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Monde Europe

Appel à la suspension de l’accord UE-Israël : Le basculement historique

Appel à la suspension de l’accord UE-Israël : Le basculement historique

Ce qui semblait impensable il y a encore quelques mois est en train de devenir le centre de gravité du débat politique européen. Sous la pression d’une mobilisation citoyenne sans précédent et d’un ralliement massif de diplomates, l’isolement de la Commission européenne sur le dossier israélien n’a jamais été aussi flagrant.

Le verrou diplomatique vient de sauter. Plus de 350 anciens ministres, ambassadeurs et hauts fonctionnaires de l’Union européenne appellent mercredi à la suspension de l’accord d’association entre l’UE et Israël, dont ils dénoncent la politique d’ «asservissement » et « d’occupation illégale » des territoires palestiniens.

Cet accord, qui constitue le socle des relations commerciales et politiques entre les deux entités, est désormais directement ciblé. Pour ces anciens dirigeants, le maintien de ce partenariat est devenu incompatible avec la réalité du terrain à Gaza, où les accusations de génocide et de crimes de guerre pèsent de tout leur poids sur la conscience internationale.
Signé en 1995 et entré en vigueur en juin 2000, cet accord de libre-échange fixe le cadre juridique des relations entre Israël et l’UE, qui est le principal partenaire commercial de l’Etat hébreu. Israël a depuis été intégré à plusieurs politiques communautaires, notamment le partenariat Euromed.

L’article 2 du texte souligne que ces relations se fondent sur « le respect des droits de l’Homme et des principes démocratiques », bafoués par l’Etat sioniste.
« Alors que l’attention mondiale est tournée vers d’autres régions, Israël, sous le couvert d’opérations militaires illégales contre l’Iran et le Liban, a poursuivi l’asservissement des Palestiniens à Gaza et en Cisjordanie, y compris à Jérusalem-Est, en intensifiant sa politique d’occupation illégale », peut-on lire dans la lettre ouverte qui circule depuis mercredi sur les réseaux sociaux.

Pour les signataires, dont Josep Borrell, ancien président du Parlement européen et ex-chef de la diplomatie communautaire, « le gouvernement israélien actuel viole les principes fondamentaux de l’UE à l’égard des Palestiniens, dont il reste légalement et moralement responsable en tant que puissance occupante. »

Les agressions israéliennes « constitue une violation de l’article 2 de l’accord d’association UE-Israël », soulignent-ils.
Ils exhortent en conséquence les dirigeants des Vingt-Sept à « prendre des mesures visant à suspendre tout ou partie de l’accord d’association UE-Israël » et à « mettre fin au commerce de matériel militaire avec Israël », notamment.
« En cette période de troubles au Moyen-Orient et face aux violations généralisées du droit international commises par Israël, il est impératif que l’UE agisse et demande des comptes à Israël », écrivent-ils.

Parallèlement à cette pression « par le haut », la base citoyenne a franchi un cap historique. L’Initiative Citoyenne Européenne (ICE) lancée pour demander des sanctions a officiellement dépassé la barre du million de signatures.
« Ce n’est plus une simple pétition, c’est un instrument législatif contraignant », rappellent les organisateurs.

En atteignant ce seuil, les citoyens forcent juridiquement la Commission européenne à se saisir du dossier. L’objectif affiché est désormais d’atteindre 1,5 million de soutiens pour accentuer le rapport de force.

Le décalage entre les instances dirigeantes et l’opinion publique est frappant. L’opinion bascule : Dans 26 des 27 pays membres, une majorité de la population se prononce désormais en faveur de la suspension de l’accord commercial.

Face à cette vague, la commissaire européenne Dubravka Šuica continue de prôner un « dialogue constructif », des mots qui résonnent de manière de plus en plus dissonante face à l’urgence humanitaire.

Pendant trop longtemps, l’Union européenne a été accusée de complicité silencieuse. Mais aujourd’hui, le traitement d’Israël comme un « partenaire normal » ne tient plus. Le débat a changé de nature. La question n’est plus de savoir si la suspension de l’accord est légitime, mais bien de savoir quand elle sera actée. Pour les millions de signataires et les centaines de responsables mobilisés, la mobilisation ne s’arrêtera qu’une fois le lien commercial rompu, marquant ainsi la fin de l’impunité diplomatique.



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