Affaire Amenhyd : De lourdes peines requises  – Le Jeune Indépendant
-- -- -- / -- -- --


Nationale

Affaire Amenhyd : De lourdes peines requises 

Affaire Amenhyd : De lourdes peines requises 

Le procureur de la République près le pôle économique et financier spécialisé du tribunal de Sidi M’hamed a dressé, ce dimanche, un dur réquisitoire dans le cadre de l’affaire Amenhyd, propriété des frères Chelghoum, dans laquelle sont impliqués l’ex-Premier ministre Abdelmalek  Sellal et l’ancien ministre des Ressources en eau Hocine Necib. Ces derniers sont poursuivis pour corruption et dilapidation de l’argent public.

Le procureur, qui a requis des peines de quatre à huit ans de prison ferme contre tous les mis en cause, a affirmé que toutes les preuves légales et matérielles relatives aux accusations sont formelles, notamment en ce qui concerne la violation des dispositions réglementaires à l’octroi des marchés publics.

Ainsi, le procureur a requis une peine de huit ans de prison ferme, assortis d’une amende d’un million de dinars contre l’ex-Premier ministre Abdelmalek Sellal, et ce pour avoir donné des directives à l’ex-ministre des Ressources en eau, Hocine Necib afin que la société Amenhyd bénéficient de plusieurs projets dans le domaine de l’hydraulique, dans plusieurs régions du pays, notamment dans les wilayas de Bordj Bou Arréridj, Bouira, Blida, Sidi Bel Abbès, Sétif et Rélizane. La même peine et la même amende ont été requises contre Hocine Necib.

Le procureur a estimé que l’ex-ministre des Ressources en eau a usé de son influence et a donné de fermes directives aux walis et aux directeurs de l’industrie des wilayas en question pour faciliter la tâche au patron d’Amenhyd en ce qui concerne l’octroi des assiettes foncières.

Le procureur a requis la même peine c’est-à-dire huit ans de prison ferme assortis d’un million de dinars, contre le P-DG du groupe Amenhyd, Djamel Eddine Chelghoum, arguant que ce dernier a usé de ses connaissances pour bénéficier de crédits bancaires et d’assiettes foncières à l’échelle nationale.

Il a tenu à souligner, à titre d’exemple, que le parton de la société a bénéficié d’un crédit bancaire de 758 milliards de centimes pour passer, en un laps de temps, à 964 milliards de centimes.

Toujours selon le procureur, «la société Amenhyd n’a pas respecté ses engagements vis-à-vis des délais de réalisation des projets liés au secteur de l’hydraulique, lesquels sont passés de 22  à 41 mois».

Le procureur a, par ailleurs, estimé que le patron de la société en question a procédé à des opérations de blanchiment d’argent, sans toutefois citer la destination des sommes transférées et des biens immobiliers saisis à l’étranger.

Le procureur a, en outre, requis six ans de prison ferme, assortis d’un million de dinars contre trois frères de Djamel Eddine Chelghoum, à savoir Bachir, Abdelaziz et Abdelkader, affirmant que ces derniers ont «bénéficié de privilèges pour accaparer, de manière illégale, des parcelles de terrain à travers plusieurs régions du pays», alors qu’il a été requis pour leur frère Ali cinq ans de prison ferme, assortis d’un million de dinars pour les mêmes motifs.

Le procureur a également requis six ans de prison ferme, assortis d’un million de dinars contre les ex-walis Mohamed Hattab, Abdelkader Zoukh et Derfouf, jugeant que ces derniers ont «octroyé des projets au groupe Amenhyd sans passer par la voie légale, à savoir l’accord du conseil d’administration».

Le procureur a, par ailleurs, requis des peines de quatre ans de prison ferme, assortis d’un million de dinars à l’encontre des ex-responsables des biens de l’Etat, des directeurs de l’industrie et de l’Algérienne des eaux pour «octroi d’indus avantages à la société Amenhyd».

Le procureur a enfin requis la saisie de tous les biens des mis en cause s’appuyant sur les ordonnances du juge d’instruction de la 4e chambre du pôle judiciaire spécialisé dans le traitement des affaires liées aux infractions économiques et financières.

————Les arguments des frères Chelghoum

Lancien Premier ministre, Abdelmalek Sellal, a été auditionné sur l’octroi d’un marché gré à gré simple en faveur des frères Chelghoum, propriétaires du groupe Amenhyd, et ce dans le cadre d’un projet de raccordement de certaines communes de la wilaya de Bordj Bou Arréridj au réseau d’alimentation en eau potable (AEP) sans passer par les appels d’offres.

A ce propos, Sellal a répondu qu’il s’agissait d’une décision collective prise par le gouvernement dont il était le chef à l’époque.

En 2014, le ministre des Ressources en eau avait proposé le projet de raccordement des communes concernées au réseau d’AEP dans un rapport détaillé du projet et dans un autre émanant de l’Algérienne des eaux (ADE) sur la situation catastrophique dans laquelle se trouvaient les habitants de la commune de Mansoura en raison de l’absence de réseau AEP, d’où le caractère urgent que revêtait le projet, a précisé M. Sellal.

Amenhyd, qui avait réalisé 800 km de transferts d’eau et 12 châteaux d’eau, en collaboration avec l’entreprise publique FOREMHYD, a livré le projet dans un délai de 22 mois et a pu alimenter quelques communes en eau durant la première année, a rappelé l’ancien Premier ministre.

Le recours à un appel d’offres national nécessite au moins 18 mois pour l’examen des offres, a-t-il justifié.

De son côté, l’ancien ministre des Ressources en eau, Hocine Necib, a avancé les mêmes justifications concernant l’octroi du projet Mansoura dans le cadre d’un marché gré à gré simple au groupe Amenhyd.

