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Nationale

Au commencement était l’OS

Au commencement était l’OS

Deux choses inédites ont caractérisé la préparation puis le déclenchement du 1er Novembre 54. D’abord le caractère secret de son action et la préparation minutieuse qui a prévalu durant plus de six mois malgré le maillage sécuritaire déployé à l’époque par la police coloniale.

Tout comme la création de l’Organisation secrète (OS) en 1947 décidé lors du congrès du PPA /MTLD à Zeddine (Khemis Miliana), pour préparer la lutte armée, le 1er Novembre a complètement déstabilisé l’ordre colonial qui ne s’y attendait pas. Ces deux événements avaient pourtant un lien organique.

Les premiers responsables du FLN étaient dans leur majorité issue de l’OS démantelé en 1950. En effet, un petit groupe de militants du MTLD, anciens membres de l’Organisation spéciale paramilitaire (OS) qui avaient voulu remédier à la crise du parti en réconciliant tous les deux courants , « centralistes », « messalistes », dans la lutte armée déclenchée par eux sous le nom de FLN (Front de Libération nationale).

La création de l’OS, obtenue malgré les réserves de Messali Hadj, alors chef incontesté du PPA MTLD, est le premier jalon du processus qui allait déclencher dix ans plus tard la révolution armée.

Les « 22 » qui n’étaient en fait que 21, dont Mohamed Boudiaf qui ont déclenché la révolution, ont tous suivi des cours de maniement d’ armes lors des entraînements initiés en forêt sous la coupe de Hocine Aït Ahmed alors chef national de l’OS., Boudiaf et certains des membres du CRUA, désireux de relancer le combat pour l’indépendance, avaient été écartés de toute responsabilité majeure en 1951, lors de la dissolution de l’Organisation spéciale (OS) dirigée par Ben Bella qui avait succédé en 1949 à Aït Ahmed qui a fait les frais de la crise berbère.

Durant tout ce temps (1947-1950) les autorités coloniales et sa police sécrète ne virent que du feu. La vie en clandestinité des membres de l’OS leur furent d’un grand secours. Ils étaient très aguerris à ce type de vie. Mais le revers, qui avait provoqué l’exil de deux des chefs successifs de l’OS (Aït Ahmed et Ben Bella) a surtout condamné à l’inaction la plupart des militants les plus radicaux.

C’est ainsi que certains des anciens de l’OS parmi les plus motivés, se sont concertés à plusieurs reprises, à l’initiative de plusieurs des animateurs du CRUA et, en premier lieu, de Boudiaf. Et en juin, ils ont convoqué une réunion au Clos-Salembier, aujourd’hui el Madania, pour tenter de résoudre la crise. Les présents ont décidé unanimement de déclencher la lutte armée. Ils ont élu le même jour à bulletins secrets un coordinateur – Boudiaf – et désigné une direction collégiale, les « cinq », qui deviendront, on l’a vu, les « six », puis les « neuf ».

Et voilà comment tout a vraiment commencé… Mohamed Boudiaf, Mostefa Ben Boulaïd, Larbi Ben M’hidi, Rabah Bitat, Didouche Mourad et Krim Belkacem, suivis quelques temps plus tard par Hocine Aït Ahmed, Mohamed Khider et Ahmed Ben Bella, avaient décidé de créer le Comité Révolutionnaire pour l’Unité et l’Action (CRUA) avec un seul objectif : l’indépendance de l’Algérie.

Le 10 octobre 1954 : les membres du CRUA fixent la date de l’insurrection au lundi 1er novembre 1954. Le Premier novembre 1954 a été choisi par les neuf chefs historiques comme date solennelle qui restera dans les mémoires et dans l’histoire. Mohamed Boudiaf dans une interview au Monde avait annoncé d’abord que le démarrage de l’insurrection était fixé au 15 octobre, mais rien n’était prêt.

Les chefs de secteur devaient se revoir le 22. Par peur des fuites, ils n’étaient que quatre ou cinq à ce rendez-vous, où fut fixée la date définitive (le 1er Novembre, à 0 heure), qui devait être transmise aux chefs de commando seulement six heures avant le moment fatidique.

