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Op-Ed

Au temps de l’Eugénisme soft

Rassurons-nous, il n’existe plus d’Etat eugéniste dans le monde contemporain, le dernier en date, aurait été éradiqué avec la chute du régime nazi en 1945. Mais est-ce à dire qu’on en a vraiment fini avec le recours aux solutions eugénistes ? 

Hors le cas où elles ont des visées élitistes manifestes, les solutions eugénistes ont trouvé des domaines d’application insoupçonnés et les progrès en matière de biotechnologie conduisent l’humanité vers les rivages enchanteurs du trans-humanisme.
Les solutions eugénistes ont été revisitées et rénovées à mesure que s’organisait la grande kermesse des idéaux de progrès pour le bien être commun de l’humanité.
On les a aseptisé de toute connotation péjorative afin de les mettre au diapason des droits de l’homme enthousiasmés par ces myrifiques professions de sympathie entourant la construction tous azimut des grands ensembles régionaux pour un monde meilleur.
Soixante quinze ans après la seconde grande guerre, la paix du monde tient toujours à un tragique équilibre de la terreur au feu atomique apocalyptique, qu’on renégocie avec cynisme en déclenchant des contre-feux là où les pertes humaines mêmes déplorables, sont considérées comme inévitables voire, utiles.
Depuis la mémorable crise structurelle de 1929, la menace cyclique du knock out économique et financier d’une telle ampleur n’est régulée qu’en contrepartie de ces millions de faillites, de destructions d’entreprises et d’emplois. Derrières ces chutes, que de vies humaines écoutées !
L’état de confiance anesthésiant recouvré par et dans le monde victorieux des nouveaux suprématistes procure une accalmie dont les bienfaits n’ont pas vocation à se produire partout et pour tous. Un peu comme la ligne de pluviométrie ; les supplications des fidèles assoiffés ne réussissent jamais à la déplacer.

Ceux qui ne savent pas s’adapter à leurs milieux dégradés périront !


Au lendemain de la chute du mur de Berlin, les cartes rebattues, les enjeux géopolitiques sont de nouveau redéfinis avec l’entrée en scène de nouvelles et vigoureuses puissances en appétit, et bien sûr, les phénomènes épuratoires sont mieux argumentés, ils sont comme qui dirait : politiquement corrects !

Chaque camp élabore ses plans de sécurisation en « traitant » ce qu’il identifie comme des poches de barbarie dans des zones géographiques de friction séculaire, propices aux guérillas et aux accrochages inter-ethniques, mais aussi, dans d’autres aires géographiques en vulnérabilité multiple où se sont crées des États lumpen en bout de chaine des délocalisations et, où la faucheuse moissonne ces chiffres froids sur lesquels on s’arrête si peu. Ces chiffres ne seront jamais interrogés devant la cour pénale internationale !

Les pays du Sud inaptes
Dans l’enceinte de l’UE dont le projet d’harmonisation des politiques sociales cale contre la forteresse de la discipline budgétaire, il a été impossible d’assurer la coexistence entre les impératifs du marché et les nécessités de la concorde et de la cohésion sociales ; les pays du sud du continent, s’étant avérés inaptes aux draconiens programmes de remise à niveau, tombent, certains sans qu’il soit possible de les tirer durablement du naufrage financier, comme c’est le cas parlant de la Grèce.

On élague nécessairement les mauvaises branches qui risquent de déformer l’arbre.

La guerre des titans
Le lot de mesures d’austérité subséquentes à la crise financière de 2007-2008 ont fonctionné comme de véritables mesures eugénistes puisqu’elles ont été administrées à l’intérieur de ces pays, aux plus pauvres. Elles ont conduit au tarissement de l’emploi des seniors ont crée la nouvelle “génération perdue” composée de jeunes chômeurs de moins de 30 ans.
L’irascible et délétère guerre commerciale en cours entre les principaux titans, les USA et la Chine leur concurrent stratégique, impacte sans le moindre différé des économies jusque là solides ou résilientes avec de cruels revers de fortune selon leur niveau d’exposition ou selon leur importance dans l’ordre économique mondial ultralibéral.
Cette guerre de leadership ouverte a accéléré un processus d’extinction irréversible des économies, des pays gangrénés par la corruption institutionnalisée, présentant entre autres symptômes, un PIB par habitant dégradé. Le menace gagne aussi les pays qui ne se sont pas dotés d’une politique économique de développement, traînant des handicaps structurels et pour certains d’entre eux, frappés par la « malédiction des ressources naturelles ».