S’agissant de l’affaire du projet de réalisation d’un centre commercial à Ouled Fayet (Alger), dans laquelle l’ancien wali d’Alger, Abdelkader Zoukh, est impliqué, ce dernier a affirmé que l’octroi du marché à Amenhyd en 2018 s’est fait conformément à la loi en vigueur.

Il n’y a pas eu de traitement de faveur, a-t-il précisé, ajoutant que l’examen du dossier avait pris une année.

Il a rappelé, dans ce cadre, que toutes les décisions avaient été prises après l’aval du ministère des Finances.

Auditionné sur l’intérêt particulier qu’il accordait à ce projet, alors que la capitale souffre d’un manque de foncier, Zoukh a fait savoir que lorsqu’il était wali, il veillait à donner la priorité aux structures publiques.

Entendu à son tour, l’ancien ministre de la Jeunesse et des Sports, Mohamed Hattab, poursuivi en tant qu’ancien wali de Sidi Bel Abbès, a dit que l’octroi d’une assiette foncière au niveau de la zone industrielle de la wilaya au profit du groupe Amenhyd pour la réalisation du projet de logements s’inscrivait dans le cadre de la mise en œuvre des orientations du gouvernement pour encourager l’investissement et créer des postes d’emploi.

Hattab a déclaré avoir signé l’acte de concession quelques mois avant son départ, ajoutant qu’il n’était pas au courant que l’investisseur s’était désisté du projet en 2018.

Les deux anciens DG de l’ADE, Abdenour Mansour et Smail Amirouche, ont également été auditionnés. Ils ont précisé que le groupe respectait les délais de livraison et les conditions de réalisation des projets.

Pour rappel, la société Amenhyd est spécialisée dans les travaux hydrauliques, l’industrie de matériels de transfert d’eau et d’agriculture. En l’espace de 30 ans, elle est passée d’une petite entreprise à un énorme groupe qui emploie plus de 15 000 salariés. Et comme les frères Chelghoum ont investi dans les hautes technologies, leur société s’est imposée comme une référence dans le domaine.

C’est ainsi que les frères Chelghoum, Mohamed-Bachir et Djamel-Eddine ont présenté, devant le tribunal, le groupe familial qui n’a cessé de grandir jusqu’à devenir incontournable dès que le gouvernement souhaite réaliser un projet dans le cadre de l’hydraulique. C’est également pour cela qu’Amenhyd a été choisie par le ministère des Ressources en eau pour alimenter en eau potable des villages et les villes de Bordj Bou Arréridj, de Bouira et de M’sila depuis le barrage de Tilesdit (Bechloul, Bouira).

En 2014, des régions entières ont besoin d’eau. Le projet est urgent. Malgré un montant de 7,2 milliards de dinars, qui nécessite légalement un recours à l’avis d’appel d’offres, les autorités ont choisi ce groupe familial, qui s’est mis en regroupement avec la société publique FOREMHYD par un simple procédé de gré à gré.

« Nous avons été choisis tout simplement parce que nous étions les meilleurs à l’échelle nationale, avec une réputation internationale dans le domaine. A cela, il faut ajouter le caractère urgent du projet puisque la population était impatiente », a expliqué Mohamed-Bachir Chelghoum, P-DG de la société Amenhyd, qui comparaissait libre. Des propos confirmés par le P-DG du groupe, Djamel-Eddine Chelghoum, qui est en détention avec son autre frère, Abdelaziz.

Mais face à l’insistance du juge, qui a relevé l’inaction des autorités face aux retards accumulés et aux surévaluations du projet, les deux dirigeants ont rappelé que les retards étaient liés à la multiplication des oppositions des citoyens expropriés.

« Les marchés sont donnés par le ministère mais les expropriations relèvent des prérogatives du wali. Parfois, cela prend des mois », a justifié Djamel-Eddine Chelghoum. Il a expliqué que les avenants obtenus sur les prix étaient liés à la nécessité de raccorder des villages qui n’étaient pas prévus initialement. Mais dans tous les cas, les deux responsables, rejoints par d’autres frères, ont nié avoir corrompu en contrepartie de projets.

« Nos relations avec les responsables étaient professionnelles et basées sur le respect », a attesté Mohamed-Bachir Chelghoum, qui a rappelé qu’actuellement, la société Amenhyd est encore sollicitée par l’Etat pour réaliser des projets de transfert d’eau et de dessalement d’eau de mer.

Les mêmes arguments ont été avancés lorsque le juge a demandé des explications sur l’obtention d’un autre projet de transfert d’eau pour plus de 1,2 million d’habitants à Sétif.

Les Chelghoum ont rajouté un autre argument. Au début, « les autorités ont imposé les prix de 2012, alors que nous étions en 2017 ». De 7,2 milliards de dinars, le projet a été achevé en 2020 pour un montant global de 10,2 milliards de dinars.

Outre ces projets, le juge a voulu savoir si les Chelghoum avaient bénéficié d’avantages. C’est Mohamed-Bachir Chelghoum qui a répondu à la question : « L’Etat nous doit toujours plus de 7 milliards de dinars. Malgré cela, nous avons mené à terme tous nos projets parce qu’Amenhyd est une entreprise citoyenne. « 

Veuillez activer JavaScript dans votre navigateur pour remplir ce formulaire.

Cet article vous-a-t-il été utile?

Cet article vous-a-t-il été utile?
Nous sommes désolés. Qu’est-ce qui vous a déplu dans cet article ?
Indiquez ici ce qui pourrait nous aider a à améliorer cet article.
Email
Mot de passe
Prénom
Nom
Email
Mot de passe
Réinitialisez
Email