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Nationale

Algérie-Maroc : Eviter les questions accessoires

Algérie-Maroc : Eviter les questions accessoires

Après un premier poste à Madagascar, Abdelaziz Benali Cherif est nommé ambassadeur d’Algérie à Rabat, et à ce titre, sa mission devient plus importante, plus passionnante en ce sens qu’elle va lui permettre de ressouder les bouts brisés d’une relation bilatérale exécrable dont Rabat feint de ne pas reconnaître sa responsabilité. On se rappelle juin 2005, lorsque Rabat avait signifié à Alger que la visite de Ahmed Ouyahia, alors Premier ministre, à la tête d’une importante délégation algérienne n’était pas la bienvenue et avait été annulée sine die.

Il faut jouer la carte de l’apaisement, travailler pour trouver une solution à la fermeture des frontières, mais dans un cadre relationnel global, car il faut prendre en ligne de compte tous les points en suspens de la relation bilatérale et non pas se focaliser seulement sur la réouverture des frontières.

Faut-il rappeler que c’est le Maroc, qui a cédé à la tentation d’isoler à l’international l’Algérie en pleine lutte contre le terrorisme, exigeant des ressortissants algériens des visas d’entrée au royaume après l’attentat de Marrakech d’août 1994, avec les brimades et vexations qui s’en sont suivies et avec des expulsions manu militari des touristes algériens ?

A qui incombe la faute de cette situation déplorable qui dure depuis plus de 25 ans ? Sûrement pas à l’Algérie. Car il est facile de demander épisodiquement, et à chaque discours royal, la réouverture des frontières, encore faut-il avoir la volonté réelle de dépasser tous les problèmes de gestion autant en ce qui concerne cette frontière que les relations bilatérales, et ce sur tous les dossiers, y compris celui de la sécurité des biens et des personnes. En particulier, il ne faudrait pas effectuer ce « linkage » maladroit mais intentionnel entre la réouverture des frontières et la question sahraouie.

Il est important pour les responsables marocains de ne pas céder à la question accessoire, à savoir la réouverture de ces frontières, et laisser en suspens, bien enfermées dans le placard, les vraies questions qui fâchent mais qui pourtant, sont celles qui sont en mesure de consolider une relation bilatérale durable, pérenne, aussi bien entre les deux Etats qu’entre les deux peuples frères.

Il faut surtout éviter le piège, celui de ranimer l’Oriental, dont la fermeture des frontières a pratiquement hypothéqué l’économie et le développement, avant de mettre à plat tous les problèmes en suspens, toutes les questions qui fâchent. Et, plus que tout, il faut que Rabat affiche une volonté politique sincère pour régler ce litige qui affecte l’économie de toute une région mais également les relations fraternelles entre les deux pays, à travers les relations familiales, plusieurs fois séculaires qui existent des deux côtés des frontières.

Le nouvel ambassadeur d’Algérie à Rabat en est justement conscient, et ses premières actions iront certainement vers des efforts de rapprochement entre les deux Etats et d’apaisement des relations entre les deux pays.

Le diplomate algérien va poursuivre la politique d’Alger, celle de l’apaisement, du rapprochement sincère entre les deux Etats, de l’ouverture avec les voisins marocains de tous les dossiers, mais il va aussi faire preuve de fermeté quant au principe du respect mutuel et des relations fraternelles qui doivent guider les pas des responsables marocains, loin de toute surenchère politique et de cette manie de Rabat de vouloir lier l’assainissement des relations bilatérales au dossier de décolonisation au Sahara occidental.

M. Benali Cherif aura, tout le monde en est conscient, la tâche facile puisque le palais royal a toujours manifesté sa volonté de participer sereinement à assainir la relation

bilatérale avec Alger. En témoigne le dernier discours du Roi à l’occasion de la fête du Trône, et, surtout, la feuille de route qu’il a proposée en novembre dernier à Alger.

C’est un bon début pour travailler en vue de l’assainissement des contentieux et recadrer les relations bilatérales par rapport aux nouveaux enjeux qui interpellent les deux pays. Quant à la question du Sahara occidental, elle relève de l’ONU. Les deux pays doivent donc axer leurs efforts sur la relance de leurs relations bilatérales.

Cependant, la machine pourrait se gripper si la presse locale, instrumentalisée, venait à jouer le mauvais rôle en sabordant tout ce qui est entrepris par Alger pour calmer les tensions et mettre en place une politique solide pour le rapprochement entre les deux pays, entre les Etats.

En 2005, feu Larbi Belkheir avait eu le même traitement haineux, à la limite blessant, de la presse locale, dès sa nomination le 4 août 2005 par le président Bouteflika comme ambassadeur d’Algérie à Rabat.

Deux mois auparavant, le 21 juin 2005, Rabat avait même annulé, par la voie de son ministère des Affaires étrangères, une visite du Premier ministre d’alors, Ahmed Ouyahia, à la tête d’une importante délégation ministérielle, pour justement remettre sur les rails des relations bilatérales déclarées pratiquement mortes cliniquement.

La paix des braves ne peut se concevoir sur un seul dossier, elle se construit sur une relation bilatérale globale, avec l’examen de toutes les questions en suspens. Il faut juste espérer que les efforts des deux Etats de leurs responsables ne soient pas sabordés par des milieux, au Maroc, qui ont toujours travaillé pour le maintien d’un climat relationnel exécrable entre les deux pays, empêchant toute réconciliation et tout rapprochement.

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