Dans un monde de compétitivité, on ne sauve pas les inaptes sans mettre en jeu des points cruciaux de performance à son détriment.
Le maintien de ces lourds complexes industriels responsables de l’augmentation des gaz à effet de serre dans l’atmosphère, continue de se faire au désavantage des populations. En souffrent particulièrement les populations qui vivent dans des terres à faible élévation, des populations actuellement en déperdition, qui prennent le chemin de l’hypothétique exode climatique.
Les pays du G20 continuent à émettre près de 78 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, mais ce sont les pays pauvres qui sont appelés au sacrifice et à l’amende alors qu’ils sont, non seulement, les moins pollueurs du monde mais sont, les plus pollués par les pays énergivores du monde riche. Ceux-ci continuent d’accentuer leur pression sur les ressources naturelles en déclin et, surexposent ainsi leurs populations déjà insuffisamment dotées en couvertures sanitaires à la recrudescence d’anciennes épidémies (paludisme, fièvre jaune, dengue..) et à l’apparition d’épidémies à virus émergents (Ebola, zika, chikungunya..).

Difficile de continuer de conclure à l’expression d’un ordinaire mécanisme d’autorégulation naturel de la démographie en oeuvre dans ces populations.

N’observe-t-on pas quelque part, que l’Afrique connaît un inquiétant boom démographique, avec un taux de croissance annuel de 24,4% contre 8.4% en Asie et seulement 0,4% pour l’Europe ?
 

Mais on oublie que même s’il affiche le plus fort taux de natalité (32,6 ‰ contre 10,1‰ pour l’Europe), ce continent affiche la plus basse espérance de vie (60 ans contre 82 ans en Europe) et ne représente que 12,5 % de la population mondiale loin devant l’Asie qui en représente plus de 60% du total.
De plus, l’Asie réussit toujours un taux de croissance annuel moyen de son PIB de l’ordre de 7,5% en dépit de la morosité mondiale causée par les retombées de la crise financière planétaire.
En réaction à la crise de 2007-2008, les économies de l’UE hors le cas de l’Allemagne, ont opté pour l’indéfinissable « scénario d’austérité compétitive » alors que la distribution des dividendes ne cessait de se multiplier. 
Rien n’a été convenu entre les membres de l’union pour mettre en place une solidarité européenne afin d’amortir des chocs asymétriques que subiraient certains membres de l’UE.
Le Covid19 vient de leur infliger un cataclysme dont les chocs en série les incitent à évoquer l’opportunité d’un programme d’assistance financière mais sûrement pas une mutualisation des dettes. Pas question de porter à bout de bras les estropiés.
On se rappellera avec amertume, qu’en 2008, ces mêmes États ont épongé massivement les faramineuses pertes des banques sans la moindre contrepartie et ont mis au régime de l’austérité les milieux populaires et les services publics.
« L’euro austérité » a ainsi lourdement frappé notamment, le service public de la santé. L’épidémie du covid19 la révèle dans toute sa laideur.
Les choix sélectifs faits par les gouvernements de gauche comme de droite passaient par les hôpitaux appelés à produire des services rentables. Autrement dit, l’objectif consistait à « rationaliser » l’accès aux généreux soins de santé publique.
En France par exemple, alors que les charges des hôpitaux augmentaient, on décidait de procéder à la réduction indirecte de leurs budgets en faisant progresser ces derniers, bien en deçà de l’augmentation de leurs frais de fonctionnement. Impossible de satisfaire de la sorte, une demande de soins en constante augmentation.
Les déficits structurels s’accumulant au terme de huit ans d’austérité, on se résout à faire fusionner des hôpitaux publics sans d’ailleurs les tirer d’affaire, et on en ferme d’autres, de préférence dans des communes pauvres.
Les familles modestes et les précaires auront toujours droit de se présenter aux services de soins d’urgence !
Face à un virus aussi invasif que le covid19, il a fallu confiner toute la population avec l’objectif acceptable de casser la courbe ascendante du covid19.
Cependant, l’objectif inavoué a été celui d’éviter que les services d’urgence et de réanimation débordés dans ces hôpitaux en sous nombre, en sous effectifs et en sous-équipement, ne se transforment en mouroirs et en morgues.


