Attaf au Washington Post : Aucun coup de force n’a réussi
Le ministre des Affaires étrangères Ahmed Attaf considère que le recours à la force au Niger est une option qui n’a pas de chance de réussir, pouvant au demeurant exacerber la tension dans ce pays, théâtre d’un coup d’Etat contre le président Mohamed Bazoum le 26 juillet dernier.
Dans un entretien accordé au prestigieux Washington Post, paru ce mardi 15 août 2023, le chef de la diplomatie algérienne oppose le niet de l’Algérie à un éventuel recours à la manière forte par la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest (CEDEAO). « La première chose que je dirais, c’est que personnellement, et beaucoup en Algérie le pensent, je ne vois aucun exemple d’intervention militaire dans des cas comme celui-ci qui ait réussi », a-t-il dit, rappelant le cas de la Libye en 2011 « qui s’est avéré, selon lui, catastrophique pour toute la région ».
Pour Attaf, « ceux qui ont mené l’intervention étrangère (NDLR : en Libye) ont quitté le pays. Et ils nous ont laissés avec cette tragédie, avec cette crise sur les bras », a-t-il souligné.
S’agissant des menaces d’intervention de la CEDEAO dont les chefs d’état-major des armées se réuniront jeudi et vendredi à Accra (Ghana) , le chef de la diplomatie algérienne a indiqué que « même si la CEDEAO l’envisage, en envisageant l’option militaire comme une option de dernier recours, elle continue de donner la priorité à une solution politique et diplomatique et elle travaille sur cette base ».
Les chefs d’état-major de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest (CEDEAO) se réuniront à Accra pour évoquer une possible intervention militaire au Niger.
Cette réunion, qui devait initialement se tenir samedi dernier, avait été repoussée. Elle aura finalement lieu une semaine après la décision prise par les dirigeants de la CEDEAO de déployer la « force en attente » de l’organisation pour rétablir dans ses fonctions Mohamed Bazoum, le président du Niger renversé par les militaires réunis dans de ce qu’ils ont baptisé le conseil national de sauvegarde de la patrie (CNSP).
Or, pour l’Algérie l’option militaire n’a aucune garantie de réussite. « Personne n’est sûr, même au sein de la CEDEAO, que l’intervention militaire ait une chance raisonnable de succès. Vous pouvez déclencher une intervention militaire, mais vous ne savez jamais comment elle se terminera. Ils sont donc très prudents. Ils font preuve d’un maximum de retenue face à cette option », a dit Attaf
Attaf a, en outre, réaffirmé la position de l’Algérie s’agissant de la situation dans ce pays voisin, une position « partagée avec les Etats-Unis », a-t-il fait remarquer.
Il s’agit du « respect de l’ordre constitutionnel et démocratique », du « rétablissement du Président Bazoum en tant que président légitime du Niger » et que « la priorité soit toujours accordée au règlement de la crise par des voies diplomatiques».
Il également fait savoir qu’Alger et Washington « travaillent ensemble pour traduire ces principes à la réalité politique au Niger ». Ce qui constitue, a-t-il dit, « l’objet des consultations » entre les deux capitales.
Pour ce qui est des sanctions prises par l’organisation ouest-africaine contre le Niger suivies de la fermeture des frontières décidée par les nouveaux dirigeants à Niamey, M. Attaf a estimé qu’il s’agit d’une mesure qui prive les populations de soins, de commerce et d’accès aux produits de première nécessité, qualifiant les sanctions prises par la CEDEAO d’action punitive contre la population.
Interrogé sur l’éventuel retour de Bazoum au pouvoir à Niamey, M. Attaf a estimé que la situation dans le pays est volatile et qu’aucune hypothèse n’est à écarter.
« Personne ne peut dire avec certitude ce qui se passera demain. La situation est très, très instable et nous devons y faire face non pas au jour le jour, mais heure par heure », a-t-il poursuivi, soulignant que des consultations sont en cours entre de nombreuses parties intéressées et concernées – la CEDEAO, les parties au Niger, l’Union européenne – pour voir quelle sera la meilleure option qui s’offre pour aboutir à une solution pacifique .
Ahmed Ataf, s’est rendu le 8 août à Washington pour une visite de travail de deux jours, dans un contexte marqué par la crise au Niger. Si les relations bilatérales et la coopération économiques avaient été évoqué, la crise au Niger a constitué le point crucial des discussions entre lui et son homologue américain Anthony Blinken.