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Nationale

Assassinat d’Abane Ramdane : L’impair d’Ould Kablia

Assassinat d’Abane Ramdane : L’impair d’Ould Kablia

Triste jour de commémoration du 61eme anniversaire du déclenchement de la lutte armée. Un ancien ministre de l’Intérieur et ex malgache justifie publiquement le meurtre d’un des leaders de la révolution, Abane Ramdane tué par ses pairs en 1958 dans un guet-apens au Maroc.

Dahou Ould Kablia, a assumé et défendu la liquidation de l’architecte de la révolution Abane Ramdane dans une interview accordée au quotidien arabophone Echourouk.
En effet, Ould Kablia qualifie Abane Ramdane d’arrogant et orgueilleux et dictateur avec une vision opposée à ses camarades et frères d’armes, pire encore, selon lui, Abane Ramdane voyait les autres responsables de la révolution de haut et les traitait de « mules ».

Le président de l’association des anciens MALG affirme que Abane « n’avait aucun sympathisant et aucune influence » au sein des responsables de la révolution qu’il méprisait, un comportement qui suscitait à chaque fois une intervention de Ferhat Abbas, président du gouvernement provisoire, selon lui.

Abane Ramdane était selon Dahou Ould Kablia contre tout consensus au sein du gouvernement provisoire et le comité de coordination en voulant imposer sa propre vision et la seule solution était de le liquider physiquement, en assumant pleinement le crime.

Hors chacun sait que c’est grâce au travail et a l’abnégation de Abane Ramdane que tous les courants politiques (Ouléma, PCA et le parti de Ferhat Abbas) qui existaient à l’époque furent inclus dans la lutte de libération. Alors comment pouvait-il mépriser ou comme affirme Ould Kablia imposer sa propre vision ?
Et même s’il avait ses défauts comment peut-on justifier un assassinat ?

Ne fallait-il par exemple l’éloigner des centres de décision et éviter ainsi un crime politique condamné par la morale. Mais comment peut-on encore entendre ces mots dans la bouche de quelqu’un qui ont servi à justifier les pires crimes contre des responsables politiques.

L’un des principaux organisateur du congrès de la Soummam qui a donné deux ans plus tard une profondeur politique et idéologique à la révolution armée a été trahi par ses compagnons d’armes qui lui ont tendu un traquenard au Maroc sans passer par le tribunal révolutionnaire. La position et le leadership de Abane dérangeaient beaucoup de responsables à l’époque.

D’autres lui vouaient une haine terrible. D’ailleurs son exécution a été cachée au peuple durant plus de cinquante ans. Hélas ce ne sera le premier meurtre politique. D’ailleurs un témoignage de Krim Belkacem confirme le meurtre de Abane.

« Abane, dit-il, faisait un travail fractionnel et tentait de dresser aussi bien les maquisards que les militants contre les autres membres du CCE. Plusieurs démarches furent faites auprès de lui pour le convaincre de modifier son attitude.

En vain : on constate qu’Abane, loin de se modérer, persistait dans la même voie en aggravant ses attaques. Nous décidâmes alors – continue Krim – Ben Tobbal, Boussouf, Mahmoud Chérif, Ouamrane et moi-même, de le mettre en état d’arrestation en vue de le juger par la suite. Ni Ferhat Abbas, ni Ben Khedda, ni Sâad Dahleb, ni Mehri n’ont été tenus au courant.

A l’aérodrome, raconte donc Krim, Boussouf nous accueillit avec quelques-uns de ses hommes et, tout aussitôt, me prit par le bras pour m’entraîner à part un bref instant. A brûle-pourpoint, il me dit : Il n’y a pas de prison assez sûre pour garder Abane.

J’ai décidé sa liquidation physique. Indigné, je refusai, répliquant que ce serait un crime auquel je ne m’associerais jamais. Puis, sur l’aérodrome même, j’informai Mahmoud Cherif qui, bouleversé, eut la même réaction que moi. Boussouf, selon Krim, était terriblement surexcité. Il avait les yeux hagards et ses mains tremblaient. Nous ne pouvons plus parler ici, dit-il, nous reprendront cette discussion plus tard.

Tous s’engouffrèrent dans les voitures qui les attendaient. Celles-ci roulèrent assez longuement, avant de pénétrer dans la cour d’une ferme isolée, Abane, Boussouf, Krim, Mahmoud Cherif et leurs compagnons descendirent, pénétrèrent dans le bâtiment. Arrivés dans la première pièce, un groupe d’hommes les attendait. Sitôt Abane entré, ils se jettent sur lui à six ou sept et le ceinturent.

L’un d’eux lui presse de son poignet la pomme d’Adam, dans une prise souvent baptisée « coup dur ». Ils l’entraînent dans une seconde pièce dont la porte est aussitôt refermée. Voyant cela, assure Krim, j’eus un mouvement pour aller au secours d’Abane.

Mais Mahmoud Cherif m’arrêta et me prit par le bras en disant à voix basse « Si tu bouges, nous y passerons tous ». Krim n’avait pas d’arme. Mahmoud Cherif non plus. Mais celui-ci mit la main dans la poche de son veston, pour donner le change aux autres hommes de Boussouf présents dans la pièce.

De la pièce voisine montaient les râles d’Abane, qu’on étranglait. Puis le silence se fit. Boussouf revint brusquement et, raconte toujours Krim, il avait à ce moment-là la tête d’un monstre. Il se mit à proférer des injures et des menaces indirectes contre tous ceux qui voudraient agir un jour comme l’avait fait Abane. Il allait et venait d’un pas rapide, saccadé, et Krim eut la certitude qu’il se demandait s’il n’allait pas les liquider eux aussi sur-le-champ.

Au bout d’un moment, néanmoins, Boussouf se calma un peu et donna l’ordre de repartir. Tous reprirent place dans les voitures, qui partirent en direction de Tétouan. Mais elles ne tardèrent pas à s’arrêter près d’une autre villa du FLN, déserte, comme si, à la dernière minute, Boussouf hésitait encore sur le sort à réserver à Krim et à Mahmoud Cherif.

A l’intérieur, toujours fébriles, il se remit à arpenter la pièce en grognant des menaces. Et chaque fois qu’il arrivait devant Krim, il le regardait longuement avant de reprendre sa marche. Finalement, le cortège des voitures repartit à nouveau pour retourner, cette fois, à l’aérodrome, ou l’avion était prêt au décollage.

Avant d’embarquer, assure Krim, lui-même et Mahmoud Cherif condamnèrent à nouveau le crime de Boussouf, lui disant qu’il en porterait seul la responsabilité. Dès leur arrivée à Tunis, les deux hommes informèrent Ben Tobbal, qui cria, lui aussi, son indignation.

Tous trois, néanmoins, décidèrent de garder provisoirement le silence. Bien entendu, cela ne tarda pas à les mettre dans une situation délicate. Tout le monde, à commencer par les autres collègues du CCE, réclamait en effet des nouvelles d’Abane.

Krim, Ben Tobbal, et Boussouf, rentré un peu plus tard du Maroc, décidèrent de répondre qu’il poursuivait une mission délicate au Maroc. Cela dura plusieurs mois : jusqu’au jour où les trois hommes annoncèrent que leur compagnon, pris dans un engagement au cours d’une inspection en Algérie, avait été tué. D’autres suivront après l’indépendance du pays.

Le colonel Chabani été condamné et exécuté à mort par le pouvoir en 1963. Krim Belkacem, l’un des chefs historiques du FLN, a été retrouvé mort, pendu dans sa chambre d’hôtel en Allemagne en 1969.

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