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Culture

Annulation du 16e Festival de la chanson Amazighe de Béjaïa

Annulation du 16e Festival de la chanson Amazighe de Béjaïa

La décision prise par le maire de Béjaïa Hocine Mezougui, d’annuler la 16e édition du Festival de la chanson amazighe suscite une grande polémique depuis l’annonce par le maire FFS de Béjaïa, Hocine Merzougui.
« Une annonce justifiée par l’Etat d’insalubrité avancée dans lequel se trouve la ville depuis de longs mois. Les élus à l’APC de Béjaïa et le député Chaffaâ Bouaiche voient dans ces réactions et critiques acerbes une manipulation. « Les manipulateurs de tous bords doivent se calmer un peu », écrit sur sa page Facebook le député du FFS Chafaâ Bouaïche.
L’élu et tête de liste RCD à l’APC de Béjaïa, Rachid Mansouri, qui occupe le poste de vice-président chargé de la gestion des déchets, de l’environnement et des espaces verts, tente lui aussi de rassurer tout le monde. « Le Festival de la chanson amazighe ne peut pas faire l’objet d’annulation. En revanche, il a été décidé de le reporter à une date ultérieure, eu égard à l’urgence que constitue le problème d’insalubrité et de gestion des déchets ménagers dans notre commune », confiait-il à un confrère, ajoutant : « Il faudra d’abord assainir cette situation peu reluisante de l’environnement avant de penser à organiser ce festival ». Il poursuit : « Le champ ne sera jamais laissé aux intégristes » pour répondre ceux qui accusent, à tort, le maire de céder du terrain aux islamistes. « Un raccourci », estime beaucoup de monde car, devant la saleté que vit la ville de Béjaïa et que tout le monde ne cesse de dénoncer, il est honteux de recevoir des gens alors que nous ne sommes pas en mesure de débarrasser la commune de ces ordures. Autrement dit, la priorité est de rendre la ville propre pour accueillir des festivités à coup de milliards de centimes. Ils estiment que ceux qui critiquent se braquent car, ils n’ont pas trouvé de sujet durant ces vacances caniculaires et qu’ils sont dans leur rôle. 
Il est utile de rappeler que le vice-président chargé de l‘environnement au sein de l’APC s’est exprimé il y a un peu plus d’une semaine au sujet des difficultés rencontrées dans la collecte et la gestion de déchets en général dans une vidéo postée sur Facebook, citant le blocage de l’EPIC et la fermeture du CET de Sidi Boudrehem.
A vrai dire, le festival n’est pas annulé et les animateurs du Comité communal culturel de Béjaïa (CCCB), qui a remplacé le fameux comité des fêtes de la ville de Béjaïa s’affairent à préparer la 16e édition de ce festival culturel qui aura bel et bien lieu cette année. « Un montant de 40 millions de dinars devrait être alloué pour la tenue de ce festival qui verra la présence de plusieurs vedettes de la chanson kabyle dont Aït Menguellet, Idir, Takfarinas, Kamel Hamadi, Agraw, Amour Abdenour ».
Le maire lui-même a dû intervenir et poster une vidéo sur les réseaux sociaux : « Nous ne sommes pas contre l’art, ni contre la culture, et encore moins contre l’amazighité. Au contraire, nous avons de grands projets pour tamazight qui, grâce au partenariat entre l’APC de Béjaïa et le Haut-Commissariat à l’amazighité (HCA), vont voir le jour, et ce, dès la rentrée sociale prochaine ».

Quatre milliards pour l’environnement
Et d’ajouter : « Les 4 milliards du festival serviront à embellir l’environnement et à débarrasser la ville des ordures », soulignant par la suite que personne n’est contre sa culture, mais que la situation ne prête pas à investir dans les spectacles ». Toutes ces assurances n’ont pas réussi à calmer les esprits. Des voix se sont élevées pour critiquer, bassement, cette décision allant jusqu’à accuser, sur les réseaux sociaux, le maire de faire des concessions tantôt aux islamistes tantôt aux intégristes. En réaction à l’annulation de la manifestation, le vice-président de La ligue algérienne des droits de l’homme (LADDH) Saïd Salhi s’est indigné. Pour Salhi, « aucune justification ne peut être invoquée ou acceptée ; le festival doit rester et continuer, ce que devrons faire comprendre à ceux qui détiennent les hauteurs que la culture ne peut être sacrifiée sous prétexte de difficultés économiques ou autres ».
« Cet argument ne tient pas la route, la culture comme l’éducation, d’ailleurs, sont toujours subventionnées par l’Etat en premier lieu, alors pourquoi se désengager maintenant ? » s’interroge-t-il. Il continue : « Le festival est un espace de socialisation, de communion et de promotion de la culture amazighe et du sentiment de l’appartenance », plaidant ensuite pour « son maintien plus et pour la promotion et le renforcement de tous les espaces culturels ».
Pour leur part, les huit élus indépendants de l’APC de Béjaïa issus de la liste « Ensemble pour Bougie » estiment, dans une déclaration qui nous a été transmise, que « ne pas tenir ce festival est une fuite en avant ». Car, soutiennent-ils, “il ne s’agit pas de l’annuler ou de le maintenir. C’est plutôt son objectif qui pose problème aujourd’hui ».
Pour ces élus locaux de l’opposition, « ce festival doit « réapproprier sa vocation initiale, à savoir la promotion de la culture amazighe, dans toutes ses dimensions, notamment la promotion des jeunes talents en chanson amazighe ».
Cependant, ils déplorent le fait « ce festival ait été dévoyé, ces dernières années, de sa propre vocation, pour laisser place aux affairistes du monde culturel qui voient en cette manifestation un moyen de s’enrichir ». Ils invitent l’APC de Béjaïa à « revoir de fond en comble la façon dont est organisé ce festival pour un véritable impact culturel sur la société ». « Des militants » de la cause amazighe émettent un doute au sujet de cette annulation. Ils y voient « la main des intégristes », faisant allusion aux campagnes de dénonciation menées çà et là contre l’organisation de manifestations culturelles, notamment des soirées musicales. L’ancien député indépendant Meziane Belkacem ironise dans un commentaire sur facebook que « l’annulation du Festival de la chanson amazighe ne rendra pas la ville de Béjaïa plus propre, mais plus triste ».
Pour sa part, l’écrivain-éditeur et ancien militant du MCB Brahim Tazaghart, estime pour sa part, que « l’annulation du Festival de la chanson amazighe de Béjaïa est une grave erreur, surtout dans ce contexte précis. Cette décision va, sans aucun doute, renforcer, sans le vouloir, une pensée simpliste qui veut persuader la population que la culture est un fait marginal, superflu, et dont on peut se passer sans conséquence aucune ».
Cet ancien militant du MCB tient à souligner qu’ « au lieu de réclamer une politique culturelle qui soit au service de l’algérianité, des projets culturels bien conçus et bien réfléchis qui participent à l’éveil intellectuel du peuple, des cercles s’attaquent à la culture comme source du mal d’un pays rongé, paradoxalement, par l’inculture et l’incivisme ».
Djamel Arezki, écrivain, et militant de l’Amazighité, n’a pas hésité à critiquer la décision de préférer les ordures à la culture ».

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