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Ali Boumediene : «Notre objectif est de conquérir le marché européen»

Ali Boumediene : «Notre objectif  est de conquérir  le marché européen»

L’entreprise Bomare Company détentrice de la marque commerciale Stream System a inauguré, lundi dernier, la première unité de production de smartphones en Algérie. Son P-DG, Ali Boumediene, revient dans cette interview sur les objectifs de cette unité qui se spécialisera dans la fabrication des smartphones et sur la stratégie, à terme, de son entreprise dans les marchés national et supranational notamment européen.

Le Jeune indépendant : Vous avez lancé aujourd’hui votre propre unité de production de smartphones, fruit d’un partenariat avec Hisense, quelle est la nature de ce partenariat ?

Ali Boumediene : Nous avions un projet de fabrication de smartphones depuis plus de trois ans. Durant cette période nous avons cherché à avoir un partenaire solide qui maîtrise la technologie et qui sera prêt à procéder au transfert technologique à notre niveau. Hisense dispose d’un grand centre de recherche et développement qui maîtrise le process de développement des produits. Nous avons exigé de Hisense qu’ils transfèrent leur savoir-faire ici en Algérie afin qu’on maîtrise nous-mêmes dans notre usine la production de nos smartphones. De plus, Hisense a des références de transfert technologique à travers le monde ; je peux vous citer le cas de l’Indonésie où la marque chinoise a signé un partenariat semblable au nôtre afin de fabriquer plus de 1 million de pièces par an, ce qui est déjà considérable.

Vous avez toujours privilégié via vos partenariats le transfert technologique. Cela fait-il partie de vos engagements ?

Avant de créer Bomare et de commencer la production, j’ai déjà eu une expérience dans l’importation et la distribution, mais en créant Bomare je me suis focalisé sur la production et la maîtrise, notamment via la recherche et le développement. Nos partenariats, que ce soit avec Hisense ou LG, sont basés sur le transfert technologique ; nous voulons maîtriser la chaîne de production et avoir un centre de recherche et développement et former nos équipes chez nos partenaires afin d’être à jour en ce qui concerne les nouvelles technologies. 

La loi de finances pour 2016 prévoit le retour de la taxe sur les smartphones et les produits électroniques importés ; est-ce que cela va favoriser les producteurs locaux comme vous ?

C’est vrai que cette mesure va encourager le produit local à être plus compétitif. Cela dit, le marché des smartphones doit être réorganisé, la naissance de plusieurs marques algériennes est bénéfique pour nous, nos concurrents algériens sont avant tout nos partenaires, la multiplication de marques algériennes amènera à une certaine maîtrise de la technologie par des Algériens, une maîtrise également du service après-vente, ce qui nous aidera à passer à l’exportation du produit local facilement. Personnellement je n’ai pas envie qu’on ait la même expérience avec les feature phones où nous avons consommé près de 40 millions d’unités depuis 1997, sans aucune rentabilité ni transfert technologique ; nous ne voulons pas rester uniquement des consommateurs mais on doit aller vers la production et la maîtrise de la technologie.

Plusieurs marques proposent déjà des smartphones algériens mais qui sont produits pour leur majorité en Chine, qu’en pensez-vous ?

Aujourd’hui on trouve trois manières de faire un smartphone en Algérie. Il y a des marques qui font seulement le packaging, c’est-à-dire l’emballage, d’autres font le SKD, qui est l’assemblage de pièces importées qui constituent le smartphone, le troisième procédé c’est le CKD : on reçoit la carte-mère du smartphone complètement vierge où on fait l’insertion de la technologie, après on passe à l’autre étape qui est l’assemblage ; c’est ce que nous faisons dans notre unité de production. Maintenant, est-ce qu’il y a des entreprises qui ne font que le packaging et font croire que c’est un produit fabriqué en Algérie ? je vous laisse juger en tant que spécialiste.

Pour être franc, je me demande comment une entreprise qui n’a jamais fabriqué de smartphones ou de téléphones par le passé achète la matière première du jour au lendemain et fabrique un smartphone seule, sans aucune maîtrise au préalable et sans aucun partenaire technologique.

