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Affaire des 9 millions de DA perdus par Sotraz: Une équipe d’audit dépêchée par Sonatrach

Affaire des 9 millions de DA perdus par Sotraz: Une équipe d’audit dépêchée par Sonatrach

La direction générale de Sonatrach a dépêché  une équipe d’audit à sa filiale, la société de transport d’Arzew, Sotraz, censée passer au crible les rapports qui lui ont été transmis par des cadres de l’entreprise au sujet de l’affaire du fournisseur Hakoum ainsi et de l’attribution de plusieurs marchés à des opérateurs privés. Une mission qualifiée par des cadres de l’entreprise et des syndicalistes de ”poudre aux yeux et de perte de temps”.

C’est ce qu’a appris ce samedi le Jeune Indépendant auprès de sources syndicales de Sotraz, précisant que l
‘équipe avait effectué son travail durant la première semaine de novembre.

Les griefs et rapports de ces cadres adressés à Sonatrach concernent notamment l’affaire du fournisseur Mohamed Amine Hakoum, dans laquelle Sotraz a été contrainte par la justice à payer un total de 9,2 millions de dinars en contrepartie d’une marchandise qu’elle n’a jamais réceptionné, selon le jugement rendu en première instance par le tribunal d’Arzew et dont le Jeune Indépendant détient une copie.

Pour rappel, Sotraz avait effectué une commande de pièces de rechange auprès de ce fournisseur qui l’a livré, mais les pièces de rechange n’ont pas atterri dans les stocks de l’entreprise. Le fournisseur a donc réclamé son paiement, avec documents à l’appui, mais devant le refus de Sotraz, il s’est tourné vers la justice, laquelle l’a rétabli dans ses droits.

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Acculée, la direction générale se retrouve embourbée même si elle tente de sauver la face en faisant appel pour suspendre l’exécution du jugement en faisant valoir qu’aucun des documents officiels de Sotraz ne fait mention de cette commande, car, pour sa part, le fournisseur possède les justificatifs libellés de cette commande, selon le jugement rendu par le tribunal d’Arzew en date du 15 août 2021.

Une nouvelle plainte contre le P-DG
Un autre fournisseur, la Sarl Boukhelf Distribution des pneus , a déposé plainte contre le P-DG de Sotraz, Abdallah Arar, le 23 septembre 2021, pour «manipulation des résultats d’attribution d’un marché public pour l’acquisition de pneus», comme l’indiquent les documents dont le Jeune Indépendant détient une copie.

Contacté par le Jeune Indépendant, le gérant de la Sarl Boukhelf, M. Slimane Boukhelf a affirmé avoir été surpris de constater que les lots les plus importants avaient été attribués à l’Eurl King Pneus alors que sa société était la moins-disant, ce qui représente une violation du code des marchés publics.

«Les responsables de Sotraz ont voulu offrir le marché à un fournisseur qui avait présenté une offre dépassant la nôtre de presque un milliard de centimes», a indiqué le gérant, précisant qu’il avait proposé un produit national, qui correspond aux normes internationales, avec des prix compétitifs.

«Les instructions données par le président de la République Abdelmadjid Tebboune ainsi que le gouvernement est de favoriser le produit national, une condition qui figure pourtant dans les cahiers de charge du Groupe Sonatrach», a tenu à rappeler ce fournisseur qui se considère lésé

M. Boukhelf a souligné également qu’il avait contacté le Pdg Arar pour lui transmettre ses griefs quant à la violation de la loi dans l’attribution de ce marché, mais ce dernier, qui lui a promis au départ de prendre en charge l’affaire, n’a plus répondu aux sollicitations du fournisseurs. Devant cet « étrange silence », le gérant de la Sarl Boukhelf a été obligé de saisir la justice et de déposer une plainte.

Selon M. Boukhelf l’affaire est désormais entre les mains de la justice qui a ordonné le gel de l’attribution du marché.

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A cette affaire s’ajoute celle de l’attribution du marché de gré à gré, en violation des conditions qu’exige la loi et le code des marchés publics pour recourir à cette procédure d’exception.

Un document en possession de la rédaction du Jeune Indépendant démontre que des entorses aux lois et aux procédures en vigueur ont été commises par le P-DG Abdallah Arar concernant l’attribution d’un marché public d’une valeur de 2 380 800 000 DA à un sous-traitant privé.

