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Nationale

Algérie-UE : une confiance compromise

Algérie-UE : une confiance compromise

Usant d’une manière préméditée de symboles de l’Union européenne, la sortie inattendue de l’ancienne journaliste de l’ENTV Leïla Haddad, suscite des interrogations tant elle a conduit à une crise ouverte entre les deux partenaires.
Les retombées d’un tel impair sur les relations entre Alger et Bruxelles restent imprévisibles à terme.
D’ores et déjà elles ont jeté un coup de froid et instauré une suspicion quant au devenir des rapports entre les deux rives. D’autant que la réaction du représentant de l’Union européenne à Alger via un tweet a été jugée maladroite par les uns et méprisante par les autres, quand on sait que la personne visée n’est autre qu’un chef d’Etat. Aux vœux d’Alger de voir condamner l’acte par ses partenaires européens, John O’Rourke répond que « les journalistes accrédités auprès des institutions européennes ne parlent pas au nom des institutions mais en leur propre nom ». Le timing (à moins d’une année des élections présidentielles algériennes) et le lieu (espace appartenant au Parlement européen) choisi pour une telle initiative suscitent en tout cas des interrogations tout à fait légitimes.
L’Union européenne est confrontée à une situation dramatique. Après le Brexit, les inquiétudes en Autriche et en Hongrie, l’extrême droite, hostile à l’Union, réalise des avancées considérables à l’image de l’Italie, l’un des acteurs clefs de l’Union en compagnie de l’Allemagne et de la France. Le trio subit une pression par les leaders d’extrême droite. Il est accusé d’assujettir les économies des pays de l’Union et de les mettre au service des multinationales et des Etats-Unis.
La recherche de débouchés ailleurs, pour sauver ce concert, s’avère donc une aventure tout à fait légitime à même d’assurer la survie du bloc européen. L’Algérie, de par sa proximité avec les principaux pays, constitue un des maillons nécessaires à la stabilité des terres de la rive nord méditerranéenne. L’association avec l’Union signée en 2005 et dont l’Algérie a fini par prendre du recul vis-à-vis de certaines clauses de l’accord et qui, aujourd’hui, constituent un frein au développement économique du pays confronté à une réelle crise financière, dont les répercussions sur le vécu des Algériens ont fini par toucher les couches moyennes, peut s’avérer être un levier manipulable à même de pousser le pouvoir algérien à céder aux exigences de ses partenaires européens. Tous les coups sont donc permis, oserions-nous dire.

Depuis au moins neuf années, l’Union ne cessait de frapper à la porte d’El Mouradia pour s’adjuger la primauté des bonnes affaires commerciales avec Alger, sans lésiner sur les louanges à l’égard du chef de l’Etat, affirmant à chaque fois qu’il se portait comme un charme. S’affairer aujourd’hui à offrir une tribune pour que des leçons soient données au peuple algérien sent le fagot, quand bien même le statut de celui ou (celle) chargée de l’invective est connu pour son opposition au pouvoir en place. Les affaires algériennes devraient se traiter entre Algériens et sans tuteur. Un principe auquel s’accroche d’ailleurs clairement la diplomatie algérienne.
L’Algérie un marché incontournable
L’appel sournois à l’interventionnisme européen de Mme Haddad use d’une forme peu convenable en pareille circonstance. Les enjeux sont multiples et le terrain algérien offre de juteux marchés. Face à l’action de l’administration américaine, dont l’actuel président a fini par faire appliquer à tout le monde ses choix stratégiques économiques ou politiques, notamment au Moyen-Orient, les Européens s’accrochent à vouloir jouer une partition à même de leur permettre de peser sur la destinée aussi bien économique que politique des Algériens. La réponse de l’ambassadeur de l’Union aux vœux d’Alger que « l’union européenne se démarque publiquement de la manœuvre et que des actions concrètes soient prises contre les agissements irresponsables de la contrevenante » est on ne peut plus claire. John O’Rourke n’a pas tardé à répondre via Tweeter aux autorités algériennes, soulignant que « les journalistes accrédités auprès des institutions européennes ne parlent pas au nom des institutions mais en leur propre nom, en ligne avec les principes de liberté d’expression et liberté des médias ».
Même si le fond du sujet exposé par l’ancienne journaliste de l’ENTV reste d’actualité ici ou ailleurs, l’utilisation d’une tribune empruntée pour l’exposer et pour au final diffuser son contenu via les réseaux sociaux s’avère être une acrobatie peu convaincante dans la mesure où les réseaux sociaux pullulent de déclarations d’Algériens opposés aux pratiques du pouvoir en place. Mme Leïla Haddad aurait bien pu user comme bon lui semble de la plateforme sans chercher le parrainage d’un tiers, sachant que ce tiers n’agira, et même contre vents et marée, que dans l’intérêt de ses stratégies.
Cette même tribune aurait-elle été aussi facile d’accès à la journaliste si le contenu de son invective était destiné aux gouvernants des pays de l’Union.
Rien n’est moins sûr. Les expériences passées l’ont prouvé. 

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