Algérie – France : Macron tacle les «mabouls» de la rupture
En s’en prenant aux partisans d’une rupture avec Alger et en évoquant « les mabouls qui disent qu’il faut se fâcher avec l’Algérie », le président français, Emmanuel Macron n’a pas simplement improvisé une formule choc. Il a surtout mis en scène, de manière volontairement provocatrice, les lignes de fracture d’un débat franco-français où la relation avec Alger est devenue à la fois un objet de politique intérieure et un enjeu stratégique sensible. Derrière l’expression, c’est toute l’ambivalence de la position française vis-à-vis de l’Algérie qui réapparaît, entre tensions récurrentes, dépendances assumées et crispations politiques.
Relancé sur le sujet par un médecin formé à Oran, le président français est allé plus loin dans la charge verbale : « allez le dire à tous les mabouls qui disent qu’il faut se fâcher avec l’Algérie ». Il a ajouté : « On a un système qui marche sur la tête ». Emmanuel Macron vise clairement une partie de la classe politique française, notamment la droite incarnée par Bruno Retailleau.
Derrière le mot, une cible politique. Et derrière cette cible, une fracture désormais bien identifiée, celle entre les tenants d’une rupture avec Alger et ceux qui défendent, au contraire, une relation pragmatique, voire indispensable. En utilisant ce registre de langage, le chef de l’État ne se contente pas d’arbitrer le débat, il s’y engage frontalement, dénonçant ce qu’il considère comme une lecture idéologique déconnectée des réalités.
Cette sortie intervient dans un contexte bien précis : celui de la question des médecins diplômés hors Union européenne, très présents dans les hôpitaux français. Parmi eux, les praticiens formés en Algérie occupent une place majeure, parfois essentielle au fonctionnement du système hospitalier. Une réalité structurelle souvent peu visible dans le débat public, mais qui révèle une dépendance concrète de la France à des compétences venues de l’autre rive de la Méditerranée.
C’est précisément là que la déclaration présidentielle prend toute sa portée politique. D’un côté, une partie de la classe politique continue d’alimenter une rhétorique de confrontation avec Alger, entre durcissement migratoire, tensions mémorielles et crispations diplomatiques. De l’autre, les besoins du système français, notamment dans la santé, l’énergie, la coopération sécuritaire et la gestion des flux humains, imposent une relation fonctionnelle que les postures politiques ne peuvent effacer.
En dénonçant les « mabouls », il renvoie dos à dos les partisans de la rupture et ceux qui exploitent le dossier algérien à des fins partisanes, tout en rappelant que cette relation dépasse largement le cadre du débat intérieur français.
Sur le plan professionnel, les médecins concernés sont intégrés au système hospitalier français sous un statut spécifique. Ils sont employés tout en étant moins rémunérés que leurs confrères titulaires, et doivent valider des épreuves de vérification des connaissances (EVC), puis un parcours de consolidation des compétences (PCC) d’une durée de deux ans, avant d’obtenir l’autorisation d’exercer et l’inscription à l’Ordre national des médecins.
Selon un état des lieux publié en 2024 par l’Ordre national des médecins, les principaux pays d’origine des diplômes des praticiens à diplôme hors Union européenne sont dominés par l’Algérie, qui représente à elle seule 36,8 % de ces professionnels.