L’affaire remonte au 28 mars 2021 lorsque le directeur d’exploitation a formulé, à l’adresse du P-DG, une demande de dérogation pour la location de 20 minibus en mode de gré à gré, tout en signalant «le caractère urgent» de cette location, sine qua non à la perte définitive des marchés du SH GL1Z et du SH Division LQS Ain El Bia, comme mentionné sur la demande validée par le P-DG.

D’autant plus que l’entreprise ne pourrait supporter une telle perte, notamment après celle d’un marché avec la société algéro-omanaise d’ammoniac (AOA), au profit d’une entreprise privée siégeant à Alger.

Or, le prestataire privé sélectionné ne remplissait pas les conditions établies dans le cahier des charges, lequel a été allégé et modifié par la direction d’exploitation sans en informer la structure compétente, à savoir la cellule de passation de marchés qui a préalablement validé un cahier des charges comportant la location de 20 bus, conformément à la demande de dérogation.

A la fin du mois d’août dernier, le responsable de la cellule de passation des marchés a d’ailleurs saisi par écrit le premier responsable de Sotraz pour dénoncer une entorse dans la procédure de recours à la sous-traitance privée et la signature illégale d’un contrat sans passer par ladite cellule et sans examen du dossier du candidat.

«Le soumissionnaire Abdelmoumen Fellah a été avantagé par rapport au changement de besoin. Pour cause, il ne possède que dix bus (…) Si le cahier des charges n’avait pas été modifié, il ne bénéficierait pas du marché ou du contrat», lit-on dans un rapport adressé au P-DG.

Ce marché qualifié d’«illégal» et fondé sur un «besoin caduc et sans fondement», a été appliqué seulement quelques jours avant la réception de 15 minibus, achetés grâce à un prêt du SIP Holding.

La litanie des audits et des commissaires aux comptes. 
Toutes ces affaires sont passées sous la loupe des auditeurs et des commissaires aux comptes depuis plusieurs mois tandis que les tribulations de la direction générale  de Sotraz se poursuivent.

La direction générale de Sonatrach avait dépêché d’autres équipes d’audit auparavant, depuis octobre  2020, pour enquêter sur la gestion de sa filiale et examiner différentes affaires faisant objet de contentieux au sein de l’entreprise. Celles-ci s’ajoutent aux missions de commissaires aux comptes dépêchés et dont les rapports n’ont jamais été suivi d’effet ou transmis au Conseil d’administration, selon le syndicat qui est membre du conseil.

«Rien n’a changé depuis, en dépit des pertes colossales de l’entreprise et du train de vie du P-DG, épaulé par un clan qui n’a de moyens de gestion que la terreur, et cela sous l’œil nonchalant ou complice de la direction générale à Alger», dénonce la section  syndicale de l’entreprise.

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Selon un sentiment largement partagé par de nombreux employés de Sotraz, notamment les syndicalistes, les auditeurs envoyés cette semaine ainsi que ceux dépêchés depuis octobre 2020 par la direction générale de Sonatrach ne sont que de la poudre aux yeux et ne servent qu’à étouffer, selon eux, les affaires accablant la direction générale car, jusqu’à présent, rien n’a été fait et la situation de l’entreprise .

«En dépit du travail rigoureux et professionnel  accompli par une équipe d’auditeurs sérieux et crédibles, leurs conclusions finissent dans des tiroirs couverts de poussière ou dans des e-mails jamais lus par la D.G à Hydra, confie un des membres du conseil d’administration de Sotraz contacté par le Jeune Indépendant.

«A la D.G à Alger, les responsables sont plus préoccupés par le maintien dans leurs postes, ou par la gestion des rumeurs et  les bruits de couloirs au lieu de veiller à l’état des filiales», a-t-il déploré.

«Ces missions d’audit servent finalement plus à sauver le P-DG qu’à sauver l’entreprise, ce qui renseigne sur les intentions claniques de ceux qui gèrent les biens de l’Etat», a lancé, telle une sentence, le syndicat UGTA de Sotraz, ajoutant que «la récente grève des chauffeurs de Sotraz à Skikda, relayée pourtant par les médias, illustre parfaitement l’étendue du marasme dans lequel patauge l’entreprise sous l’ère Arar».

Contacté par le Jeune indépendant à plusieurs reprises y compris via son secrétariat, Abdallah Arar  n’a pas voulu répondre aux questions de la rédaction.

Sotraz

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