Amar Ezzahi au cœur du melhoun algérien – Le Jeune Indépendant
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Culture

Amar Ezzahi au cœur du melhoun algérien

Amar Ezzahi  au cœur du melhoun algérien

Se remémorer Amar Ezzahi, à quelques semaines de l’anniversaire de sa disparition, c’est parler nécessairement du melhoun. Cette alchimique poésie populaire en arabe maghrébin, bédouine ou citadine, transcrite sous une forme littéraire peu conforme à la structure métrique de la poésie classique. Une poésie singulière, riche, sensuelle et mystique à la fois

On peut donc dire que le melhoun est historiquement algéro-marocain, et singulièrement algérien, typiquement de l’Oranie. Raviver alors la mémoire de ses grands bardes, c’est évoquer nécessairement une mémoire du melhoun partagée entre les peuples algérien et marocain, mais en particulier érigée en art complexe par les poètes particulièrement inspirés de l’Ouest algérien

Cheikh Amar Ezzahi, icône lumineuse du chaabi, qui aura chanté le répertoire partagé du melhoun, fut une synthèse artistique de ce sublime registre poétique. Le troubadour du quartier algérois de Sidi Abderrahmane, a donc chanté en même temps les trouvères algériens et les chantres marocains du genre. À commencer par le monumental Algérien Sidi Lakhdar Benkhlouf.

Et comment ne pas s’émouvoir sans cesse en reécoutant Amar Ezzahi chanter, entre autres, avec sa voix chaude du miel de la tendresse, Maychali, Ana Aâchqi Adraoui, Sellem Ya Men Lem Fel H’wa ou encore Ya Bdour Ezine El Meknoune ?

Il y a donc les rhapsodes marocains dont la liste ne saurait être contenue dans une modeste chronique de journaliste. Et il y a aussi, noblesse poétique oblige, les amants des muses algériens, dont le plus grand de tous, Sidi Lakhdar Benkhelouf Lakhal, merveilleux panégyriste du Prophète auquel il dédia l’essentiel de son art. Amar Ezzahi et bien d’autres chouyoukh du chaâbi lui doivent singulièrement El Khazna El Kbira et El Khazna Essghira.

Dans sa suite lumineuse, il y a d’abord Saïd El Mendassi, le poète tlemcenien du XVIIe siècle exilé au Maroc. Dans son œuvre, scintille de mille feux El Aâ’qiqya, une longue qcida pour les Lieux Saints. Cet incomparable ménestrel fut le grand maître d’autres troubadours algériens comme Ahmed Bentriki et Mohamed Bna Msayeb. On doit notamment au premier Abouya hnini tab qelbi men qoulette la la. Dans cette lignée prestigieuse, figure également Cheikh Bettobdji Abdelkader de Mostaganem, auteur de Lellah ya h’li a-âadhrouni et le splendide beyt we syah Ah ya ouelfi.

Et comment ne pas citer aussi l’Algérois, dont la poésie est d’or pur cousue, Cheikh Mohamed Ben Ismaïl, créateur de la mythique Ya ilahi weltof ya del krim bia, mais pas seulement ? Mention spéciale d’autre part à Cheikh Ben Omar, surnommé El Hadbi (le bossu), producteur de la très suggestive Tlata zahwa wemraha men h’wa h’oum mani sahi. Et, bien sûr, dans le registre du poétique merveilleux, Mohamed Ben’Msayeb, le Tlemcenien aux racines andalouses, qui aurait composé quelque 3 000 poèmes, dont le providentiel Ya ahl Allah ghithou el melhouf. Et, parmi tant d’autres compositions, la mystique et divine Ya l’Wahdani. Lui reviennent aussi, de plein droit artistique, Ya aâchaq ezzine, Men sab mâa elmlih fardja, Men ne’houa rouhi ourahti, Fadh elwahch aâliy, Kif aâmali ouhilti, El horm ya Rassoul Allah, Anaya barrani ghrib, Nari w’qourhti we sbeb el qelb el hzine, ou bien Zora ya aâchqine zora.

Dans le sillage de Ben’Msayeb, Boumédiene Ben Mohamed Bensahla, lui aussi de Tlemcen. Tel le grand poète arabe Omar Ibnou Rabiâa, Bensahla fut un homme à femmes dont il loua l’amour à lui généreusement offert ! Et c’est à toutes ces belles Tlemceniennes qu’il offrit sa fameuse qcida Nabouni roudou el djwab. Parmi ces sirènes de beauté, il y eut en particulier Fatma à laquelle il composa Youm el khémis wach eddani, Oueld ettir, M’dhebel lâayan et Sidi men yssel aala kahl el âayn. Il fut tout aussi bien inspiré en tissant les trames de Baghi n’djaour El Mustapha, Wahd el gh’zal rit el youm, Charâa Allah ya lahbab et Ya dhaou âayani.

Et dire qu’Amar Ezzahi transcrivait phonétiquement ces poèmes complexes en lettres latines pour mieux les déclamer en arabe maghrébin, avec une clarté et une précision époustouflantes ! Le génie, c’est aussi ça !
N. À.

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