Nationale Algérie-France

Algérie-France: De lourds contentieux coloniaux non encore résolus

L’Algérie célèbre ces jours ci le 62e anniversaire de son indépendance. Une souveraineté retrouvée après 132 ans de colonisation sanguinaire, de crimes et de tortures, d’expropriation, de déportation, d’exil, de rapine et de vols.

Une liberté arrachée au prix de luttes armées, de combats politiques et de sacrifices, dont la plus retentissante aura été la révolution du 1e novembre 1954 et ces centaines de milliers de martyrs.

Soixante deux après, les relations entre l’Algérie et l’ancienne puissance colonisatrice sont encore marquées par cette histoire violente.

Entre fluctuantes et tumultueuses, ces rapports sont encore stigmatisés par ce passé qui revient encore. Et la question mémorielle est l’un des dossiers les plus sensibles qui empoisonnent ces rapports, en dépit des récents efforts de part et d’autre.

Il y a quelques mois, par la voix du ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, l’Algérie a évoquait cinq dossiers qui bloquent ou à régler au préalable. Il cita la question de la «mobilité», de la «coopération économique», d’«essais nucléaires», de «Sahara occidental» et de «mémoire».

De tous ces dossiers, le dernier dossier est certainement le plus complexe, le plus délicat et le plus sensible. Pour certains, c’est la clé de tout développement dans les relations bilatérales.

L’une des problématiques soulevées par les Algériens est cette non reconnaissance par la France de son passé colonial depuis son invasion en juin 1830. Car les crimes commis avant même la guerre d’indépendance sont encore plus horribles, plus barbares et plus nombreux.

Cette reconnaissance doit être globale et doit intégrée toute l’histoire coloniale du début jusqu’aux essais nucléaires réalisés des années après l’indépendance dans le Sahara algérien.

Comment peut-on avoir des relations « normales », quand Paris refuse systématiquement, jusqu’au déni, l’éclatement des vérités de ses actes ? Peut-on comprendre des logiques telles que le refus par la France de restituer les biens du peuple algérien et de ses chefs, qui font partie du patrimoine national et de ses symboles, comme l’épée, le burnous de l’émir Abdelkader ou le canon de Sidi Merzoug.

Comment expliquer que l’Elysée refuse d’intégrer dans l’agenda de la prochaine visite du président Abdelmadjid Tebboune en France, prévue en octobre, une virée au Château d’Amboise où était emprisonné l’Emir Abdelkader ?

Des points d’achoppement qui s’ajoute à d’autres aussi compliqués, comme les essais nucléaires françaises dans le Sahara algérien et leurs conséquences désastreuses sur les populations et l’environnement. Les victimes algériennes et leurs familles réclament à la France d’abord une reconnaissance et ensuite une indemnisation, comme elle l’a fait pour les populations polynésiennes au Pacifique.

En six ans, la France a procédé à 17 essais nucléaires sur les sites de Reggane (wilaya d’Adrar), puis d’In Ekker (Tamanrasset).

Des documents déclassifiés en 2013 en France ont révélé des retombées radioactives importantes qui s’étendaient de l’Afrique de l’Ouest au sud de l’Europe.

Alger avait proposé, sur ce dossier, la création d’un fonds d’investissement de 100 millions de dollars, dont le rôle est de s’attaquer aux effets radioactifs sur la faune et la flore et d’indemniser les populations civiles atteintes.

L’autre litige qui demeure encore en suspens est la question lancinante des archives. Le chantier est immense pour les historiens, mais la démarche qui se voulait méthodologique, historique et académique s’est embourbée dans les considérations politiques.

Pourtant, la commission créée à cet effet a fait un grand chemin, avançant sur des chapitres importants comme la numérisation et la restitution des documents archivistiques, la mise au point d’une liste exhaustive et ouverte de biens symboliques comme ceux ayant appartenu à l’Émir Abdelkader et Ahmed Bey en vue de leur restitution, les échanges et la formation de doctorants et chercheurs, l’élaboration d’une chronologie allant de 1830 à 1962, la poursuite de l’identification et la recensement des cimetières, des tombes et des noms des détenus algériens du XIXe siècle décédés et enterrés en France, la numérisation de l’état civil et des cimetières de la période coloniale conservés en Algérie, l’instauration d’un portail numérique sous forme de «bibliothèque partagée».

Or, ces avancées se heurtent encore non seulement aux blocages de l’administration française, qui prétexte la loi et la législation, mais aussi aux oppositions et aux méfiances des courants de l’extrême droite française, soutenus par les nostalgiques de «l’Algérie française», les résidus de l’OAS, les harkis et leurs descendants.