Après les déclarations de Barrot: Romatet calme le jeu
Le scénario se répète invariablement. Aux prémices d’un dégel entre Alger et Paris succède une rechute politique provoquée par la France. En écorchant la sensibilité des relations algéro-françaises depuis le Maroc, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a provoqué une levée de boucliers. Il était désormais du rôle de l’ambassadeur Stéphane Romatet de manœuvrer, dans l’ombre comme sous la lumière, pour circonscrire une reprise d’incendie qui exacerberait encore une fois la tension entre les deux rives.
La dernière sortie du ministre français des Affaires étrangères, Jean Noël Barrot, depuis Rabat, n’échappe pas à ce constat. Elle est bien plus qu’un incident malencontreux ou un simple dérapage verbal. C’est écrit noir sur blanc. Il démontre à l’évidence que la France a fait son choix, dressé ses objectifs et sa stratégie régionale et que, finalement, aux yeux des observateurs, sa posture avec l’Algérie n’est qu’une parade pour régler des contentieux lourds sur le plan humain, sécuritaire et migratoire.
D’ailleurs, l’Elysée ne s’embarrasse plus d’ignorer superbement un quelconque projet économique d’envergure, un programme d’investissement massif ou relatif, voire un partenariat industriel, technologique ou autre. Au tableau final, zéro projet économique. Rien, sauf des démarches de la part du patronat français, réduites dans leur dimension privée et strictement commerciale.
Les déclarations de Jean Noël Barrot, depuis le Maroc, ont certainement écorché les relations algéro-françaises en quête de stabilité et de sérénité. Elles vont faire durer encore les stigmates d’une longue crise diplomatique et maintenir les fractures actuelles.
Curieusement, au lendemain de la levée de boucliers, c’est l’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet, qui s’improvise en pompier, cherchant à éteindre l’incendie politique de Barrot. Sur la radio France Inter, il a défendu le rapprochement actuel entre Alger et Paris ainsi que la reprise du dialogue, reprenant le même vocabulaire.
« C’est notre intérêt, c’est l’intérêt de la France, parce que l’Algérie, c’est le plus grand pays d’Afrique », a soutenu hier ce diplomate, reprenant mot pour mot la phrase de son supérieur hiérarchique Barrot, qui avait déclaré que « le Maroc est le plus grand pays d’Afrique » deux jours auparavant, tout en saluant la signature d’un « futur traité d’amitié » avec la France.
Quinze jours après son retour à son poste, Stéphane Romatet a expliqué qu’il a pour objectif de « rétablir une relation pour tenter de la redémarrer, pour essayer de la reconstruire ». Selon lui, en deux ans de crise, « tous les contacts, pratiquement, ont été interrompus entre Paris et Alger. Nous avons des enjeux, en particulier de sécurité, avec ce pays qui commande tout simplement de retrouver un chemin entre Paris et Alger ».
Romatet a également saisi l’occasion pour tacler les voix de l’extrême droite en France qui s’opposent au réchauffement ou à un retour à la normale dans les relations bilatérales, estimant que « discuter avec l’Algérie, ce n’est pas faire preuve de faiblesse ». A ce propos, il a remarqué que cette accusation de « faiblesse » ne fuse pas lorsque la France « discute avec plein d’autres pays », dont certainement le Maroc.
Pour Stéphane Romatet, discuter avec l’Algérie est « une nécessité », estimant que la politique de « fermeté » réclamée par les courants extrémistes n’a aucune chance d’aboutir avec Alger : « C’est facile de mettre des Algériens qu’on veut expulser dans des avions, mais si l’on n’a pas d’échanges et de confiance avec l’Algérie, on ne pourra pas les débarquer », a-t-il expliqué. « Il n’y a pas d’autre choix que de trouver un chemin avec Alger », a ajouté le diplomate.