Une trentaine d’attentats pour signer l’acte de naissance du FLN

A l’aube du 1er Novembre 1954, jour de la Toussaint, une fête française, 70 attentats ont eu lieu sur une trentaine de points du territoire algérien visant à saboter des installations névralgiques (radio, centraux téléphoniques, dépôts de pétrole…) et à toucher des casernes et des gendarmeries afin d’y récupérer des armes plus particulièrement en Kabylie et dans les Aurès. On dénombre dix morts et des blessés. Le FLN signe sa présence et donne cette nuit-là le signal de l’insurrection. L’Algérie se soulève contre la puissance coloniale qu’est la France. Une guerre qui durera huit ans.

Pour les Algériens, c’est le jour du déclenchement de la Guerre de Libération nationale avec la « Proclamation au peuple algérien, aux militants de la cause nationale ». Sous la forme d’un tract écrit dans le village d’Ighil Imoula en Haute Kabylie daté du 1er Novembre 1954, le texte exige « la restauration de l’État algérien, souverain, démocratique et social ». Une insurrection qui allait rapidement se transformer en guerre qui dura huit ans jusqu’à 1962.

Les Accords d’Evian, signés en 1962, sont venus mettre fin à cette guerre. Le document de 93 pages, signé par les deux délégations, réunies depuis onze jours à l’Hôtel du Parc, à Evian, décrète un cessez-le-feu. Des documents diplomatiques révèlent dix-huit mois de conversations officieuses où, dans le plus grand secret, émissaires et membres du gouvernement ont négocié avec le FLN. La première rencontre secrète a lieu à Lucerne, le 20 février 1961, avec Ahmed Boumendjel, conseiller politique du GPRA, et Tayeb Boulharouf.

Les Français se refusent à considérer le Sahara, riche de son pétrole et de son gaz, et base des essais nucléaires, comme un territoire algérien : ils le considèrent comme « une mer intérieure » dont le statut serait à négocier avec l’ensemble des riverains Tunisie, Maroc et Libye qui ont aussi des vues sur la manne pétrolière ; ce que les Algériens prennent pour une atteinte à l’unité territoriale et à la souveraineté de leur pays.

Les conversations secrètes se poursuivent avec les mêmes interlocuteurs à Neuchâtel, le 5 mars 1961. Sans aucun progrès, au contraire. Boumendjel demande une négociation globale ; les Français ne veulent pas qu’elle ait lieu avant que les « couteaux soient mis au vestiaire » et souhaitent que la question du Sahara fasse l’objet de discussions ultérieures. Ces « préalables » empoisonnent la négociation. Ce sera en effet une véritable guerre d’usure. 

Le 15 mars 1961, la rencontre officielle prévue à Évian est enfin rendue publique par un double communiqué diffusé à Paris et à Tunis, siège du GPRA. La première phase des négociations se déroule du 20 mai au 13 juin 1961. La délégation du FLN, logée à sa demande en territoire neutre, se rend par hélicoptère du Bois-d’Avault en Suisse à Évian.

De nouvelles rencontres secrètes ont lieu à l’automne et l’hiver 1961, le plus souvent à Genève ou dans la forêt bâloise, pour faire le point sur les divergences : nationalité des minorités, régime transitoire, statut de l’armée française et calendrier de son retrait, problème des bases françaises du Sahara et celle de Mers el-Kébir.

Du côté des Français, les pourparlers sont menés par Louis Joxe, R. Buron et J. de Broglie ; du côté algérien par Belkacem Krim, L. Ben Tobbal, S. Dahleb et M. Yazid. La France reconnaît l’Indépendance de l’Algérie, l’intégrité de son territoire et l’intégrité de son peuple.

Le 8 avril 1962, un référendum français approuve les accords d’Évian. Le 1er juillet, un référendum consacre l’indépendance. Parmi les historiques, un seul est toujours en vie : Hocine Aït Ahmed.

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