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Nationale

Association des enfants dysphasiques  : Des ambitions et peu de moyens  

Association des enfants dysphasiques  : Des ambitions et peu de moyens  

L’Association d’avenir des dysphasiques de la wilaya d’Alger (ADWA), située à Draria, Alger, a vu le jour en l’an 2000. Son objectif majeur est de venir en aide aux enfants qui ont des troubles sévères du langage. Ces derniers ne sont ni tarés ni attardés mentaux. En somme, ce sont des enfants tout à fait comme les autres mais qui nécessitent un encadrement par des professionnels.

« J’ai créé l’école ADWA en hommage à ma femme. Cette merveilleuse femme qui était sa présidente a fait de cet établissement une véritable institution de qualité afin de venir en aide à cette frange vulnérable de la société. Ces enfants dysphasiques ne sont ni tarés ni attardés mentaux. Ils souffrent de troubles durables du langage », a indiqué Tayeb Charfaoui président de l’association au Jeune Indépendant.

Il s’est par ailleurs prononcé sur la spécificité de la prise en charge des enfants dysphasiques, précisant que ces derniers ont besoin d’un encadrement adapté à leurs préoccupations et, bien entendu, des moyens matériels et financiers à la hauteur des ambitions de l’association. « Celle-ci se distingue des autres par une réelle volonté d’atteindre la perfection et de s’ériger en véritable modèle pour peu que la logistique suive…Car la plus belle institution au monde ne peut donner que ce qu’elle a. Ce qui n’empêche pas pour autant la direction de s’engager à fond et avec abnégation dans l’accomplissement de ses nobles missions », a-t-il ajouté.

Le responsable de ADWA a tenu à préciser que son épouse et lui ont consacré toute leur vie à cette école. En dépit des difficultés financières auxquelles il a été confronté, cela ne l’a pas découragé, car cette école est toute sa vie. 

Sur un autre registre relatif à l’encadrement et au financement de l’école, M. Charfaoui a expliqué : « Sur l’ensemble de la population d’enfants scolarisés, 1% est atteint de dysphasie. L’association est encadrée par d’éminents professeurs, notamment en neurologie, en psychiatrie, en plus des éducatrices, de psychologues et d’orthophonistes qualifiées pour cette mission, qui est de venir en aide à ses enfants. » Il a ajouté : « Pour ce qui est du loyer, c’est mon fils, qui souffre de la même maladie, qui s’en occupe. Et concernant les charges quotidiennes, nous avons pu obtenir des subventions de la part des représentations diplomatiques accréditées en Algérie, notamment l’ambassade du Canada ». M. Charfaoui a expliqué : « L’encadrement est purement féminin. Les éducatrices, les psychologues et les orthophonistes sont très qualifiés. » 

Le même responsable a révélé que les médecins algériens ne connaissaient pas le terme « Dysphasie ». Raison pour laquelle nous avons rédigé un fascicule adressé à la faculté de médecine dans lequel nous avons bien expliqué cette pathologie ou ce handicap chez les enfants.

Charfaoui a poursuivi : « Depuis 2018, nous nous sommes installés définitivement à Draria. Notre école dispose de plusieurs classes de 8 à 10 enfants dans chacune d’elles. Nous avons commencé à nous organiser correctement et les conditions de travail se sont améliorées. Aujourd’hui, nous avons au total 69 enfants, de toutes les catégories, à savoir trisomiques, dysphasiques et autistes, répartis comme suit : les 13 anciens adultes âgés entre 18 ans et plus sont installés dans des ateliers, les autres sont placés dans un garage que j’ai aménagé pour l’occasion, en le transformant en atelier. On éprouve des difficultés à envoyer nos enfants dans des écoles de formation professionnelle, alors j’ai pensé à leur avenir afin de leur donner une chance de les insérer dans la société, et ce en leur apprenant plusieurs formations, notamment la couture, l’art culinaire, l’informatique, la bijouterie et la maroquinerie. »

Abondant dans le même sens, M. Charfaoui s’est exprimé sur les programme élaborés en précisant que ces derniers sont adaptés en fonction du handicap de l’enfant. « Le trait commun entre nos enfants est le problème de langage. Avec les autistes, il y a soit un allégement ou une réduction de la charge dans le programme. Les autistes ayant des comportements agressifs, les orthophonistes, les psychologues et les éducatrices se basent beaucoup sur le comportement », a-t-il souligné.

Les moyens ne sont pas à la hauteur des ambitions

Pour ce qui est des moyens, M. Charfaoui a déclaré : « L’association possède un minimum de moyens matériels car il manque énormément de choses. Le problème financier persiste. Si l’on doit couvrir nos besoins financiers uniquement avec les cotisations des parents, qui couvrent uniquement 40%, ils doivent payer au minimum 30 000 DA. Nous avons un système de demi-pension et l’enfant a besoin d’un menu par jour. Les excursions aussi exigent des frais supplémentaires. Nous avons besoin de l’aide de l’Etat. Malheureusement, l’Etat est absent. Malgré toutes les démarches entreprises auprès des différents ministères, en l’occurrence celui de la Jeunesse et des Sports et celui de la Solidarité, celles-ci sont restées vaines. »

Toutes les difficultés n’ont pas découragé pour autant le premier responsable de ADWA, qui a exprimé clairement sa volonté d’élargir et d’agrandir son association en créant une succursale, une annexe pour tous les enfants et, pourquoi pas, un internat pour leur permettre de se loger. « Les parents pourront venir récupérer leur progéniture une fois par semaine, surtout pour ceux qui viennent des autres wilayas, abandonnant leur famille, car cela peut créer des déchirures dans les ménages », a-t-il souligné 

Etre écouté et aimé

Une éducatrice qui s’occupe de la classe des autistes pour petits a confié au Jeune Indépendant, en exhibant des livres destinés à leur apprentissage, que ces enfants ont uniquement besoin d’être écoutés et aimés. 

L’orthophoniste Meriem, qui se charge des autistes adultes, a fait savoir que sa tâche principale est d’apprendre à ses enfants le comportement, la stabilité, la motricité et la perception visuelle. « En cas de crises d’agressivité, les autistes ont besoin d’être rassurés mais surtout d’être écoutés », a-t-elle noté.

De son côté, Lynda Charfaoui, orthophoniste à l’association ADWA, a indiqué que la dysphasie est diagnostiquée dès l’âge de la scolarisation et plus. « Pour les enfants trisomiques, leur rééducation est difficile car ils ont besoin de massage bucco-facial étant donné que leur bucco souffre de dysfonctionnement », a-t-elle expliqué. Elle a poursuivi dans le même contexte : « Chaque enfant est consulté par une orthophoniste une à deux fois par semaine, selon le degré de la gravité du trouble. Les enfants doivent passer également une batterie d’examens pour évaluer le degré de leur évolution », a-t-elle conclu.

Certains enfants ont pu articuler et dire quelques mots, comme c’est le cas de la petite Anfal, qui a pu donner son âge et son souhait de devenir journaliste, ou celui de Yasmine, qui a 22 ans et qui a montré les objets et les tableaux qu’elle a confectionnés. Si ces enfants ont pu s’améliorer c’est grâce aux efforts de l’association et à son excellent encadrement, à sa tête M. Charfaoui. 

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