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Op-Ed

Afghanistan : Les leçons d’un échec occidental

Afghanistan : Les leçons d’un échec occidental

Le retrait américain de l’Afghanistan qui a conduit à un effondrement des institutions et des forces de sécurité ponctuées par les désolantes images de centaines de citoyens voulant fuir le pays, a révélé au monde l’entendue d’une implication étrangère aux conséquences désastreuses.

L’événement a consacré l’échec cuisant d’une intervention américaine ayant duré deux décennies, démontrant, au demeurant, les limites de l’usage de la force pour l’asservissement des peuples sous des mantras qui n’ont pas résisté à la ténacité de la résistance et la dure réalité du terrain.

Il s’agit aussi de la faillite d’un projet occidental contre-nature articulé autour d’une pax americana et d’une démocratisation forcée d’une société fondamentalement enracinée, depuis des millénaires, dans ses valeurs religieuses et tribales. Le président Joe Biden ne pouvait qu’endosser les prédictions émises par de nombreuses voix selon lesquelles Washington ne récoltera que désolation dans le bourbier afghan. La Russie et Chine ont vu dans la « guerre contre la terreur » et l’intervention américaine en Afghanistan une absurdité potentiellement dangereuse pour la région. Constatant que l’armée américaine peinait depuis 2001 à « pacifier » le pays, Moscou et Pékin s’attelèrent à accueillir, à plusieurs reprises, des pourparlers directs entre les Talibans et les autorités afghanes pour contenir un conflit qui exacerbe la tension en Asie centrale.

La chute de Kaboul entre les mains des talibans constitue aussi un vrai revers à l’entêtement des généraux américains et le puissant complexe militaro-industriel qui pendant 20 ans ont réduit l’Afghanistan à l’un des plus grands champs d’essai des armes les plus sophistiqués et les plus destructeurs au nom de la lutte contre le terrorisme. Pour preuve, sous le commandement de l’ancien président Barack Obama, plus 3000 missiles portés par des drones ont été tirés principalement dans les provinces Pachtoune dans le sud afghan tuant plus de civils que de combattants talibans soit pendant que les marines au sol essuyaient revers sur revers.

La lutte contre le terrorisme en Afghanistan s’est répercutée sur d’autres pays comme l’Algérie. Fuyant l’Afghanistan, les terroristes se sont repliés s en Algérie et dans les no man’s land  du Sahel, devenue un refuge pour les organisations terroristes dont la nuisance se poursuit à ce jour. L’attaque de Tiguentourine en janvier 2013 révéla l’étendue du danger terroriste auquel est exposée l’Algérie.

Or, le coût humain de l’occupation de l’Afghanistan qui ne dit pas son nom est lourd. 160 000 Afghans auraient péri : 50 000 civils, 45 000 insurgés et 65 000 policiers et militaires. À ces morts s’ajoutent celles des étrangers tombés lors de leur déploiement afghan : 2 443 soldats américains, au moins 1 789 employés civils (les contractors) sous contrat avec les agences américaines et 1 150 soldats non-américains de l’Alliance.
En contrepartie, l’Afghanistan est resté sous-développé avec des institutions instables rongées par la corruption selon Transparency Watch.

Honnie par les populations locales, Washington n’a au bout de 20 ans de présence au coût vertigineux pour le contribuable  (2261 milliards de dollars) n’a ramené aux afghans ni essor économique ni paix civile. Tout au contraire, les résultats d’une démocratie forcée et aux antipodes de la réalité afghane sont aujourd’hui perceptibles. Ces résultats se conjuguent aux désarrois des milliers de collaborateurs afghans et à l’humiliante déconvenue américaine qui s’ajoutent à celles essuyées dans de nombreuses contrées dans le monde dans les plus marquantes ont été Cuba, Vietnam, Nicaragua, Chili, et la Somalie.

Autant cette déconvenue laissera des séquelles voire des traumatismes pour beaucoup autant elle servira de leçons dans la lecture du devenir des régimes greffés par les puissances étrangères et de son incidence dans les relations internationales.

Tous ceux qui comptaient au sein de l’Otan ou de l’Union européenne sur l’Amérique pour continuer à jouer au gendarme du monde ont aujourd’hui déchanté et sont surtout désemparés quant à l’avenir de l’Afghanistan. Des tiraillements ont éclaté au grand jour entre classes politiques en Europe notamment au Royaume-Uni où la question de la dépendance aux Etats-Unis en matière de politique étrangère est plus que jamais posée. Cet alignement sans condition à la volonté américaine des alliés européens les place aujourd’hui dans une situation peu reluisante car l’échec militaire et diplomatique des Etats-Unis a fait voler en éclat cette hypothétique alliance affichée à l’égard dossier afghan ou dans ce qui se trame aujourd’hui à l’égard d’autres Etats comme la Russie et la Chine. Le retrait américain suivi par la prise de Kaboul a certainement assené un coup de massue à cette alliance qui aura du mal à colmater ses fissures rapidement.

En même temps, ce retrait servirait une réelle mise en garde aux régimes inféodés aux Etats-Unis et dont la survie dépend de la présence américaine ou de sa « générosité ». Il est désormais certain qu’en s’appuyant sur le soutien américain, ces régimes n’ont aucune garantie que le scenario d’abandon ne se reproduise pas car la puissance militaire et économique des Etats-Unis s’est écroulé face à un peuple aux moyens de lutte rudimentaires. Ce qui laisserait, selon toute vraisemblance, ces régimes pro-américains dans une panique permanente.

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