Algérie-Espagne: Sanchez à Alger pour sceller un réchauffement stratégique
Le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, effectuera une visite officielle cruciale en Algérie le 20 juillet, un déplacement qui marque la consécration d’un réchauffement stratégique dans les relations bilatérales amorcé depuis 2024. C’est ce que rapporte le quotidien espagnol El Objectivo citant des sources gouvernementales à Madrid,
La dernière visite du chef de l’exécutif espagnole dans la capitale algérienne remonte aux 7 et 8 octobre 2020, une époque singulière où, en pleine pandémie de Covid-19, les relations de l’Espagne étaient paradoxalement bien meilleures avec Alger qu’avec Rabat.
Reçu en audience solennelle par le président algérien Abdelmadjid Tebboune, Pedro Sánchez ne fera pas le voyage seul. Il sera accompagné d’une délégation de haut niveau comprenant Sara Aagesen, la troisième vice-présidente du gouvernement et ministre de la Transition écologique, ainsi qu’un autre membre clé de son cabinet ministériel. Ce déplacement symbolise la volonté partagée des deux pays d’engager un partenariat solide. L’Espagne a été l’invité d’honneur de la Foire Internationale d’Alger qui a eu lieu du 21 au 27 juin dernier.
Ce retour au sommet a été patiemment préparé en amont par une reprise progressive des contacts de haut niveau. Le premier signal fort de normalisation a été initié par le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, dont la visite de travail en Algérie a permis de relancer les canaux diplomatiques officiels et de poser les jalons politiques de ce réchauffement.
Auparavant, l’ex-ministre algérien de l’Intérieur Brahim Merad s’est rendu à Madrid pour des séances de travail cruciales, tandis que son homologue, le ministre espagnol de l’Intérieur, Fernando Grande Marlaska a fait le déplacement inverse à Alger. Ces échanges croisés ont pleinement acté la volonté des deux capitales de restaurer leurs mécanismes de confiance.
Au cœur de cette refonte des relations bilatérales, la réactivation de la coopération sécuritaire s’impose comme une urgence absolue. Après une période de flottement liée à la crise, Alger et Madrid réengagent pleinement leurs services. Cette reprise se traduit d’abord par un renforcement de la lutte contre le terrorisme, via le partage de renseignements opérationnels sur les réseaux actifs dans la région sahélo-saharienne. Elle englobe également le combat contre le trafic transfrontalier, visant le démantèlement des filières de criminalité organisée qui vont du trafic de drogue à la contrebande d’armes.
Coopération migratoire et recouvrement des biens détournés
La gestion des flux migratoires redevient une priorité majeure. La crise diplomatique avait brisé une coopération autrefois exemplaire, entraînant une suspension des expulsions par Alger et provoquant une hausse des flux migratoires irréguliers vers les îles Baléares et Alicante. Actuellement, la pression sur les consulats espagnols d’Alger et d’Oran, combinée à l’annonce de régularisations massives en Espagne, a provoqué de fortes tensions, forçant les autorités consulaires à rétablir un système strict de prise de rendez-vous obligatoire via le prestataire BLS pour endiguer le marché noir des créneaux. Pedro Sánchez espère rétablir les mécanismes de contrôle conjoints, prouvant que ce voyage pose les jalons d’un partenariat global.
Parallèlement à la sécurité pure, un dossier d’une importance politique capitale pour Alger s’est invité à la table des négociations, à savoir le recouvrement des biens et des fonds algériens détournés issus de la corruption et localisés sur le territoire espagnol.
Dans le cadre d’une coopération judiciaire considérablement renforcée, les ministères de la Justice des deux pays intensifient désormais leurs échanges techniques à travers l’émission de commissions rogatoires, le gel des avoirs et des saisies immobilières ciblées. Pour le gouvernement algérien, l’obtention d’un soutien franc et actif de la justice espagnole pour traquer et rapatrier ces actifs financiers et immobiliers constitue une condition majeure de la durabilité de ce nouveau partenariat stratégique.
Au cœur des discussions de haut niveau figurera également le partenariat énergétique, un pilier structurel inébranlable qui a survécu aux pires turbulences politiques. La présence hautement stratégique de Sara Aagesen, ministre de la Transition écologique et de l’Énergie, confirme que Madrid considère Alger non seulement comme son principal fournisseur de gaz naturel à travers les infrastructures sous-marines, mais aussi comme un allié indispensable pour la transition vers les énergies renouvelables et l’hydrogène vert.
L’Algérie, forte de ses capacités de production et de sa résilience logistique, demeure le garant de la sécurité énergétique de la péninsule ibérique. En dépêchant sa ministre, Pedro Sánchez entend consolider les accords d’approvisionnement à long terme et jeter les bases de nouveaux investissements conjoints.