menouar qui a argué que la question ne figure pas dans l’arrêt de renvoi.

« Effectivement des noms de responsables existent dans le cadre de la liquidation et ces personnes seront appelées pour rembourser leurs prêts », a souligné Moncef Badsi.

Ce dernier a été questionné par l’avocat d’Abdelmoumène Khalifa sur le refus du tribunal de Nanterre de leur accorder la possibilité de se constituer partie civile en 2004 dans le procès relatif à la villa de Cannes, estimée à 45 millions d’euros.
« Nous avons introduit un pourvois en cassation le mois d’octobre dernier », a riposté le liquidateur.

Il convient de signaler que les interventions des parties civiles se poursuivront aujourd’hui. Il est fort probable que le procureur général Zerg El Ras Mohamed, dresse son réquisitoire demain. 

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