Air Algérie appauvrit les chibanis de France – Le Jeune Indépendant
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Air Algérie appauvrit les chibanis de France

Air Algérie appauvrit les chibanis de France

« Les réfugiés ukrainiens sont mieux que nous », peste un client parmi la soixantaine agglutinés ce vendredi à midi devant l’agence Air Algérie à l’avenue de l’opéra à Paris. Alors que l’on croyait le printemps définitivement installé, c’est un froid mordant qui est au rendez-vous. Il pique la peau .

Il pleut à verse aussi, et le rideau, baissé sur la porte d’accès, à l’agence est fendu d’une large déchirure en son milieu, sans compter de multiples trous qui le percent. La protection est dérisoire. « Venez prendre une douche en plein air », s’emporte une jeune étudiante qui n’a pas vu sa famille depuis 2018.

Les propos sont bien sûr exagérés. Ils expriment tout de même l’exaspération qui ronge des milliers d’usagers de la compagnie nationale contraints de renoncer à leur désir du pays.

En attendant que le programmé actualisé produise ses premiers effets, le chaos est la règle car les agences restent encore fermées dans leur grande majorité et les prix des billets flambent sur le net. Une simulation pour un départ dans les 48 heures donne le prix minimum de 1.279 euros pour un aller-retour Paris-Alger-Paris.

C’est très loin des moyens de la majorité des clients, comme le confirme un cadre. « Même avec un salaire de 4.000 euros, dont 35% sont engloutis par le loyer je ne peux pas me le permettre « . dit-il.

Ces clients se présentent à l’agence dans l’espoir de trouver aux guichets des tarifs moins prohibitifs.

D’autres y viennent pour préparer déjà les vacances d’été manquées en 2020 et 2021. Pour certains depuis cinq ans au moins. Dans ce cas, ce sont des familles entières souhaitant embarquer et les prix s’envolent.

Parmi les nombreux clients qui se rendent à l’agence, il y a ces « illectroniques » dont la compagnie ignore les souffrances. Ce sont en majorité des retraités qui n’ont aucune maîtrise de l’outil informatique et donc bien sûr de l’internet. Ils n’hésitaient pas à prendre de longues distances pour acheter le billet en agence et le feront encore sans rechigner. « Je préfère effectuer le trajet Nîmes-Marseille (130 km) que de demander assistance sur internet à quelqu’un que je ne connais pas et à qui je dois dévoiler mes coordonnées », a confié un retraité au Jeune indépendant.

Nombreux sont à vivre seuls dans des foyers ou avec une compagne tout aussi à l’écart d’internet. « Tout le monde n’a pas un fils, une fille ou un jeune de son entourage », remarque le même retraité, écoeuré qu’un agent ait pu lui faire cette remarque.

Ces chibanis vivent cette incapacité comme une « vraie souffrance », observe Abdallah Zekri, le président de l’Observatoire de l’islamophobie qui dirige par ailleurs une association. « Les mosquées sont devenues des bureaux de l’assistance sociale. En l’absence d’associations dédiées, c’est vers les lieux de culte que se tournent ces abandonnés du web. »

Autre souffrance de ces chibanis aux modestes retraités: leur appauvrissement causé par la hausse des prix du billet.
Jusqu’à l’apparition de la pandémie, ils pouvaient voyager plusieurs fois par an. Avec un taux de change favorable, ils pouvaient passer deux mois en Algérie et un mois en France pour les soins et démarches administratives. Cela n’est plus possible.

Et contrairement à une idée reçue, les retraites constituent une catégorie très vulnérable en France. En 2021, la retraite moyenne était de 1.393 euros après une carrière d’une quarantaine d’années.

De nombreuses pensions sont largement inférieures à ce montant et les bénéficiaires doivent recourir aux services sociaux pour un complément de revenus. Beaucoup ont travaillé toute leur vie sans rien posséder ni en France ni en Algérie et sont coincés entre les deux rives à regarder passé le temps entre centre de soins et services sociaux. “Après 50 ans d’immigration forcée, on découvre qu’on est étranger partout, en France et en Algérie”, a affirmé amèrement Tayeb, originaire de Sétif installé depuis 30 ans à Brest vivant seul dans un foyer d’accueil.

Il est venu au temps où la France avait besoin de bras pour sa croissance économique notamment depuis le début des années 1970. A partir de 1973 sur décision du gouvernement, la France avait accueilli 1,8 million de travailleurs étrangers qui ont rejoint les cortèges de “zoufri” déjà en place depuis les années 1940’. Arrivés à l’âge de la retraite, nombreux ont découvert qu’ils n’ont pas été déclarés à la sécurité sociale par leurs employeurs.

De nombreux Algériens arrivés dans les années 90 et ayant atteint depuis l’âge de la retraite sans avoir cotisé suffisamment ont fait cette amère découverte. Beaucoup, envoyés leur maigre salaire pour la famille restée au bled sans mettre des sous de côté. “Non, les chibanis ne sont pas riches. Il faut arrêter de les dépouiller.”, lance Abdallah, 68 ans, retraité d’EDF.

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