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Nationale

Ahmaida Ag Malick : «Les humanitaires au Sahel sont sous la menace terroriste»

Ahmaida Ag Malick : «Les humanitaires au Sahel sont sous la menace terroriste»

Réfugié depuis l’année 2012 au Burkina Faso, Ahmaida Ag Malick est un jeune humanitaire malien très aguerri qui travaille actuellement à l’UNHCR (Haut comité des réfugiés des Nations unies) pour le compte d’une organisation humanitaire danoise.

Il s’occupe des réfugiés des guerres en Afrique où leur nombre continue de grimper au Burkina Faso. Aujourd’hui, leur nombre a dépassé les 37 000 personnes, pour un pays d’accueil qui souffre du manque de moyens et de centres d’accueil. En plus de cette difficulté, les humanitaires qui travaillent au Burkina Faso sont livrés à une situation sécuritaire des plus compliquées, car depuis 2012 plus de 10 de leurs collègues ont été assassinés par des groupes terroristes liés à Aqmi, au Mujao et à Ansar Eddine.

Le plus récent attentat de ce genre avait ciblé, le 30 mars passé, un humanitaire à Gao, au nord du Mali, perpétré par des terroristes du Mujao, alors qu’il était en mission pour rapporter de la nourriture aux réfugiés.

Dans cet entretien, le jeune Malien Ahmaida Ag Malick, qui poursuit ses études en droit, est revenu sur les difficiles conditions et les missions suicidaires qu’il a accomplies avec ses collègues la région étant peuplée de groupes armés.

Le Jeune Indépendant : Qui est Ahmaida Targui ?

Ahmaida Ag Malick : Je suis un réfugié malien, je me suis échappé de Bamako quelques jours après le putsch contre le président Amadou Toumani Touré qui avait eu lieu quelques jours après la rébellion des Touareg au nord du Mali. Je me suis réfugié au Burkina Faso, aujourd’hui je suis un humaniste travaillant pour le compte d’une organisation danoise. Je m’occupe des réfugiés des guerres en Afrique, ils sont de différentes nationalités, surtout malienne, et débarquent au Burkina Faso à la recherche de paix.

Vous assurez la protection des réfugiés maliens et autres nationalités au Burkina Faso. Peut-on savoir quelles sont les conditions auxquelles ces réfugiés font face et comment ils sont pris en charge ?

Les réfugiés sont désemparés. Au Burkina Faso, des dizaines de camps sont aménagés pour eux, vu leur nombre en croissance constante.

A présent ils sont plus de 37 000, c’est un chiffre que nous avons dévoilé au UNHCR. Je peux vous signaler que la situation est catastrophique du fait que, chaque année, de nouveaux réfugiés viennent et s’installent au Burkina Faso et cela nous crée énormément de difficultés en matière de prise en charge. Certes, notre organisation est dotée de moyens et, chaque année, des dons sont alloués. Mais cela s’est avéré insuffisant pour faire face à cette situation critique.

Les conditions de vie des réfugiés maliens sont pénibles car ils ne sont pas chez eux ; certes les réfugiés sont logés dans des tentes, mais présentement la situation a beaucoup changé par rapport au début de l’année 2012, vu le nombre croissant des arrivants. De plus, l’assistance et les fonds offerts par les Etats du Sahel et certains pays étrangers ont diminué.

En tant que travailleur humanitaire et également réfugié, quelle réaction constatez-vous chez ceux que vous aidez et qui sont dans la même situation que vous ?

Comme je vous l’ai déjà expliqué, moi-même je suis un réfugié ; donc en accomplissant ma tâche, j’ai le sentiment que je fais cela par conviction, par devoir et par amour pour ce métier. En 2012, j’ai laissé ma famille derrière moi et en voyant des familles entières débarquer au Burkina Faso, j’ai comme l’impression qu’il s’agit de ma famille.

Lorsque j’accomplis mes missions j’éprouve de la fierté, pour la simple raison d’avoir assisté une personne ou une communauté en détresse. Par ailleurs, du moment que je connais le mode de vie de cette communauté du pays d’origine, j’ai des pincements au cœur en les voyant vive dans ces conditions. En revanche, les réactions sont nombreuses et divergentes après nos interventions.

Il y a le sentiment d’avoir bien fait et l’espoir de retrouver la paix au Mali demeure grand. En venant en aide aux frères réfugiés j’ai deux sentiments majeurs : le premier c’est le côté humanitaire. En tant que réfugié, j’ai le sentiment d’être privé de ce qui m’est très cher. Ensuite je me sens mieux, malgré les attentats commis contre mes collègues. Mon plus grand souhait est de voir un jour la liberté d’expression et le droit à la vie avoir droit de cité sur ma terre natale, le Mali.

Cependant, les réfugiés qui sont là, au Burkina-Faso, vivent dans une situation trop précaire car les conditions de vie sont totalement inexistantes : pas d’habitation, pas de culture, manque flagrant en alimentation. Malgré nos efforts sur ce plan, il est difficile de vivre dans les camps des réfugiés. Vous imaginez un touareg qui est obligé de se mettre en rang pour bénéficier de sa ration quotidienne ?

C’est affreux et triste pour ces milliers de réfugiés. Parlons de l’accueil. Moi en tant que réfugié malien avant d’être humanitaire au UNHCR, j’apprécie beaucoup le Burkina-Faso, car c’est vraiment un pays où les hommes s’intègrent facilement et sans complexe. On est bien respectés et considérés comme des frères et voisins et non comme des étrangers.

Est-ce que les humanitaires craignent les enlèvements par les groupes armés, et quelles sont les conditions dans lesquelles vous exercez au quotidien ?

Oui, notre mission est très difficile mais, malgré cela, nous continuons à l’assumer jusqu’au bout et rien ne nous fait peur. Il est vrai que des groupes armés contrôlent certains coins de la région, des frontières séparant le Burkina-Faso et le Mali, mais seule la vigilance est salutaire.

Les humanitaires au Sahel sont sous le feu des groupes terroristes mais cela ne nous empêche pas d’accomplir nos missions en tant qu’acteurs humanitaires prêts à donner leur vie pour que les autres puissent vivre en harmonie et en paix. 

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