Nous, nous avons choisi un partenaire technologique qui est Hisense et c’est à partir de ce transfert de technologie qu’on a réussi à fabriquer un smartphone. Je ne comprends pas comment un fabricant en Algérie peut faire ça aujourd’hui sans aucun transfert technologique et sans partenaire. Il y a autre chose qui a attiré notre attention, c’est que le jour où on a voulu avoir un code d’activité de production de smartphones auprès du CNRC, nous avons été surpris de trouver qu’aucun code n’existait auparavant, ce qui signifie que les autres avaient des codes d’importateurs de produits électroniques et cela veut tout dire à mon sens. 

Bomare n’a jamais caché sa volonté d’exporter ses produits vers l’étranger, qu’en est-il vraiment aujourd’hui ?

Pour être franc avec vous, Bomare a été créé dans l’objectif d’exporter vers l’étranger. Pour moi, sans une stratégie basée sur la recherche et le développement et sans l’export, on n’est rien, on restera de simples commerçants ; si on ne développe pas la partie export, Bomare n’avancera jamais ; nous sommes d’ailleurs présents depuis quatre ans au Salon de l’IFA à Berlin afin de présenter nos produits au monde entier.

Concernant l’exportation de nos produits, nous avons eu une petite expérience en 2007 en Europe avec les téléviseurs Stream, qui n’a pas bien marché car il faut avoir un service après-vente sur place, une équipe marketing pour promouvoir notre produit sur ce marché, surtout avec la concurrence. Après cette expérience, nous avons arrêté d’exporter notre marque Stream et nous avons commencé à fabriquer pour d’autres marques en tant qu’OEM, ce qui marche très bien pour l’instant ; nous avons conclu plusieurs contrats que nous allons dévoiler prochainement.

Depuis 2013, Bomare produit des téléviseurs pour le compte de LG, est-ce que cela ne fait pas de l’ombre aux téléviseurs Stream ?

Sincèrement cela cause plus préjudice à LG qu’à Stream. Aujourd’hui on produit des téléviseurs Stream avec le même process que LG ; d’ailleurs c’est la marque coréenne qui avait demandé lors des négociations qu’on arrête la fabrication des téléviseurs Stream afin de ne pas concurrencer LG, ce que nous avons refusé catégoriquement, car notre objectif est d’acquérir la technologie de LG pour faire bénéficier la production locale.

Pensez-vous qu’un jour l’Algérie pourra devenir l’usine de l’Europe et concurrencer la Chine ?

Oui bien sûr ! Nous avons tout ce qu’il faut ; rien que dans le Bassin méditerranéen nous pouvons concurrencer déjà la Turquie qui est aujourd’hui la référence de la région, mais pour cela il faut une vision à long terme, une stratégie et une réglementation du marché, faire en sorte que nos ingénieurs restent en Algérie avec de bonnes conditions de travail. C’est triste de voir nos meilleurs ingénieurs dans les plus grandes boîtes étrangères alors que le pays a besoin d’eux ici ; il faut faire en sorte de les encourager à rester au pays et rehausser l’industrie algérienne afin d’être une référence dans notre région.

Après les produits électroniques et les terminaux mobiles aujourd’hui, quelle est la prochaine étape pour Bomare ?

Déjà nous comptons produire de nouveaux smartphones en 2016. Cela dit, nous avons plusieurs projets dans d’autres domaines que nous allons annoncer dans le futur, notamment dans l’automobile et l’aviation. Ce qui est sûr c’est que Bomare ne va pas arrêter de vous surprendre dans des domaines technologiques où on ne nous attend pas forcément.

Quelles sont les contraintes auxquelles Bomare fait face dans son activité ?

C’est vrai qu’on rencontre plusieurs contraintes dans notre activité ; par contre, il y a quelques changements positifs, notamment en matière de douane. Aujourd’hui on est tranquille, il y a des facilités mais il reste encore un petit point qu’on aimerait relever : lors de la réception des échantillons on doit passer par la même procédure que pour des containers, ce qui nous fait perdre du temps ; quand on ramène des échantillons c’est pour voir si le produit peut marcher en Algérie, afin de le produire à notre niveau et on doit prendre une décision rapide, mais cette contrainte nous fait perdre beaucoup de temps. Par ailleurs, on a un projet pour agrandir notre usine en construisant un immeuble de six étages, mais les autorités refusent de nous délivrer le permis de construire car, selon eux, on n’a pas le droit de construire plus de deux étages, ce qui est aberrant, notamment pour une entreprise dans le domaine de l’électronique. Nous avons remonté la requête au FCE, car nous sommes membre du forum, nous espérons trouver une solution rapide à ce problème qui freine notre déploiement. 

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