Alger-Paris : Les coulisses d’un dégel au milieu des manœuvres de l’extrême droite
Les prémices d’un réchauffement diplomatique entre Alger et Paris bousculent la scène politique française. Malgré le forcing des courants conservateurs et de l’extrême droite pour maintenir le blocage, des canaux officieux portés par des figures de premier plan ont poussé l’Élysée au revirement. Entre diplomatie parallèle et tensions ouvertes au sein même de l’exécutif français, le retour au dialogue tente d’imposer des bases plus sereines.
Durant des mois, la pression des mouvances extrémistes était énorme sur le président Emmanuel Macron, fragilisé politiquement à un an de la fin de son mandat, tentant de lui forcer la main et faire perpétuer la tension avec l’Algérie.
Il aura fallu des initiatives de plusieurs personnalités politiques, parlementaires et intellectuelles de premier plan en France, à travers des canaux officieux, pour désamorcer un tant soit peu la crise et convaincre l’Elysée que sa démarche était fausse sur tous les plans.
Parmi ces personnalités qui ont joué le rôle de facilitation on retrouve Ségolène Royal, l’ancienne candidate à la présidentielle de 2017, ancienne ministre et sénatrice, et actuellement présidente de l’Association France-Algérie. Cette dernière a effectué deux voyages cette année, noué des contacts et rencontré les autorités algériennes. Son apport est salué d’ailleurs en France. D’autres ont également eu leur part de mérite dans ce processus de relance de dialogue et de rebâtir les relations entre les deux pays sur des bases saines, sereines et stables.
Vendredi, l’avocat et essayiste français Jean-Pierre Mignard n’a pas manqué de revenir sur cet épisode du dégel des rapports algéro-français. Il a écrit sur X que « Nuñez (ministre de l’Intérieur) et ses collègues ont rempli leur mission. Ségolène Royal y a aidé. Se couper de l’Algérie, c’est se couper un bras. Macron ne fut pas à la hauteur ». Une phrase en forme de tacle sur la posture antérieure de Macron envers l’Algérie, qui avait adopté une politique de bras de fer en instruisant, en août 2025, son ex-Premier ministre François Bayrou de durcir le ton avec Alger et d’être « ferme », avalisant notamment les mesures drastiques dans la limitation de la délivrance des visas aux ressortissants algériens.
Dans ce gouvernement, le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau, figure de premier plan de l’extrême droite et chantre des courants anti-algériens, avait les mains libres pour faire durer la crise et saboter toute tentative de réchauffement des relations. En arrière-plan de son discours, l’intérêt électoraliste était évident, cherchant à glaner sur le dos de ses relations des gains en perspective de la prochaine présidentielle en France.
Selon M. Mignard, « il ne fallait pas mettre un marteau-piqueur dans les mains de Retailleau », estimant que la France a gravement fragilisé sa relation avec l’Algérie, saluant encore une fois le rôle de Nicolas Nuñez et de Ségolène Royal dans l’apaisement des tensions, et critiquant Macron et accusant Bruno Retailleau d’avoir aggravé la crise entre Paris et Alger.
D’ailleurs, ce dernier ne lâche pas prise. Il persiste dans son discours, écrivant hier sur X que « le gouvernement français fait preuve d’une incroyable naïveté » face à Alger. Selon lui, la « diplomatie des bons sentiments n’est pas la solution, car elle est le problème », commentant surtout la récente visite du ministre de la Justice, Gérard Darmanin, à Alger.