Affaire IMETAL : Lourdes réquisitions contre Ali Aoun et plusieurs coaccusés
Le scandale IMETAL change de braquet avec l’ouverture du procès de l’ancien ministre de l’Industrie et de la Production pharmaceutique, Ali Aoun, devant le pôle pénal économique et financier de Sidi M’hamed (Alger), dans une affaire émaillée de graves soupçons dans la gestion publique de projets industriels. Le Parquet a requis 12 ans de prison ferme contre l’ex-membre du gouvernement et l’homme d’affaires Abdenour, connu à Oran sous le surnom de « Nono Manita », présenté comme la pièce maîtresse du dispositif d’intermédiation.
Cette affaire, qui a fait couler beaucoup d’encre, met en cause une pluralité de responsables publics, d’opérateurs économiques et d’intermédiaires soupçonnés d’avoir participé à un ensemble de faits qualifiés par le Parquet de graves atteintes à la probité dans la gestion publique de projets industriels.
Le dossier de l’ex-groupe industriel public de sidérurgie et de métallurgie IMETAL, rebaptisé Société nationale de sidérurgie (SNS), s’inscrit dans une instruction judiciaire d’ampleur portant essentiellement sur des faits de « blanchiment d’argent », de « corruption ». Viennent également s’y greffer des chefs d’inculpation de « détournement de deniers publics », de « perception d’avantages indus », de « l’octroi de marchés en violation de la législation », ainsi que de « l’abus d’influence et de fonction ». Les investigations concernent, entre autres, les conditions d’attribution de marchés publics, les mécanismes de prise de décision au sein de structures industrielles étatiques, outre de possibles interférences extérieures ayant influé sur la conduite de projets stratégiques.
De même, l’affaire met en cause la société Fondal, de même que le complexe sidérurgique d’El-Hadjar. Les enquêteurs s’intéressent aux circuits d’attribution des contrats, aux modalités de validation des opérations économiques, ainsi qu’aux relations entretenues entre responsables publics et opérateurs privés.
Dans cette affaire, où le Trésor public s’est constitué partie civile, plusieurs personnes morales sont poursuivies, comme la Sarl KLNC exportation de métaux ferreux et non ferreux, la Sarl Assos, la Sarl Feu de Braise, la Sarl Oasis Glace, la Sarl Importation Groupe pharmaceutique GPP ainsi que la Sarl Manu Prod.
L’origine du dossier remonte à l’automne 2024, à la suite de signalements ayant conduit les services de sécurité intérieure à relever des mouvements financiers jugés « douteux » et des relations considérées comme « opaques ». Ces éléments ont déclenché l’ouverture d’une enquête approfondie, qui s’est élargie au fur et à mesure à plusieurs acteurs.
Au centre de la procédure se trouve l’homme d’affaires Abdenour Abdelmoula, dit « Nounou Manita », présenté comme un intermédiaire ayant entretenu des relations étroites avec différents responsables, dont l’ancien ministre Ali Aoun. Selon les éléments de l’accusation, cet intermédiaire aurait joué « un rôle d’influence » dans la gestion des ressources humaines et dans certaines décisions relatives à l’attribution de marchés publics.
Le surnommé « Nounou Manita » est soupçonné d’avoir utilisé l’ancien ministre pour obtenir des avantages indus, ainsi que pour obtenir la réintégration de l’ancien P-DG de Fondal SPA à son poste, après son limogeage par la direction du Groupe IMETAL. Des interceptions téléphoniques ont été versées au dossier, interprétées par les enquêteurs comme un indice de proximité entre les mis en cause et de recours présumé à un réseau d’influence.
Un volet de l’affaire porte sur un déplacement effectué à Nouakchott, en Mauritanie, en septembre 2024. Présenté par les mis en cause comme une mission économique visant la promotion de l’industrie nationale, ce déplacement est analysé par l’accusation comme un cadre ayant permis la signature de protocoles d’accord susceptibles d’avoir ouvert la voie à des avantages indus. La présence de l’intermédiaire, dépourvu de toute fonction officielle, est considérée comme un élément clé dans l’appréciation des faits reprochés.
Lors de l’audience de ce mercredi 8 avril, le procureur de la République près la juridiction compétente a requis de lourdes sanctions pénales à l’encontre des prévenus. Le Parquet a requis 12 ans de prison ferme contre l’ancien ministre Ali Aoun et l’homme d’affaires Abdenour (Nono Manita), alors que l’ancien président de la FAF, Charaf-Eddine Amara, est poursuivi et encourt 6 ans de prison ferme et une amende d’un million de dinars.
Dans le même réquisitoire, le ministère public a demandé des peines oscillant entre 5 et 10 ans de réclusion ferme à l’encontre des autres accusés. Une peine de 10 ans de prison ferme assortie d’une amende d’un million de dinars a été requise contre le fils de l’ancien ministre, l’ancien directeur général de Fondal, S. Noureddine, ainsi que B. Karim, ancien P-DG du complexe sidérurgique Sider El-Hadjar.
D’autres opérateurs économiques poursuivis dans ce dossier sont également visés par des réquisitions de peines privatives de liberté, en lien avec leur implication présumée dans des opérations de corruption et de trafic d’influence.
Il est rapporté que devant la juridiction pénale économique et financière, les prévenus contestent les faits qui leur sont reprochés.
A ce stade de la procédure, l’affaire demeure en cours d’examen devant le pôle concerné. Les débats se poursuivent autour des éléments matériels, des auditions et des pièces versées au dossier, en déterminant l’ensemble des personnes concernées, et ce dans l’attente du délibéré.