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Nationale

Arezki Ferrad : « Le règlement de la question mémorielle devrait passer par l’incrimination de la colonisation »

Arezki Ferrad : « Le règlement de la question mémorielle devrait passer par l’incrimination de la colonisation »

 La question mémorielle entre l’Algérie et la France revient au-devant de la scène nationale et ne cesse de susciter une polèmique sur la manière dont il faudrait procéder pour un règlement définitif de ce dossier sensible et récurrent.
L’historien Mohamed Arezki Ferrad, voit dans cet entretien accordé au Jeune Indépendant que l’incrimination de la colonisation devrait être le premier pas à effectuer dans la question de la mémoire. Il souligne que les massacres perpétrés par l’agresseur français devront être classés comme crimes contre l’humanité. 

LJI : La question mémorielle refait surface ces derniers jours et suscitent de vives polémiques dans les médias nationaux et français. Que pensez-vous de la question des excuses que devrait présenter la France à l’Algérie pour son passé colonial, d’autant que le président Abdelmadjid Tebboune l’avait évoquée de manière presque directe ?


Mohamed Arezki Ferad : premièrement, le dossier de la mémoire ne pourrait être surmonté dans notre démarche de construire de nouvelles relations avec la France.
Il est vrai que les intérêts des deux pays nécessitent d’ouvrir une nouvelle page basée sur le respect mutuel entre les deux Etats souverains. 
Mais, il est impossible pour toute personne sage de concevoir cette nouvelle relation sans trouver la solution définitive au problème de la mémoire. Pour moi, le citoyen, fils de chahid, frère d’un chahid et docteur en histoire ce problème de mémoire équivaut l’ensemble des crimes commis par le colonialisme français. Ces barbaries devraient être intégrées dans les crimes contre l’humanité. C’est pour cela, il faudrait d’abord commencer par le début, car en demandant des excuses de la part de la France, le président Tebboune est allé directement à la fin du dossier de la mémoire.
Le début étant de promulguer une loi incriminant la colonisation et la considérer comme un crime contre l’humanité. L’occupation française qu’avait subie l’Algérie est unique du genre.
De par le monde, il y a trois pays qui ont vécu ce genre de colonialisme aussi atroce ; l’Algérie, l’Afrique du sud et la Palestine.

Son atrocité a été résumée par l’historien français Olivier Le Cour Grandmaison dans le titre de son ouvrage ‘’Coloniser, exterminer : Sur la guerre et l’Etat colonial’’.

Il est donc inconcevable de s’attendre à ce que l’Etat français présente des excuses alors que la première des choses qu’il faudrait faire dans le dossier de la mémoire est que l’Etat algérien incriminera officiellement la colonisation.

Quant au peuple français de 2020, il est innocent de ce qu’a été commis et la responsabilité morale de ces crimes incombe à l’Etat français. 
À ce propos, je tiens juste à signaler, en toute modestie, que j’ai été le premier à avoir demandé l’incrimination de la colonisation en proposant un projet de loi en 2001 lorsque j’ai été député au parlement. Et puisque le pouvoir n’a pas de légitimité populaire et puise son existence de sa relation avec la France (certains responsables se font soigner en France et y procèdent des biens immobilier), ces responsable ont alors tout fait pour entraver le projet que j’avais proposé.

En 2005, les députés français avaient promulgué la loi glorifiant le colonialisme, suite à laquelle les autorités algériennes avaient riposté. Avant cette réaction, mon projet de loi était une action qui a été suivie par d’autres initiatives telle que celle du mouvement Islah en 2005 et la proposition du FLN en 2008. Il y a plus d’une semaine, j’avais évoqué la question de la mémoire dans un média national, où j’avais souligné l’impératif d’associer, de part et d’autre, des spécialistes en Histoire afin d’épauler les politiques dans le règlement de ce dossier.

Effectivement, cette proposition semble avoir eu un écho et la présidence de la République cherche en ce moment à faire appel à des historiens dans le règlement de la question mémorielle avec la partie française. Du côté français, Emmanuel Macron a choisi l’historien Benjama Stora pour cette mission. L’autre question qu’il faudrait régler étant les archives.

La souveraineté algérienne reste incomplète du moment où nos archives n’ont pas encore été récupérées. 

L’indépendance veut dire la souveraineté et dans ce cadre le peuple veut restituer les archives.

LJI : Le journal français le Figaro avait lancé un sondage d’opinion sur son site électronique. La question est de savoir si la France doit formuler des excuses officielles pour son passé colonial. Les résultats de ce sondage montrent que 86% des participants sont contre la formulation d’excuses officielles. L’opinion publique française reste hostile à ces excuses. Qu’en pensez-vous ? 

M A F : Ce sondage exprime une position émotionnelle et non raisonnable. Le président français, Macron avait affirmé que ce qu’a été commis en Algérie durant la période coloniale sont bel et bien des crimes contre l’humanité. Nous constatons un décalage entre la position du président et les résultats de ce sondage. Sachant que le Figaro n’est pas un quotidien neutre et constitue un porte-voix de la droite française. Ceci dit, le résultat aurait été différent si le sondage a été fait par un média d’obédience communiste. Et pour ne pas induire en erreur l’opinion publique nationale par ces résultats, il convient d’expliquer que l’opinion française est divisée sur la question de la mémoire. La gauche française est pragmatique et dénonce le colonialisme tout comme l’écrivain Olivier Le Cour Grandmaison. À mon avis, le règlement de ce dossier devrait passer par la promulgation d’une loi d’incrimination la colonisation et si on prend pour exemple la guerre franco-allemande lors de la deuxième guerre mondiale, cette dernière avait engendré une grande hostilité entre les deux peuples. Mais ils ont pu surmonter ce problème après avoir incriminé le nazisme. C’est cet acte de reconnaissance qui pourrait aboutir à l’amélioration des relations entre les deux pays.

LJI : Pensez-vous que 132 ans d’occupation, de spoliation, de massacres et de déplacement de personnes, pourraient être effacés par de simples excuses ?
M A F : Ces excuses seront symboliques, il ne faut pas oublier qu’il s’agit des sacrifices de plus de cinq millions de martyrs. Il faut aussi savoir que l’idée de l’Holocauste est une invention française qui a inspiré Hitler et les nazis. Parmi les plus horribles Holocaustes perpétrés en Algérie était celui du 1845 contre toute une tribu qui a été brulée vive dans une grotte aux montagnes de Barachiche à Mostaganem. De même, la France qui revendique aujourd’hui de la Turquie de reconnaitre ses crimes commis contre les Arméniens en 1913, oserait nous demander de déchirer la page de la mémoire. C’est inconcevable ! 

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