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AADL: Le grand business

AADL:  Le grand business

Des centaines de bénéficiaires des logements de type location-vente AADL n’y ont jamais mis les pieds. D’autres, en revanche, ont loué les leurs, étant déjà propriétaire de biens. Dans plusieurs sites d’Alger, des appartements de l’AADL sont carrément fermés depuis plusieurs années. Six sur dix des logements sont loués, selon des bureaux de l’AADL implantés sur les sites.

A Alger, on compte des dizaines de milliers de logements de type AADL (Agence nationale de l’amélioration et du développement du logement). D’autres dizaines de milliers d’appartements du même type sont en cours de réalisation, tandis que plusieurs autres milliers seront livrés aux bénéficiaires des programmes 2001 et 2002.

Un parc de logements aussi gigantesque a attiré la convoitise des opportunistes qui tentent, ces derniers temps, d’« investir » dans les logements AADL pour en tirer des bénéfices, jusqu’à des milliards de centimes.

La tutelle semble ne pas s’en inquiéter. Pour en savoir plus nous avons effectué une petite tournée dans certains sites AADL de la capitale. La première étape nous a menés au site de Douéra qui abrite 1 046 logements.

Ici, certains bénéficiaires du programme 2001 et 2002 ont très vite emménagé après la remise des clés par l’agence.
D’autres souscripteurs, par centaines, ont carrément refusé d’habiter leur nouvel appartement, car loin de leur lieu de travail, tandis que d’autres argumentent que leurs familles refusent de les occuper logements, n’arrivant pas à s’adapter au nouveau lieu.

Des opportunistes ont donc profité de cette occasion pour y investir. Du coup, la plupart des appartements attribués aux souscripteurs 2001 ont été loués à d’autres familles, couples ou étudiants, alors que la loi interdit la location des logements AADL. « Moi, je ne mettrai jamais les pieds à Douéra » a affirmé une dame qui y a bénéficié d’un logement en 2013. Elle a ajouté : « Je suis bien où je suis ; j’habite à Alger-centre et je n’ai pas l’intention de quitter cette commune pour aller jusqu’à Douéra.

Donc, j’ai loué mon appartement à des proches et on s’est mis d’accord pour qu’ils payent juste le loyer et d’autres charges. » Sur un immeuble composé de 20 appartements, seulement une dizaine sont occupés tandis que les autres sont devenus des logements fantômes depuis leur attribution.

Pis, cinq sur dix familles qui occupent les logements sont des locataires de deuxième main, expliquent les locataires que nous avons rencontrés sur place. « Pourquoi les vrais bénéficiaires des logements AADL n’habitent pas leurs logements. Est-ce qu’il s’agit de vrais nécessiteux ou d’opportunistes ? » S’interrogent les locataires.

Le business marche très bien à Ouled Fayet 3

Après Douéra, notre deuxième étape nous a mené au site d’AADL d’Ouled Fayet 3, dont les bénéficiaires ont obtenu les clefs de leurs logements en 2013. Ici, le site est presque désert. Pour un total de 940 logements, seulement quelque 300 familles habitent la cité. Pire encore, la plupart des locataires sont de deuxième main. Beaucoup sont des couples qui sont là pour un à deux ans en attendant de bénéficier à leur tour de leur logement AADL ou LPP.

Entre 35 000 et 40 000 DA par mois, tel est le montant de la location des logements au site d’Ouled Fayet 3. Les vrais bénéficiaires, eux, ont carrément fermé leurs logements. Est-ce qu’il s’agit de vrais nécessiteux ? S’interrogent également les quelques bénéficiaires qui ont habité la cité. « Depuis que j’ai refait mon appartement j’ai tout de suite habité. Comme vous voyez, l’immeuble que j’habite est vide. Seulement quelque cinq familles habitent ; les autres n’ont même pas mis les pieds au quartier durant des années.

On s’interroge qui sont ces gens et pourquoi ils refusent d’occuper leurs logements alors qu’ils se battaient depuis des années pour les obtenir » a dit Ouahab, l’un des occupants de la cité. Son voisin, Nasser, travaille comme agent de sécurité dans une entreprise publique ; Il s’interroge sur les conditions de distribution des logements aux souscripteurs du programme 2001 et de celui de 2002.  

« Déjà nous avons un manque flagrant des infrastructures qui devaient accompagner le site d’Ouled Fayet 3, mais encore pire, il n’y a pas d’habitants. C’est un quartier fantôme. Sans école pour nos enfants, sans transports, sans commerces et sans brigade de gendarmerie, le site d’Ouled Fayet 3 a été livré sans les commodités nécessaires. Pourtant le Premier ministre avait à maintes reprises déclaré que la livraison de chaque site AADL devait être accompagnée par la réalisation de l’ensemble des commodités pour les habitants » a rétorqué Youssef, un habitant du quartier.

Les locations des logements AADL se font par téléphone

A défaut d’occuper leurs logements, des milliers de bénéficiaires AADL ont loué leur bien et ce, contrairement à la loi qui interdit toute location des appartements de type location-vente.

Certains bénéficiaires ont défié la tutelle par cette pratique qui est devenue le nouveau mode opératoire à des fins financières. A Ouled Fayet, à titre d’exemple, ou encore aux sites AADL d’El Achour et S’bala, les locations des logements AADL se font par téléphone. Au site d’Ouled Fayet 3, de nombreuses familles ont loué des appartements par simple coup de téléphone.

Pour en savoir plus, l’un des habitants du site d’Ouled Fayet a appelé au téléphone l’une des personnes auxiliaires qui louent des appartements AADL. C’est un certain Amine, très connu pour avoir plusieurs appartements en location sur les sites AADL de la capitale.

Un vrai businessman. « Allo, oui c’est Amine, c’est Youssef qui te parle. Voilà j’ai deux clients pour toi qui cherchent des appartements pour la location. L’un des clients cherche un F3 et l’autre c’est une famille qui veut louer un F4. Alors si vous avez des logements pour location qui correspondent à ces critères on peut s’arranger » dira Youssef à cet intermédiaire.

Ce dernier lui répond qu’effectivement il y a deux logements à louer qui conviennent parfaitement à la demande des deux clients.
« Oui, il y a deux appartements à louer. Le premier, un beau F3, est proposé à 35 000 dinars par son propriétaire : toutefois le locataire doit avant tout nettoyer cet appartement car il est sale.

Le deuxième logement est un F4 à 40 000 DA par mois, mais la famille qui désire le louer peut verser une avance de six mois et non d’une année » explique cet intermédiaire. Aujourd’hui, six sur dix appartements AADL sont loués. Une situation qui a poussé d’autres souscripteurs, de vrais nécessiteux, à la colère, car ils attendent à ce jour leur logement alors qu’ils ont déposé leur dossier il y a plusieurs années.

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