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Nationale

Ali Benflis répond aux propos de Nicolas Sarkozy sur l’Algérie

Ali Benflis répond aux propos de Nicolas Sarkozy sur l’Algérie

Ali Benflis, le président du tout nouveau parti Talaiet El Houriet, qui vient d’accorder un entretien à l’hebdomadaire français L’Observateur, est revenu sur les propos de l’ancien président français Nicolas Sarkozy tenus la semaine dernière à Tunis, par lesquels il avait traité avec une légèreté déconcertante la situation de l’Algérie.

L’ex-candidat à l’élection présidentielle de 2014 a aussi abordé de nombreux sujets liés aux dernières nominations de civils et de militaires, au terrorisme, à Ghardaïa et à bien d’autres questions de l’heure. Selon Benflis, les déclarations de Nicolas Sarkozy ont choqué en Tunisie comme en Algérie : « Pour ma part, je les ai trouvés tout simplement lamentables. Et je pèse mes mots. De la part d’un ancien chef d’Etat, président d’un grand parti politique, on était en droit d’attendre un plus grand sens de la mesure, une plus grande justesse dans le jugement et une plus grande finesse dans la réflexion et l’analyse. Le sujet est trop sérieux pour être traité avec cette ironie déplacée et cette désinvolture qui déprécie d’abord et surtout l’auteur des propos tenus sur l’Algérie de manière si peu courtoise et inamicale », relève-t-il, outré. Au sujet des derniers changements survenus tant au plan civil que militaire, Benflis admet volontiers qu’ils vont dans un sens logique lorsqu’ils s’accompagnent d’une vision claire. Or pour lui, ces nominations n’obéissent à aucune logique. « Dans l’exercice du pouvoir, ce qu’il y a de plus facile, c’est de nommer et de relever de leurs fonctions des individus. Il est bien plus ardu de mettre en œuvre des politiques qui servent la société, règlent les problèmes et répondent à ses attentes.

Le drame de la vacance du pouvoir dont nous sommes les témoins en Algérie est qu’il n’y a plus personne pour concevoir et conduire de telles politiques. La véritable impasse est là et le jeu des chaises musicales est loin d’aider à la surmonter », dit-il.Selon lui, le régime en place « veut uniquement frapper les esprits » par l’ampleur des changements de personnels civils et militaires. « Il veut faire croire, par cet artifice du changement de personnels, qu’il y a toujours un maître à bord, qu’il y a un cap et une carte de navigation, alors que tous les Algériens savent qu’il n’en est absolument rien », ajoute-t-il. Au sujet de la dernière attaque terroriste qui a coûté la vie à neuf militaires à Aïn Defla, Benflis met en avant le silence des autorités face à un drame qui ne laisse personne indifférent, mais aussi leur manque de communication : « C’est presque contraints et forcés que les pouvoirs publics ont fini par concéder le strict minimum concernant l’attaque d’AïnDefla : deux phrases dans un communiqué du Conseil des ministres et un tweet du Premier ministre. Le peuple algérien n’a eu aucune explication qu’il était pourtant en droit d’attendre, et les malheureuses victimes n’ont reçu aucun hommage particulier. Même leurs familles ont été privées de l’expression solennelle de condoléances de la part des autorités publiques. Les victimes, leurs familles et le peuple algérien méritaient à mon sens bien mieux que cela », regrette-t-il. Le leader de Talaiet El Houriet n’y va pas par quatre chemins pour dire que le terrorisme est bien là, plus que jamais présent malgré le discours triomphaliste des autorités qui nient cette évidence. « Le terrorisme menace toujours notre pays ; on ne peut pas se le cacher. Certes, il ne peut frapper quand il veut et où il veut. Mais il sévit dès qu’il le peut (…) Il faut mettre un terme chez nous au discours politique triomphaliste et lénifiant sur la défaite du terrorisme, sur la sécurité totalement rétablie et la paix entièrement restaurée.

Il faut avoir la franchise et le courage de dire aux Algériens que notre pays est toujours en guerre et qu’il ne faut pas baisser la garde », clame-t-il. Enfin, revenant sur les événements qui ont ensanglanté Ghardaïa, Benflis pense que cet acte n’est pas un cas isolé. « Comme l’ensemble du pays, le sud de notre territoire est dans une situation de profond malaise. Il ne se sent pas pris en considération, éprouve un sentiment de délaissement. Les populations de ces régions ont le sentiment d’être des citoyens de seconde zone ; elles se jugent victimes de politiques de développement incohérentes et déséquilibrées. Ce qui est en cause dans ces régions, c’est un déni de citoyenneté, ce sont les représentations clientélistes qui se sont substituées aux représentations légitimes des populations, les droits et libertés ignorés et les décisions arbitraires des pouvoirs qui se sont imposés de manière autoritaire. Voilà les véritables causes du soulèvement de Ghardaïa, et il faut les traiter en tant que telles. A tort, nos pouvoirs publics ont opté pour un traitement sécuritaire. Le régime politique en place ne voit qu’un défi à son autorité », affirme-t-il.

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