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Nationale

Abane Ramdane, une vie et une œuvre non achevée

Abane Ramdane, une vie et une œuvre non achevée

Il y a 57 ans jour pour jour, disparaissait AbaneRamdane, l’architecte du rassemblement national sous l’égide du FLN, et chef historique de la glorieuse Révolution de Novembre 1954. AbaneRamdane a été assassiné par ses pairs dans un guet-apens tendu le 27 décembre 1957 à Tetouan, au Maroc à l’âge de 37 ans.

Celui qui fut l’instigateur, avec Larbi Ben M hidi, du congrès de la Soummam, ne trouva pas grâce aux yeux des dirigeants détenus à la prison d’Aulnay, sauf Hocine Ait Ahmed qui, par contre, n’y trouva aucun inconvénient et le fit savoir en envoyant une lettre d’encouragement à Abane Ramdane tout en lui souhaitant pleine réussite.

D’ailleurs Ait Ahmed resta constamment en contact avec les initiateurs du congrès de la Soummam à travers des correspondances.
En 1956, le congrès de la Soummam, qui fut organisé par Larbi Ben M’hidi et Abane Ramdane, donna à la lutte armée un cadre organisé et un contenu politique et militaire.

Mais des chefs politiques emprisonnés en France contestèrent durement les conclusions de ce congrès et parmi eux Ahmed Ben Bella, qui voyait d’un mauvais œil l’apparition et le leadership de Abane Ramdane sur la révolution.

De sa prison française, il rejeta les résolutions du congrès et le fit savoir bruyamment. Mohamed Boudiaf avait aussi rejeté les résolutions, mais n’engagea aucune action contraire contre lui. 

Abanea été le rassembleur des forces patriotiques nationales et a tracé les grandes lignes du mouvement révolutionnaire consistant à créer un Etat dans lequel l’élément politique l’emporte sur l’élément militaire ; il fonda alors les premières bases de l’Etat algérien (CNRA-CCE) ainsi que les organes d’information et de communication et le syndicat. Les circonstances de son assassinat ne sont toujours pas élucidées.

Né le 10 juin 1920 à Azouza, dans la commune de Larbaâ NathIrathen, il obtient le baccalauréat mathématique avec mention en 1941 au lycée Duveyrier de Blida. Il est ensuite mobilisé et affecté pendant la Seconde Guerre mondiale, avec le grade de sous-officier, dans un régiment de tirailleurs algériens stationné à Blida, en attendant le départ pour l’Italie.
Démobilisé, il entre au Parti du peuple algérien (PPA) et milite activement tout en travaillant comme secrétaire de la commune mixte de Châteaudun (Chelghoum-Laïd).

Il abandonne ses fonctions, rompt définitivement avec l’administration coloniale et entre en clandestinité pour se consacrer à « la cause nationale » au sein du PPA-MTLD. Il est désigné, en 1948, comme chef de wilaya, d’abord dans la région de Sétif, puis dans l’Oranie.

Durant cette période, il est également membre de l’Organisation spéciale (OS), bras armé du parti, chargée de préparer la Révolution. Recherché par la police française dans l’affaire dite du « complot de l’OS » (1950), il est arrêté quelques mois plus tard dans l’ouest du pays. Il est jugé en 1951, après avoir subi plusieurs semaines d’interrogatoire et de torture, et condamné à 5 ans de prison, 10 ans d’interdiction de séjour, 10 ans de privation des droits civiques et 500 000 francs d’amende pour « atteinte à la sûreté intérieure de l’État ».

Il est transféré en 1953 à la prison d’Albi dans le Tarn (sud-ouest de la France) où le régime carcéral, plus souple, lui permet de s’adonner à son loisir favori, la lecture, qui lui permet de forger sa culture et sa formation politiques. Transféré à la prison de Maison-Carrée au cours de l’été 1954, il est régulièrement tenu au courant des préparatifs de Novembre 1954.

