Des mémorandums signés: Alger et Nouakchott passent à la vitesse supérieure
Plus qu’une simple réunion diplomatique, la 20e Grande Commission mixte algéro-mauritanienne a accouché ce mardi à Alger, d’une feuille de route concrète. En paraphant plusieurs mémorandums d’entente, les Premiers ministres des deux pays ont jeté les bases d’une coopération renforcée, visant à transformer les ambitions politiques en projets de développement tangibles sur le terrain.
Un nouveau chapitre dans les relations bilatérales algéro-mauritaniennes vient d’être amorcé à la lumière des travaux de la Grande Commission coprésidée, par le Premier ministre, Sifi Ghrieb, avec son homologue mauritanien, Mokhtar Ould Diay. La rencontre, qui a entériné la volonté commune de consolider la coopération et l’importance d’assurer le suivi de la mise en œuvre des dispositions prises, s’est soldée par la signature de plusieurs accords et mémorandum d’entente couvrant plusieurs secteurs d’activités.
L’état des lieux, le contexte et les perspectives de la coopération entre l’Algérie et la Mauritanie ont été passés en revue par le Premier ministre, Sifi Ghrieb, qui a affirmé que les relations entre les deux pays ont atteint des niveaux remarquables. Ces relations sont « marquées par de nouveaux succès, des contacts intensifs, des consultations et une coordination continues à travers des échanges de visites officielles à différents niveaux, conformément aux directives des dirigeants de nos deux pays, le président Abdelmadjid Tebboune et le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, et témoignant de leur ferme volonté d’élever les relations bilatérales au plus haut niveau ».
Dans une allocution, à l’ouverture des travaux de la Grande Commission mixte algéro-mauritanienne, M. Ghrieb a, de prime abord, signalé le contexte régional et international « extrêmement sensible », dans lequel se tient cette session, lequel « nous oblige plus que jamais à renforcer la coordination et la coopération selon une vision intégrée et éclairée, fondée sur le dialogue, la coordination et l’échange d’expériences et d’expertise ». Saluant « les résultats positifs et satisfaisants obtenus dans de nombreux domaines de coopération, notamment dans le domaine militaire et sécuritaire », Sifi Ghrieb a mis en avant la dynamique, en constante évolution, des relations bilatérales qui ne se limite pas aux domaines militaire et sécuritaire, mais s’étend à d’autres secteurs importants tels que la coopération parlementaire et économique
Signalant « les mesures concrètes et novatrices » prises, qui ont fait, aujourd’hui, de la frontière algéro-mauritanienne une zone d’intégration économique, ainsi que la réalisation d’une zone franche et d’échanges industriels, dont la réalisation a dépassé les 50 %, le Premier ministre a affirmé que « la coopération dans les domaines économique et technique constitue un pilier important de la structure des relations bilatérales ».
Augmenter et diversifier les échanges commerciaux
Il a ainsi évoqué les différents secteurs qui font l’objet de partenariat, à l’instar de l’énergie, mais aussi du secteur minier, lequel doit faire l’objet d’« une vision commune en vue d’établir une coopération mutuellement avantageuse, et d’exploiter les importantes ressources minérales que possèdent nos pays ».
Pour ce qui est des échanges commerciaux, le Premier ministre, qui s’est également exprimé devant la presse à l’issue des travaux de cette 20e session mixte, a fait part de la volonté commune d’augmenter le niveau des échanges commerciaux et la diversification de leur structure, qui demeure en deçà des ambitions des deux pays, notamment à la lumière des perspectives prometteuses offertes par le projet de la route Tindouf-Zouérate et la liaison maritime entre les deux pays. Sifi Ghrieb a également fait part de la progression des échanges commerciaux durant les dernières années, lesquels ont atteint 352 millions de dollars en 2025.
« Il est donc indispensable de poursuivre les efforts visant à accroître et à diversifier les échanges commerciaux, notamment compte tenu de la volonté politique et des atouts importants dont disposent les deux pays », a-t-il indiqué, soulignant l’importance d’étudier les moyens de renforcer et de soutenir ce mouvement, notamment en activant le dédouanement des biens et marchandises algériens au niveau du poste frontière terrestre mauritanien, en plus de la nécessité de finaliser l’étude du projet d’accord commercial préférentiel, qui constitue une opportunité pouvant contribuer au développement et à la fluidité des échanges commerciaux, en particulier avec la mise en service prévue du projet d’une zone franche de commerce et d’échanges industriels. A cela s’ajoutent d’autres facteurs, à l’instar des différentes manifestations et Salons organisés, comme le Salon des produits algériens organisé chaque année à Nouakchott.
Explorer les opportunités d’investissement
Le Premier ministre a, en outre, signalé la volonté de l’Algérie de porter la coopération en matière d’investissement au niveau requis, témoignant ainsi de la force et de la solidité des relations algéro-mauritaniennes, notamment grâce à la présence d’institutions financières capables de faciliter cette démarche, en particulier l’Union de Banques d’Algérie en Mauritanie. Il a ainsi invité les institutions publiques et les chefs d’entreprise des deux pays à explorer les opportunités d’investissement afin d’accroître le volume des investissements bilatéraux, qui demeure modeste, notamment dans le cadre du Conseil d’affaires algéro-mauritanien, lequel se réunira en marge de cette session.
Le Premier ministre a également évoqué d’autres domaines de coopération qui lient les deux pays, à l’instar de la culture, la formation, la santé et la ressource humaine, signalant l’initiative prise par l’Algérie d’accroître la part de la Mauritanie dans le cadre du programme exécutif encadrant actuellement la mobilité étudiante entre les deux pays, afin d’atteindre 350 bourses de niveau master et doctorat, et 60 bourses de formation professionnelle pour l’année 2025/2026.
Veiller à la mise en œuvre des dispositions
Si les jalons d’une coopération renforcée et diversifiée sont jetés, il est essentiel de passer à l’action et de veiller à l’application des différentes dispositions prises. C’est dans ce sens que le Premier ministre a souligné la nécessité de redoubler d’efforts durant les prochains mois « en vue d’assurer le suivi de la mise en œuvre des dispositions prises pour en tirer le meilleur parti, afin d’approfondir la coopération et d’ouvrir de nouvelles perspectives ». Selon lui, pour coordonner ces efforts, il est indispensable d’élaborer une feuille de route, assortie d’un calendrier précis, afin de mettre en œuvre les conclusions de cette commission.
De son côté, le Premier ministre mauritanien, Mokhtar Ould Diay, a également insisté sur l’importance de travailler conjointement afin de dynamiser les mécanismes de coopération, d’assurer leur tenue régulière et de suivre la mise en œuvre de leurs résultats, afin de contribuer au renforcement du partenariat entre les deux pays, notamment au regard de leurs importantes potentialités ainsi que des liens fraternels et humains profonds qui les unissent.
Il s’est, en outre, félicité de la tenue de cette Grande Commission de coopération, qui reflète, a-t-il dit, « la volonté commune des gouvernements des deux pays de renforcer la coopération bilatérale, conformément aux orientations des dirigeants des deux pays, unis par des relations privilégiées, une volonté sincère et une ambition commune de développer davantage cette coopération ».