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Nationale

Abdelhak Lamiri : l’Algérie parle de «la décennie de la dernière chance»

Abdelhak Lamiri : l’Algérie parle de «la décennie de la dernière chance»

Convié par l’association des journalistes et correspondants locaux et l’université Yahia Farès de Médéa, à l’occasion de la célébration de la Journée nationale de la presse, l’économiste Abdelhak Lamiri a donné une conférence intitulée « Perspectives d’évolution de l’économie algérienne « , en présence des enseignants, des officiels et des étudiants de la faculté des sciences sociales et humaines.

Après avoir rappelé quelques agrégats macroéconomiques de l’économie de l’Algérie et les différents programmes de relance et de soutien à la croissance, il énumérera un certain nombre de conditions qu’il faudrait mettre en place pour prétendre à l’émergence.

L’application de modèles conçus ailleurs n’est pas de nature à être copiée dans les autres pays, la prise de décision, dira-t-il, doit être réfléchie par les dirigeants du pays en tenant compte des facteurs spécifiques des ressources propres du pays. C’est-à-dire qu’ « il ne faut pas aller chercher les solutions élaborées sous d’autres cieux et dans d’autres têtes pour notre économie « .

L’expert a posé la question de savoir quel a été le secret des pays qui ont réussi, telles la Chine, la Russie, la Pologne ? « Ce qui est important, c’est le mode managérial qui suppose la rigueur dans la démarche de gestion, car, comme le dit Drucker : il n’y a pas de pays sous-développés, il y a des pays mal gérés « .

Il citera le cas de la Corée qui en 1964 avait un niveau de développement proche de celui de l’Algérie avec un PIB de 3,4 milliards de dollars, et qui est parvenue à faire son décollage économique, enregistrant un PIB de 1 300 dollars alors que celui de l’Algérie se situe à 118 milliards de dollars.

« Ainsi, toute démarche de développement doit, pour être menée correctement, tenir compte des éléments suggérés par ce qu’on appelle la pyramide économique dont la base comporte les fondamentaux, dont le système éducatif qui confère à n’importe quel pays sa puissance. Ainsi, la corrélation entre le système éducatif, la recherche et le développement économique est très élevée.

A cela, s’ajoute le système de management qui est le facteur-clé du développement. Ce dernier est la ressource de la ressource, car sans management rien ne peut se développer ».  
Autre comparaison : l’Inde qui avait les infrastructures les plus pauvres en 1990 mais qui a utilisé l’argent de la relance pour former des cadres qui sont devenus des leaders mondiaux des TIC. Ce pays, dira-t-il, exporte pour des milliards de dollars par an. Ce n’est que maintenant qu’il a commencé à investir dans les infrastructures.

Monsieur Lamiri croit qu’en Algérie, les experts ont induit en erreur les politiques qui ont injecté quelque 500 milliards de dollars pour d’importantes réalisations infrastructurelles. « Il ne faut pas qu’on rate la décennie qui vient ! Car si l’on rate l’affectation raisonnée des 260 à 280 milliards de dollars mobilisés pour le programme quinquennal 2015-2019, on aura beaucoup de problèmes ». « Qu’est-ce qui va se passer dans les 10 ou 20 années à venir ? La réponse dépend de l’évolution du marché de l’énergie et des politiques de développement national « .

Monsieur Lamiri préconise des politiques qui ne doivent pas continuer à donner trop d’importance au volet social, au soutien des prix à la consommation et à la réalisation des infrastructures, etc.

Dans l’hypothèse d’un marché favorable, il serait possible d’engager une politique d’émergence en consacrant 50 à 60 milliards de dollars au développement des ressources humaines, comme cela a été fait par les pays émergents, de diversifier davantage l’économie, de mettre l’accent sur la décentralisation. Le développement local assuré par les échelons décentralisés devrait devenir le moteur de la croissance économique du pays comme cela a été fait en Chine dont 60 % des exportations proviennent des communes.

En maîtrisant son management, et à cette condition, l’Algérie arrivera dans 4 ou 5 ans à devenir le dragon de l’Afrique, dans le cas contraire, ce sera le chaos et les explosions sociales.
Mettre en place une politique d’émergence est une urgence, c’est peut-être la dernière chance de pouvoir financer la croissance économique d’autant que le pays n’a pas de dettes, qu’il peut même emprunter et qu’il peut encore compter sur la rente pétrolière.

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