L’impact de la mesure du confinement même partiel dont l’aspect financier a été seulement approché dans un premier temps, donne déjà lieu à de vives inquiétudes sur le plan social.
 

En moins de un mois de l’entrée en vigueur de la mesure du confinement, le CAC 40 a perdu près de 30% et le PIB a plongé de 8% en trois mois du fait du ralentissement brutal de l’activité économique. 

Huit millions de travailleurs sont mis au chômage partiel, soit près de 30% de la population active.
Une dégradation du niveau des fluides de l’économie qui aurait été moins forte si de l’avis de certains observateurs, on avait tenu compte des enseignements des précédentes épidémies comme le H1N1.
Le sort des pensionnaires dans ces fameux établissements hospitaliers pour personnes âgées et handicapés est le second grand drame des sociétés européennes. Ces dernières caractérisées par le vieillissement de leur population (+40% entre 2015 et 2030) et l’aggravation du ratio de dépendance de cette tranche de la population (poids des + 65ans passant de 29% en 2015 à 39% estimés en 2030 et à 50% en 2050) enterrent sans rites funéraires conformes, et en nombre, leurs ainés morts derrière un vain cordon sanitaire,
Les besoins en soins de la population âgée auguraient d’augmenter de façon exponentielle mais les focales sont demeurées rivées sur la crise des finances publiques.
On préconisait alors un plus important désengagement de l’Etat au profit d’investisseurs privés attirés par ce parc immobilier de la santé qui a donné lieu à une prometteuse classe d’actifs immobiliers.
Les correctes pensions des vieux valent qu’on y mette les soins de leur maintien.
Les vieux d’Afrique ne rapportant plus aucune contribution, on continue à les soumettre à l’épreuve du « grimper du cocotier » pour soulager les familles qui peinent à nourrir leur progéniture.

Une vie humaine, c’est un ensemble de valeurs suprêmes indépassables, mais, c’est aussi un ensemble de coûts toujours croissants qui écrasent l’individu isolé.


Sauver la vie du plus grand nombre, relève des intérêts de la société dont fait partie chaque individu, de la responsabilité collective et de la volonté de ceux qui sont en charge d’organiser cette dernière.
À cet égard, les sociétés humaines ne sont pas à égalité et les arbitrages répondent à des objectifs donnés selon des moyens donnés.

Le modèle suédois
Les politiques publiques de santé qui ont poussé dans les pays démocrates qui se sont mis au providentialisme d’Etat au lendemain de la seconde grande guerre sont restées, à des degrés divers, imprégnées par la culture eugéniste.

On cite souvent la Suède au passé eugéniste condamnable, mais on la cite aussi comme un modèle. N’a-t-elle pas fini par adopter les meilleurs standards européens afin de réaliser un très haut niveau de protection sociale à ses habitants, les accompagnant, dit-on « du berceau à la tombe » ?
Idem pour la Suisse qui a appliqué une politique de stérilisation eugénique dans les années 1970-1980.
Dans le secret de sa grande muraille, et pour juguler une poussée démographique exponentielle dangereuse pour la paix à l’intérieur d’un empire encore sous-développé et aux régions à fortes disparités géographiques et socio-culturelles, la Chine communiste a mis en place, une politique autoritaire de dénatalité active durant 36 ans, et a pris aussi ces lois eugénistes discriminatoires à l’adresse des paysans et des minorités ethniques afin de leur imposer des stérilisations forcées, des avortements systématiques, des examens prénuptiaux de dépistage des porteurs de maladies, génétiques, infectieuses ou mentales.
Partout dans le monde où la recherche- développement représente quelques points de PBI et là où sous couvert d’améliorer les traitements médicaux et prévenir l’apparition de maladies dégénératives, la course aux super humains a commencé.
Au point où en est la paix dans le monde, tout porte à craindre que l’on n’évitera pas d’aller vers les voies et les moyens de sélectionner des citoyens normés et des armées invincibles.
La compétition mondiale au trans-humanisme n’est plus un sujet de science-fiction.Les puissants régimes totalitaires s’y sont déjà mis ; nul doute que l’avenir se fera loin de la lente et quiète évolution naturelle des peuples qui n’ont pas fini de descendre de l’arbre ancestral. Pas vraiment rassurant.

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