-- -- -- / -- -- --
Nationale

Assassinat de l’ambassadeur russe en Turquie : à qui profite le crime ?

Assassinat de l’ambassadeur russe en Turquie : à qui profite le crime ?

L’attentat contre l’ambassadeur russe en Turquie en a surpris plus d’un. En effet, comment un diplomate d’une grande puissance, dont les intérêts sont très imbriqués avec ceux du pays hôte et, qui, plus est membre de l’Otan, puisse être abattu pratiquement en direct sous les caméras dans une galerie d’art ?

La stupéfaction suite au caractère spectaculaire de l’acte laisse place désormais aux questions. Le timing de l’assassinat coïncide avec l’entente russo-turque sur le règlement du conflit en Syrie. Moscou et Ankara avaient, de concert, proposé de lancer un dialogue inter-syrien à Astana au Kazakhstan, république turcophone alliée de la Russie en Asie centrale.

Pis, l’acte est survenu la veille d’une rencontre hautement importante à Moscou entre les chefs de la diplomatie russe, iranien et turc. C’est dire la nature des récentes connections entre les deux pays : on est loin de l’épisode belliqueux de l’avion de chasse russe abattu par les turcs en novembre 2015.

L’entente russo-turque n’est, semble-t-il, pas du goût de certaines parties. Les Américains, toujours version Obama, pensent que la Turquie a changé de camp en s’alliant avec la Russie de Poutine, un revirement net après la tentative de putsch raté de juillet dernier. Les Européens aussi ont fait savoir leur mécontentement à Erdogan en gelant le processus de négociation d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne.

Restent les Arabes du Golfe ; le rapprochement triangulaire entre Ankara, Téhéran et Moscou, sur fond de négociations secrètes entre les patrons des services syriens et turcs, n’est pas pour plaire aux sponsors officiels des terroristes en Syrie et en Irak.

C’est dire que les commanditaires de l’assassinat du diplomate russe sont nombreux ! Pour un enseignant chercheur en sciences politiques à l’université d’Alger, « le message que livrent les commanditaires est double : les Turcs doivent payer leur réputation tandis que les Russes sont avertis par rapport à leur dernier engagement à Alep, en particulier ».

« Le forcing militaire russe et les ententes entre Moscou et Ankara ont changé la donne pour ceux qui profitent de la guerre en Syrie, poursuit-il ; dès qu’une issue se profile, il faut saper tous les efforts ».

En effet, l’importance des relations russo-turques et les négociations de fond entre Moscou, Ankara et Téhéran pour stabiliser la région et partager les zones d’influence condamne la stratégie de certaines puissances internationales et régionales.

Ces dernières semblent affolées par la tournure des événements à Alep, ce qui explique la spectaculaire désinformation qui a accompagné la libération de la deuxième ville de Syrie. La reprise du contrat du Turkish Stream, le gazoduc qui lie directement la Russie à la Méditerranée via la Turquie brouille davantage les cartes.

L’assassinat de l’ambassadeur russe est-il un signal pour une confrontation généralisée ou un « simple » avertissement ? La réponse de Poutine et les explications d’Erdogan semblent converger vers le renforcement de l’entente plutôt que la confrontation.

L’attaque de Berlin, quelques minutes seulement après le meurtre commis à Ankara jette un trouble : les pays membres de l’Otan sont-ils devenus aussi défaillant, en matière de sécurité, ou sommes-nous confrontés à des écrans de fumée ? Des fumées des cendres carbonisées des peuples martyrisés de la région arabe !

Commentaires
Email
Mot de passe
Prénom
Nom
Email
Mot de passe
Réinitialisez
Email