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Culture

Achoura : Un bel et riche patrimoine immatériel

Achoura : Un bel et riche  patrimoine immatériel

Comment est vécue l’Achoura en Kabylie, particulièrement dans la wilaya de Tizi-Ouzou ? Quelle est sa véritable symbolique ? Est-ce une fête religieuse ou simplement culturelle ? Quelle est sa véritable dimension ? Quelle est donc cette corrélation entre la zaouïa et la société kabyle ?

Telles sont les questions abordées, hier, dans l’espace du petit théâtre de la maison de la culture Mouloud-Mammeri de Tizi-Ouzou, par des responsables et des représentants des zaouïas ainsi que des universitaires et des chercheurs.

Après les interventions des responsables et des représentants des différentes zaouïas, l’assistance, nombreuse et très attentionnée, a retenu le principe que presque toutes les zaouïas de Kabylie célèbrent de la même manière l’Achoura, considérée comme « une fête et un symbole de l’allégresse « .

La veille même de l’Achoura, après le dîner, les religieux (les Ikhouniyène) chantent des cantiques et des antiennes (m’dih et dhikr). Le lendemain, dans l’espace de la zaouïa, un déjeuner est offert à l’ensemble des visiteurs.

En somme, c’est ce qui s’appelle faire des agapes. Partager le repas avec son prochain dans la joie appelle à d’autres joies et d’autres moments de bonheur. C’est aussi en fin de compte un moyen de renforcer les liens de fraternité et d’amitié entre les gens.

La fête de l’Achoura est, par conséquent, tout à fait indiquée à cet effet. Les responsables et représentants des zaouïas ayant pris part à cette conférence ont saisi également cette opportunité pour rappeler le rôle de la zaouïas dans le maintien et le prolongement de nos traditions, lesquelles sont en conformité avec l’islam.

L’apprentissage de la langue amazighe fait également partie des missions de la zaouïa, car les préceptes musulmans sont enseignés et transmis par les imams aux Ikhouniyène dans la langue amazighe.

D’ailleurs, les antiennes et les cantiques retraçant la vie des prophètes comme Moussa, Jacob (Yaâkouv), Ismaâl (Smaïl), etc. sont chantés et récités entièrement en kabyle à l’occasion de rendez-vous religieux.

« L’Achoura, ont-ils conclu à l’unanimité, est un bel et riche patrimoine immatériel qu’il faut, par conséquent, préserver. « Pour sa part, Mme Ouiza Galez, universitaire et chercheur au CNRPAH, a commencé son intervention en signalant que l’Achoura est reconnue « par tous les musulmans, mais chaque communauté la vit selon sa propre façon ». « 

Pour les chiites, notamment les duodécimains, son origine remonte aux débuts de l’ère islamique, plus précisément le jour de l’assassinat de l’imam El-Hossein, et les Chiites d’Irak et d’Iran, qui le dotent d’une importance capitale, le vivent comme un jour de deuil extrême. « Selon la conférencière, les populations chiites s’habillent le jour de l’Achoura de noir et leurs magasins ne commercialisent aucun objet de couleur.

Il va sans dire aussi que durant l’Achoura, les chiites n’observent pas le jeûne. « Pourtant, poursuit Mme Ouiza Galez, jeûner la veille ou le lendemain de l’Achoura constitue l’essentiel du fondement de sa célébration chez les sunnites. « La conférencière précise encore que l’Achoura était jeûnée par les tribus Qoraïch bien avant l’avènement islamique et le prophète (QLSSSL) ne l’a pas proscrite plus tard. « 

Elle explique encore : « Son officialisation (de l’Achoura) revient à sa rencontre avec Yom Kippour, le jour du jeûne chez les juifs, que le prophète va saisir pour lui redonner un sens. Par la légitimation de l’action de Moussa, qui a traversé la mer pour sauver son peuple hébreux, il va reconnaître tous les prophètes qui l’ont précédé.

Le jour du Grand Pardon (Yom Kippour) a lieu chaque année, le dix du mois de Tichri du calendrier hébreu. C’est le jour de la rédemption, du pardon et de l’indulgence. C’est aussi la fête la plus observée par les juifs, y compris les non impliqués du tout dans la religion.

Le jour où Moussa a libéré le peuple juif représente, historiquement, la lutte contre l’oppression et les injustices, et symboliquement l’abolition de l’esclavage. Les juifs ont dit au prophète (Muhammed : QLSSSL ndlr) : « Ceci est un bon jour, le jour où Dieu sauva les Enfants d’Israël de leur ennemi. C’est pourquoi Moussa jeûna ce jour-là. « Et le prophète leur a répondu :

« Nous avons plus de droit sur Moussa que vous ! « Et il étendit alors le jeûne d’un jour. Cette décision était importante, mais la prescription plus tard du jeûne durant tout le mois de ramadhan va diminuer de son influence et la faire oublier complètement. Son jeûne (le jeûne durant l’Achoura) refera surface seulement au cours de ces dernières années. « 

« Ce rappel historique, note Mme Ouiza Galez, est intéressant « , avant de poursuivre : « L’achoura a lieu le dixième jour de Mouharem, premier mois de l’hégire, comme Yom Kippour au dixième Tichri. Mais pour l’Algérie, on constate d’autres similitudes : d’abord le rapport à l’Egypte ancienne qui rappelle un autre événement, Yennayer, la fête du pardon et de l’entraide qui est célébrée le onze ou le douze du premier mois du calendrier grégorien (donc autour du dix) ; ainsi que Sebeiba, une fête touareg tout aussi ancienne, une cérémonie où s’affrontent le bien et le mal.

Sa célébration se déroule selon le calendrier lunaire, en même temps que l’Achoura, mais n’a rien à voir avec cet événement. Achoura est donc discutable. Son existence est un fait, certes, mais ses modes de célébration se distinguent d’une communauté à une autre et son histoire ne fait pas l’unanimité. A cela s’ajoute le fait que l’Arabie Saoudite la tolère à peine.

Cette différenciation fait d’elle un élément potentiel du patrimoine culturel immatériel. Car parmi les conditions du patrimoine culturel immatériel, telles que définies par la convention de l’UNESCO, l’appropriation des communautés, le respect de la différence et la reconnaissance de l’authenticité de chaque pratique sont essentiels.

Par contre, c’est un élément non menacé parce que encore largement pratiqué et n’a nullement besoin d’un plan de sauvegarde. » A partir de là, la conférencière se lance dans l’explication et l’historique du patrimoine immatériel et l’énumération des lois y afférentes, et ce, tant nationales qu’internationales. Notons enfin que les interventions directes des conférenciers ont été suivies d’un débat d’une extrême richesse.

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