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Ali Haddad se dit innocent

Ali Haddad se dit innocent

Le 5e jour du procès de l’ex-premier responsable du FCE, Ali Haddad, poursuivi pour les chefs d’inculpation liés à l’obtention de privilèges, d’avantages et de marchés publics en violation de la législation, dilapidation de deniers publics, abus de fonction, conflit d’intérêts et corruption dans la conclusion de marchés publics, s’est achevé ce jeudi au siège de la cour d’Alger avec l’audition de l’enfant d’Azzefoun.

Ali Haddad est impliqué au même titre que les deux ex-Premiers ministres Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal et neuf autres ministres qui sont poursuivis pour octroi d’indus avantages, abus de fonction dans le but d’octroyer d’indus avantages à autrui, conflit d’intérêt, trafic d’influence, corruption, dilapidation de deniers publics et complicité dans la dilapidation de deniers publics.

Auditionné, le patron du Groupe ETRHB a déclaré à l’intention du président de la 6e chambre pénale de la cour d’appel d’Alger, Kadri Youcef : « Monsieur le président, je nie tous les faits qui m’ont été reprochés au cours de l’enquête préliminaire et l’instruction judiciaire. Je fais partie d’une famille qui est dans le domaine des travaux publics depuis 1988. »

Le mis en cause a également déclaré : « Bien qu’il m’ait mis à l’aise, le juge d’instruction m’a interrogé vers 2 heures du matin. J’ai été conduit au tribunal à trois reprises en une semaine. »

Il a ajouté : « Mes frères et sœurs n’ont rien à voir dans cette affaire. Je suis le seul responsable. Mes frères ont passé une nuit dans des cellules alors qu’ils ne sont concernés ni de près ni de loin dans ces affaires de malversation. »

Ali Haddad a indiqué : « Je suis rentré en Algérie sur demande de mon père, qui m’a conseillé de rejoindre mon pays et, par-delà, le servir. En guise de reconnaissance, je me retrouve poursuivi et incarcéré », avant de poursuivre : « Grâce à la politique que j’ai tracée dans le domaine des travaux publics, l’Algérie a gagné 30 millions d’euros. La réalisation des ponts-parcelles menant des Sablettes à la Grande Mosquée, située sur le long de l’avenue ALN, ont été réalisés avec un matériel 100% importé d’Italie et le montage s’est fait à Akbou dans la wilaya de Béjaïa. Le pont en question peut contenir 1 200 personnes ».

Ali Haddad a reconnu, par contre, avoir acheté un appartement à Paris au 18e arrondissement à plus 55 000 euros.

Il a précisé que « les frais financiers de la société en 2018 étaient de l’ordre de 1 500 milliards de centimes et le chiffre d’affaires était de 7 000 milliards de centimes ».

Le mis en cause a nié avoir bénéficié d’avantages dans les différentes régions du pays, notamment à Tlemcen, Sidi Bel Abbès et à El-Bayadh. Il a déclaré que « ces privilèges entrent plutôt dans le cadre de la réalisation des projets ».

Pour rappel, l’enquête préliminaire avait fait état de révélations inédites sur la priorité accordée à l’homme d’affaires concernant les marchés publics et les banques publiques. Ainsi, de l’année 2000 jusqu’à 2019, le Groupe ETRHB a bénéficié de 124 marchés publics (dont la plus grande partie entre 2012 et 2018), d’un montant de 78 410 milliards de centimes.

Le secteur des travaux publics vient en première position, avec 99 marchés pour une enveloppe de 56 430 milliards de centimes, suivi de l’hydraulique avec 23 marchés d’un montant de 21 719 milliards de centimes, puis de l’énergie et des mines avec 2 marchés de plus de 261 milliards de centimes.

Grâce à sa proximité avec le frère du Président déchu, Ali Haddad a décroché 452 crédits bancaires pour un montant de 211 000 milliards de centimes, dont 167 000 milliards de centimes (83%), ont été accordés par des banques publiques, à leur tête le CPA (Crédit populaire d’Algérie), avec 73 000 milliards de centimes, soit 43% des montants prêtés.

L’enquête a détaillé particulièrement les marchés obtenus par l’ETRHB, avec des sociétés étrangères : le portugais Teixeira, les turcs Mapa et Ozgun, les chinois CSCEC et Chec, l’italien Rizzani Todini, les espagnols Ofcc, Inerica, Enyse, comme chefs de file et qui auraient bénéficié des plus grands montants transférés à l’étranger. Ils concernent de nombreuses réalisations majoritairement non achevées, avec de nombreux avenants ayant fait exploser les coûts.

C’est le cas de la ligne du tramway Alger-Est, confiée à l’ETRHB, avec Meditrail et Alstom comme chefs de file, pour un montant de 3 263 milliards de centimes, dont une grande partie, soit 2 300 milliards de centimes, transférée en devises. Après 19 avenants, le coût de cette réalisation a connu une hausse de 88 % du montant initial, avec un retard de 9 ans.

L’enquête vise aussi le marché de réalisation de la ligne ferroviaire Oued Tlélat-Colonel Abbas, à Tlemcen, décroché, après recours, par l’ETRHB, associé avec FCC comme chef de file, alors que le groupement turc Alarko-Ozgun, qui a obtenu l’attribution provisoire, était le moins disant, avec un montant de 102 224 milliards de dinars.

L’enveloppe financière passe de 123 420 milliards de dinars à 320 859 milliards et le délai de réalisation est élargi à 48 mois. Ce contrat a connu lui aussi 4 avenants pour faire passer le montant global de 102 224 milliards de dinars à 118 522 milliards de dinars, et les délais de réalisation de 48 à 93 mois, et de mars 2013 à 2019, le taux d’avancement des travaux était de 7 %.

Les investigations ont concerné aussi les circonstances de désistement de la cimenterie de Relizane à Ali Haddad, et dévoilé de nombreuses anomalies ayant entaché cette opération, menée sur intervention du Premier ministre, mais aussi en vertu d’une résolution du CPE (Conseil des participations de l’Etat), d’une instruction du ministre de l’Industrie, Abdessalem Bouchouareb, et de celle du ministre du Développement industriel et de la Promotion de l’investissement, Amara Benyounès.

Selon l’enquête, ces responsables se sont unis pour faire pression sur les membres du conseil d’administration du GICA et les pousser à entrer, contre leur volonté, dans des négociations avec Haddad pour se retirer de la cimenterie à son profit.

Les enquêteurs ont aussi dévoilé l’affectation à Ali Haddad de sept structures portuaires, Djendjen (Jijel), Alger, Béjaïa, Mostaganem et Annaba, dans le cadre de la concession, et ce pour des périodes allant de 3 à 30 ans renouvelables.

Pour rappel, lors du premier jugement, le collectif des avocats constitué au profit de l’homme d’affaires Ali Haddad et des autres inculpés ont estimé que le tribunal de Sidi M’hamed était qualitativement incompétent pour juger cette affaire liée à la malversation.

Prenant la parole, le procureur de la République a affirmé que la défense a été saisie des documents et informée de l’expertise établie par l’IGF. Il a demandé que les vices de forme discutés soient tout simplement écartés par le tribunal, notamment en ce qui concerne l’extinction de l’action publique.

Le procureur de la République a tenu à préciser que l’ancien wali d’Alger, Abdelkader Zoukh, est toujours poursuivi, conformément aux dispositions prises par le conseiller rapporteur de la Cour suprême.

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