Téhéran: « L’issue de la guerre ne se décidera ni à Washington ni à Tel-Aviv »
Alors que l’armée israélienne continue de lancer de nouvelles vagues de frappes et de bombardements en Iran et poursuit ses agressions et ses incursions au Liban, Téhéran se dit prêt à défendre sa souveraineté et riposte par le ciblage de plusieurs sites sionistes et américains.
Après deux semaines de guerre, la résistance iranienne a déjà faussé les plans du président américain Trump, qui pensait que « l’affaire » serait de courte durée, comme à la vénézuélienne. Tout le monde peine à croire que les seuls bombardements auraient suffi pour changer le régime iranien ou provoquer le chaos.
La désignation de l’ayatollah Mojtaba Khamenei comme nouveau guide suprême, dix jours après l’assassinat de son père, est un signe qui ne trompe pas, déniant ainsi à Washington le droit de décider seul de la suite du conflit et des hommes qui vont gouverner l’Iran. La désignation de Mojtaba, décrit comme ultraconservateur, incarne la continuité de la position iranienne et met à mal les plans américains et les scénarios sionistes. C’est aussi une réponse aux demandes trumpistes de capitulation sans conditions de Téhéran.
Mais face aux menaces des Etats-Unis d’éliminer le nouvel Ayatollah, ou de Tel Aviv qui confirme qu’il reste « une cible légitime sans équivoque », Mojtaba vient de recevoir des soutiens clairs. D’abord de la Russie, où Poutine l’a félicité par message officiel, exprimant sa confiance en sa capacité à « rassembler le pays face aux épreuves » et réaffirmant la solidité de l’axe Moscou-Téhéran.
Pékin a également réagi. Insistant sur le principe de non-ingérence et qualifiant la désignation de Mojtaba de « décision interne légitime prise en accord avec la Constitution iranienne », Pékin s’oppose fermement à « toute tentative de cibler » le nouveau Guide et appelle au respect de la souveraineté, de la sécurité et de l’intégrité territoriale de l’Iran, tout en réclamant une cessation immédiate des hostilités.
Dans sa première conférence de presse depuis le début de la guerre en Iran, Donald Trump avait qualifié le conflit d’« excursion de courte durée », assurant que la guerre allait « se terminer bientôt ». Donald Trump a pris le soin de n’évoquer aucune échéance précise, affirmant seulement que le conflit était « bien en avance » sur le calendrier de quatre à cinq semaines. De Téhéran, la réponse est cinglante. « C’est nous qui déciderons de la fin de la guerre », ont répliqué les Gardiens de la révolution.
Le chef du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, Ali Larijani, a déclaré hier que l’Iran n’a « pas peur » des « menaces vides » de Donald Trump, en réponse au président américain qui a juré de frapper « plus fort » si Téhéran bloquait l’acheminement du pétrole dans la région. « De plus puissants que vous ont essayé d’éliminer la nation iranienne et n’ont pas réussi. Faites attention à ne pas être éliminés vous-mêmes ! », a écrit Ali Larijani sur X.
Ce mardi matin, le porte-parole des Gardiens de la révolution, Ali Mohammad Naini, a assuré que les forces iraniennes allaient bloquer les exportations « de pétrole de la région vers le camp ennemi et ses partenaires jusqu’à nouvel ordre ». L’allusion est claire : un blocus total sur le détroit stratégique d’Ormuz par lequel transite habituellement près de 20 % du pétrole brut mondial.
Pour les milieux politiques, le discours de Trump était beaucoup plus destiné à calmer les marchés pétroliers qui se sont affolés, après la fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran. D’ailleurs, en bon businessman, le président américain sait comment procéder. Juste après ses paroles, les cours du pétrole ont chuté de 10 % pour s’établir désormais à 85 dollars.
Le Brent avait grimpé lundi en séance jusqu’à 119,50 dollars et le WTI jusqu’à 119,48 dollars, dépassant les 100 dollars pour la première fois depuis 2022. Autre conséquence : les Bourses asiatiques ont ouvert hier en fort rebond, aidées par le repli des prix du pétrole, au lendemain d’une dégringolade des marchés d’actions. Mais l’accalmie est fragile car personne ne sait où va mener l’escalade, ni pour combien de temps.
Le ministre américain de la Défense, Pete Hegseth, a affirmé que les Etats-Unis continuaient d’intensifier leurs frappes sur l’Iran et a refusé de préciser la durée envisagée par Washington pour cette guerre, soulignant que la décision revenait à Donald Trump. « Aujourd’hui sera, à nouveau, le jour le plus intense de frappes sur l’Iran » depuis le début de la guerre le 28 février, a affirmé ce mardi le ministre, lors d’une conférence de presse au Pentagone, avec « le plus grand nombre d’avions de combat, de bombardiers, de frappes ». Donald Trump, qui multiplie les déclarations contradictoires, a affirmé, devant les députés républicains – réunis dans une de ses propriétés près de Miami –, que les Etats-Unis ne « s’arrêteraient pas avant que l’ennemi ne soit totalement et définitivement vaincu ».
Les frappes américaines et sionistes ont touché plusieurs sites civils et militaires. Aucun bilan n’est donné sur les pertes parmi les Iraniens, alors qu’au Liban, une nouvelle frappe israélienne a visé la banlieue sud de Beyrouth. Plus tôt, Tel Aviv a annoncé qu’elle menait des raids contre « l’infrastructure » du Hezbollah dans cette zone. Le bilan des raids sionistes a atteint 700 morts parmi les civils.