Il est même désigné d’office comme l’un des douze membres d’un comité chargé de prendre en main les destinées de la résistance algérienne contre le régime français, pour l’indépendance de l’Algérie.
C’est à ce titre que les dirigeants de la zone III (Kabylie, future wilaya III historique) prennent contact avec lui quelques jours après sa sortie de prison, le 18 janvier 1955, alors qu’il est assigné à résidence à Azzouza. 

Après quelques jours passés auprès de sa mère paralysée, il quitte Azzouza, entre en clandestinité et prend en charge la direction politique de la capitale. Son appel du 1er avril 1955 à l’union et à l’engagement du peuple algérien, signe l’acte de naissance d’un véritable Front de libération et son émergence en tant que mouvement national. Il y affirme son credo unitaire, « la libération de l’Algérie sera l’œuvre de tous », qu’il n’aura de cesse de mettre en œuvre.

Il obtient vite une grande influence dans la direction intérieure installée à Alger. Chargé des questions d’animation de la Révolution au niveau national en assurant la coordination interwilaya, il anime également la liaison avec la Délégation extérieure du FLN établie au Caire, les fédérations de France, de Tunisie et du Maroc.

Il a ainsi la haute main sur toutes les grandes questions d’ordre national et international.Il consacre également son énergie à organiser et à rationaliser la lutte, et à rassembler toutes les forces politiques algériennes au sein du FLN pour donner à la « rébellion » du 1er novembre la dimension d’un grand mouvement de résistance nationale.
Secondé par Benyoucef Benkhedda, il impulse la création d’El Moudjahid, le journal clandestin de la Révolution, de l’hymne national Kassaman (en contactant lui-même le grand poète Moufdi Zakaria), appuie la naissance des organisations syndicales ouvrière (UGTA), commerçante (UGCA) et estudiantine (UGEMA), qui deviendront, elles aussi, un terreau pour la Révolution.

Il met également en chantier et supervise la rédaction d’une base doctrinale destinée à compléter et à affiner les objectifs contenus dans la Proclamation du 1er Novembre 1954.

Appuyé par Larbi Ben M’hidi, il fait adopter au Congrès de la Soummam du 20 août 1956 un statut pour l’Armée de libération nationale (ALN) devant se soumettre aux « lois de la guerre », et surtout, devenir une plateforme politique dans laquelle est affirmée la « primauté du politique sur le militaire et de l’intérieur sur l’extérieur ».

Il est désigné comme l’un des 5 membres d’un directoire politique national, le Comité de Coordination et d’Exécution (CCE), chargés de coordonner la Révolution et d’exécuter les directives de son conseil national (CNRA) créé à cet effet.

C’est AbaneRadmane qui décide, avec Larbi Ben M’hidi et Yacef Saadi, de déclencher la bataille d’Alger durant laquelle, chargé avec Ben M’hidi de superviser l’action militaire, il coordonne l’action et la propagande politiques en direction de la population algérienne.
En mars 1957, après l’arrestation et l’assassinat de Ben M’hidi, et la traque de Yacef Saadi, les réseaux FLN à Alger, poussés par la 10e division parachutiste du général Massu, s’effondrent.
Abane, avec les trois autres membres du CCE, doit alors quitter la ville.

Il gagne Tunis via le Maroc, après une longue marche de plus d’un mois, et la traversée de tout l’ouest algérien. Dans la capitale tunisienne, il se heurte aux colonels de l’ALN. À ces derniers qui investissent en force les organes dirigeants de la Révolution (CCE et CNRA), il reproche une dérive autoritariste et l’abandon de la primauté du politique et de l’intérieur, adoptée à la Soummam, ce qui lui vaut des inimitiés.

Attiré dans un guet-apens organisé par les colonels du CCE (KrimBelkacem, AbdelhafidBoussouf, Lakhdar Ben Tobbal…), il est assassiné le 27 décembre 1957 dans une ferme proche de la ville marocaine de Tétouan. Son corps, disparu, est symboliquement rapatrié en Algérie, en 1984, pour être inhumé » au carré des martyrs du cimetière d’El Alia.

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