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Op-Ed

Alger par la porte sublime !

Alger-blanche le jour. Alger-mauve, Alger-bleue la nuit. Alger-velours, Alger-lumières, Alger-couleurs. Jamais les mots ne seraient de trop pour chanter la beauté de notre ville-merveille. La sémantique ne serait d’ailleurs pas assez évocatrice pour célébrer attraits apparents et charmes cachés. Alors, aujourd’hui, focus sur ses portes, car Alger se raconte aussi à travers ses accès. Portes de ses anciens remparts et celles de ses maisons à chebk ou à portiques, telles celles du Palais d’été, du Palais des Raïs, de Dar Aziza ou de Dar Essof.

Louer alors ses beautés par la porte, l’idée est finalement partie d’une superbe image sur un réseau social. Photo d’une porte sublime. Le temps d’une nouvelle balade dans la vieille Citadelle (Casbah) et voilà que surgisse l’idée d’évoquer son âme éternelle à travers ses portes. Chronique du temps qui offense et de la main de l’Homme qui souvent dégrade et avilit. Mais c’est aussi une porte ouverte sur le souvenir du beau qui enchante encore. S’ils revenaient visiter leur ville, Bologhine Ibn Ziri et Salim Ettoumi pleureraient certes à chaudes larmes. Peut-être prendraient-ils même un tranquillisant pour oublier que Sidi Abderrahmène, son saint tutélaire, n’a pas pu la protéger de l’affront et de la profanation.

Il est vrai que près de 450 maisons des 1 200 encore debout en 1962 se sont effondrées. La Casbah se meurt, par petits bouts ou par pans entiers. Et rien ne semble vouloir arrêter son inexorable déchéance. La décrépitude est criarde et la déliquescence poignante. Mais elle fait encore illusion la belle abandonnée ! Erigée en pente, avec ses rues tortueuses, ses sinuosités en escaliers, ses impasses et ses passages voûtés. Ah ses maisons en étagement enchevêtrées et solidaires, tels des legos imbriqués face au bleu de la Méditerranée ! Elle est à la fois ravissement et crève-cœur, Alger qui est avant tout sa Casbah. Et l’antique citadelle, ce sont jadis sept portes qui n’existent plus que dans la mémoire collective, par la grâce perpétuelle de la toponymie. Bab El Oued, Bab Triq Essor, Bab Azzoun, Bab Dzira, Bab Elbhar, Bab El Casbah et Bab Jdid. Voies d’accès à la vieille dame que l’armée française détruisit pour ériger la Place du Duc d’Orléans et les immeubles haussmanniens alentours.

Mais oublions un instant le temps passé et présent de l’affliction pour demeurer dans l’évocation du merveilleux. Par exemple, celui de Le Corbusier qui jugea son urbanisme parfait. Celui des peintres orientalistes Eugène de Lacroix et Eugène Fromentin. Celui du miniaturiste Mohamed Racim. Encore et toujours encore, celui des musiciens, des cinéastes, des écrivains, des bédéistes, des artisans, des poètes et des chanteurs. Et de bien d’autres amoureux d’une Cité tout en mystérieux méandres, avec ses mausolées, ses mosquées et ses médersas. Ses maisons alaoui, ses maisons à Kbou et ses autres masures à encorbellement. La casbah est tout autant la ville de l’Homme, de l’âne et des bourriquiers-éboueurs, seuls à pouvoir arpenter ce labyrinthe sans véhicules.

La Casbah qui, à l’origine, descendait jusqu’à l’Amirauté, c’est les parfums de jasmin et de messk éllil, le cestrum nocturnum, le roi des fragrances, le capiteux galant de nuit. C’est le châabi, avec les voix de jasmin de Cheikh Nador, du Cardinal El Anka, de Hadj Mrizek, d’Amar Ezzahi et de bien d’autres astres du banjo et du mandole en sanglots. C’est la chanson judéo-arabe avec l’inoubliable Lili Boniche et tant d’autres légendes du magique poétique. C’est le cinéma avec les frères Lumière qui filmèrent les illuminations et les sortilèges de la Casbah. C’est Jean Gabin dans le costume de Pepe le Moko. C’est la Bataille d’Alger, c’est Gillo Pentecorvo, c’est Ali La Pointe contre Bigeard, c’est P’tit Omar, Hassiba Ben Bouali et les trois Djamila : Boupacha, Bouazza et Bouhired. C’est aussi Abbane Ramdane et Larbi Ben Mhidi contre Robert Lacoste et Massu.

La ville de Béni Mezghenna, c’est finalement mais jamais enfin, «La Colline Visitée : la Casbah d’Alger » par Rachid Mimouni et illustré par Jacques Ferrandez. Sans oublier le mystère au miel des boqalas, «El Qaçba Zmân» de Kaddour M’hamsadji et «la Casbah Lumière» de Himoud Brahimi. Après tout, diriez-vous, c’est «Tahya Ya Didou» et Momo qui vante «Sa mienne Casbah». Qui chante «Encore Elle», et qui s’écrie du môle d’Alger : «Alger la palombe, colombe ravie, les mouettes au port, les bateaux ancrés.»

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