Approvisionnement en eau potable : Ce qui va changer dès cet été
Alors que le taux de remplissage des barrages dépasse les 60 %, le gouvernement accélère la transition vers les ressources non conventionnelles. En annonçant la fin des cycles de rationnement sévères et l’introduction d’une gestion intelligente des réseaux, le ministère de l’Hydraulique pose les jalons d’un service public modernisé, soutenu par le programme présidentiel de dessalement d’eau de mer.
L’Algérie, à l’instar des pays du bassin méditerranéen, subit de plein fouet les effets délétères des changements climatiques. Le pays est confronté à un stress hydrique structurel, marqué par une baisse chronique de la pluviométrie, des hausses de températures record et des cycles de sécheresse de plus en plus rapprochés.
Historiquement dépendante des eaux de surface (les barrages) et du captage des nappes phréatiques, l’Algérie a vu ses réserves traditionnelles s’amenuiser considérablement au cours de la dernière décennie, poussant les autorités, sous l’impulsion du président Abdelmadjid Tebboune, à envisager une thérapie de choc axée sur le dessalement de mer.
Cette situation a mis en lumière la vulnérabilité du modèle d’approvisionnement classique et a poussé les pouvoirs publics à réagir. Pour s’affranchir de la dépendance absolue des aléas climatiques, la sécurité hydrique a été érigée en priorité nationale absolue par le président de la République. La stratégie gouvernementale repose désormais sur un changement de paradigme ; la transition massive vers les ressources en eau non conventionnelles, avec en première ligne, le dessalement de l’eau de mer pour la bande côtière et le transfert des volumes vers les wilayas de l’intérieur.
C’est précisément dans cette trajectoire de refonte que s’inscrivent les récentes déclarations du ministre de l’Hydraulique, Lounès Bouzegza. S’exprimant lors d’un point de presse en marge de l’ouverture officielle de la 21e édition du Salon international de l’eau, des énergies et de l’environnement (SIEE Pollutec), le ministre a réaffiché la volonté de son département d’aboutir à une distribution équilibrée et équitable de la ressource à l’échelle nationale.
Reconnaissant sans détour les défaillances du réseau actuel, le ministre a annoncé une rupture avec les anciennes pratiques. « La gestion actuelle est dépassée. Il y a plusieurs pertes, des disparités dans la distribution pour diverses raisons. On ne peut pas continuer ainsi », a-t-il dit.
Le constat est lucide : au-delà de la rareté de la ressource, c’est la gouvernance de l’eau qui doit être modernisée. Pour y parvenir, le ministère prépare un nouveau programme basé sur la « gestion intelligente ». Cette feuille de route prévoit l’intégration croissante de solutions technologiques innovantes, notamment des systèmes de détection des fuites en temps réel et des compteurs intelligents, développés en étroite collaboration avec des start-up algériennes.
Le dessalement, clé de voûte de la sécurité hydrique
Pour concrétiser cette ambition, le gouvernement déploie à marche forcée son programme présidentiel de dessalement de l’eau de mer. Ce mégaprojet industriel vise, à terme, à couvrir une part majoritaire des besoins en eau potable du pays, libérant ainsi les eaux des barrages pour le secteur agricole.
L’Algérie a déjà franchi des étapes significatives. « Nous disposons de 19 stations en service qui produisent plus de 3,6 millions de m³ d’eau par jour », a précisé Lounès Bouzegza. Cette capacité de production substantielle constitue le socle de la résilience hydrique du littoral.
Mais le gouvernement ne compte pas s’arrêter là et engage la deuxième phase du programme national. Celle-ci prévoit la réalisation de trois nouvelles stations d’envergure dans les wilayas de Tlemcen, Chlef et Mostaganem. Ces infrastructures stratégiques n’alimenteront pas seulement les villes côtières ; elles permettront, par un effet de cascade et de rétro-transfert, d’approvisionner des wilayas intérieures des hauts plateaux, à l’instar de Saïda et d’El Bayadh.
Cette stratégie de diversification s’étend également aux vastes territoires du Grand Sud. Le ministre a souligné le déploiement de stations de dessalement et de déminéralisation des eaux saumâtres, particulièrement dans la wilaya de Tamanrasset, afin de sécuriser l’accès à l’eau potable dans les régions arides.
L’autre pilier de cette nouvelle vision sectorielle réside dans la valorisation des eaux usées épurées (STEP), un levier essentiel de l’économie circulaire. Le ministre a fait état d’un parc national de 234 stations d’épuration fonctionnelles, renforcé par 75 autres structures actuellement en cours de réalisation.
L’objectif affiché est hautement stratégique : récupérer et recycler 30 % des eaux usées. Ces volumes considérables ne seront pas injectés dans le réseau d’eau potable, mais seront intégralement réorientés vers les secteurs de l’agriculture et de l’industrie. Cette démarche permettra de soulager la pression exercée sur les nappes phréatiques et de préserver les précieuses réserves des barrages pour la consommation humaine.
Un été sous le signe du soulagement pour les citoyens
À l’approche de la saison estivale, période traditionnellement critique pour la consommation d’eau, Lounès Bouzegza s’est voulu rassurant. Les indicateurs actuels sont au vert : le taux de remplissage global des barrages du pays dépasse les 60 %, et plusieurs infrastructures affichent un plein rendement à 100 %.
Toutefois, des disparités régionales subsistent, certains barrages affichant un taux de remplissage inférieur à 50 %. Pour y remédier, le ministère mise sur l’interconnexion des ouvrages hydrauliques. À titre d’exemple, le ministre a évoqué les travaux de raccordement dans la wilaya de Souk Ahras entre le barrage d’Aïn Dalia et celui d’Oued El Djedra (rempli à 100 %), une infrastructure qui viendra également en appui à la wilaya limitrophe de Tébessa.
Grâce à ces arbitrages techniques, le ministre promet une amélioration progressive et palpable du quotidien des Algériens. « Le temps où les gens disposaient de l’eau avec une fréquence de distribution d’une fois tous les 15 jours est révolu. On va passer à un approvisionnement d’un jour sur deux, ou trois jours maximum », a-t-il martelé. En cas de tensions locales résiduelles, un plan de citernage d’appoint est prévu, le ministre rappelant que la priorité absolue reste de garantir un accès continu à l’eau pour chaque citoyen, partout sur le territoire.
Preuve de l’effervescence qui anime le secteur, le Salon international de l’eau, des énergies et de l’environnement (SIEE Pollutec) s’impose comme le grand rendez-vous des professionnels. Ouvert jusqu’au 4 juin, il réunit plus de 170 exposants nationaux et internationaux (publics et privés) et prévoit d’accueillir près de 10 000 visiteurs professionnels venus échanger sur les technologies de pointe indispensables à la transition hydrique de l’Algérie.