Alger–Rome : Le nouveau pacte stratégique
Pendant des décennies, la relation entre l’Algérie et l’Italie a été lue à travers le prisme unique du gazoducgazoduc Un gazoduc est une canalisation destinée au transport de matières gazeuses sous pression, la plupart du temps des hydrocarbures. Selon leur nature d'usage, les gazoducs peuvent être classés en trois familles principales : 1- gazoducs de collecte, ramenant le gaz sorti des gisements ou des stockages souterrains vers des sites de traitement. 2- gazoduc de transport ou de transit, acheminant sous haute pression le gaz traité (déshydraté, désulfuré, ...) aux portes des zones urbaines ou des sites industriels de consommation 3- gazoducs de distribution, répartissant le gaz à basse pression au plus près des consommateurs domestiques ou des petites industries.. Un flux vital, certes, mais unidimensionnel. Aujourd’hui, les indicateurs de l’année 2026 confirment une métamorphose profonde : ce qui n’était qu’un contrat de fourniture d’énergie s’est transformé, sous l’impulsion assidue et acharnée du président Abdelmadjid Tebboune, en un véritable partenariat stratégique multidimensionnel, redessinant les contours de la coopération Nord-Sud en Méditerranée.
Les données récentes sont éloquentes. Avec plus de 17 milliards de mètres cubes acheminés via le Transmed sur les dix premiers mois de 2025, l’Algérie ne se contente pas d’être un fournisseur de secours, elle est devenue la colonne vertébrale de la sécurité énergétique italienne. Cette fiabilité, renforcée par une hausse de 40 % des exportations de GNL, prouve que l’Algérie a su répondre présente au moment où l’Europe réorganisait ses approvisionnements, poussée par le conflit russo-ukrainien.
La force de ce lien réside dans la capacité de l’Algérie à anticiper l’ère post-carbone. Le projet SoutH2 Corridor (ou Corridor Sud d’Hydrogène) ne représente pas seulement une infrastructure technique de 3 300 km. C’est un basculement géopolitique. En réutilisant les gazoducs existants pour transporter de l’hydrogène vert, l’Algérie passe du statut de réservoir de gaz à celui de « pile électrique » de la Méditerranée.
Pour l’Italie, l’Allemagne et l’Autriche, ce corridor sécurise un approvisionnement en énergie propre à coût réduit. Pour l’Algérie, il garantit une rente énergétique pérenne et une intégration irréversible dans le marché européen des énergies renouvelables.
Au-delà de l’énergie, l’infusion du savoir-faire italien participe à la transformation du paysage agricole algérien, le segment qui constitue l’un des piliers du second mandat du président Tebboune. L’investissement de 420 millions de dollars porté par Bonifiche Ferraresi dans la wilaya de Timimoun est une réponse concrète au défi de la dépendance alimentaire.
Sur 36 000 hectares, ce projet s’attaque directement aux produits de large consommation (blé, lentilles, pois chiches), visant à substituer les importations par une production locale de haute technologie. Avec la création de plus de 6 700 emplois, le projet ne se limite pas à la terre. L’installation d’unités de transformation et de silos de stockage permet de conserver la valeur ajoutée en Algérie, transformant le désert en un pôle agro-industriel capable d’exporter des produits finis vers l’Afrique et l’Europe.
Cette synergie se prolonge dans l’industrie, où le succès de Fiat Algérie (dépassant les 50 000 véhicules produits) marque le retour d’une production basée sur l’intégration locale. Mais le véritable « chaînon manquant » reste l’inspiration du modèle italien des PME.
En s’appuyant sur la flexibilité et l’innovation de ces entreprises qui font de l’Italie la 4e puissance exportatrice mondiale, l’Algérie s’est dotée d’une feuille de route idéale pour stimuler son entrepreneuriat local afin de conforter ses exportations hors- hydrocarbures. Ce dynamisme économique ne serait possible sans une symbiose politique. Alger et Rome parlent aujourd’hui d’une seule voix sur les dossiers les plus brûlants de la région. Alger et Rome privilégient des solutions politiques inclusives et le respect de la souveraineté s’agissant de la crise libyenne.
L’Italie reconnaît le rôle pivot de l’Algérie comme médiateur et garant de la sécurité dans la bande sahélo-saharienne, un enjeu crucial pour la stabilité de l’Europe entière. Sur le plan sécuritaire, la coopération a franchi un palier avec des accords de lutte contre la criminalité transfrontalière et le terrorisme. Loin des approches purement répressives, Alger et Rome s’accordent sur la nécessité de traiter les causes profondes de la migration clandestine par le développement économique. Le récent comité quadripartite (Algérie, Italie, Libye, Tunisie) illustre cette volonté de stabiliser la Méditerranée centrale par une gouvernance migratoire concertée et humaine.