AADL de Sidi Abdellah : La vie sans ascenseur devient un calvaire
Près de deux ans après la livraison des logements par l’Agence nationale de l’amélioration et du développement du logement (AADL), dans le cadre de la formule location-vente, à Magtaâ Kheira, au sein de la nouvelle ville de Sidi Abdellah, les habitants dénoncent des conditions de vie devenues insoutenables. Ils évoquent notamment « des ascenseurs toujours non fonctionnels », une absence d’entretien et un manque criant de services de gestion, sur fond d’une administration bureaucratique kafkaïenne.
Cette situation fait écho à moult cas précédents et à des problèmes comparables constatés sur d’autres sites AADL. C’est précisément à la cité Q25 4000 logements, située à Magtaâ Kheira, que la promesse d’un cadre de vie moderne tarde à se concrétiser pour de nombreux bénéficiaires du programme.
A compter de la livraison des appartements, un très grand nombre d’immeubles restent privés d’un équipement pourtant essentiel : les ascenseurs n’ont jamais été mis en service. Selon des résidents, ces installations seraient maintenues « en réserve » en attendant une réception administrative globale des bâtiments concernés. Il ressort de témoignages concordants que cette situation dure « depuis leur emménagement » et continue de peser lourdement sur le quotidien des habitants, en particulier ceux des étages supérieurs.
« Depuis notre arrivée, l’ascenseur de notre immeuble n’a jamais été mis en service. On nous dit qu’il est “en réserve” et que les bâtiments AADL concernés n’ont pas encore procédé à sa réception. Depuis près de deux ans, ma famille et moi vivons dans une situation extrêmement difficile. Monter neuf étages chaque jour devient un vrai calvaire, surtout pour ma femme qui souffre d’une hernie discale et de problèmes osseux », a témoigné un habitant au Jeune Indépendant.
Dans ces immeubles en hauteur, comptant un grand nombre d’étages, l’absence d’ascenseur transforme les gestes les plus ordinaires en un véritable calvaire. Des familles évoquent des difficultés majeures pour les personnes âgées, les malades chroniques, de même que les enfants, contraints de monter et descendre chaque jour plusieurs étages à pied, en portant des courses. Cette réalité affecte l’ensemble des habitants des étages supérieurs, qui dénoncent une situation devenue « insupportable ».
« Ma mère, âgée de 80 ans et atteinte de maladies chroniques ne peut pas se déplacer normalement à cause de l’absence d’ascenseur. Chaque montée d’escalier représente un danger pour sa santé. Nous attendons depuis trop longtemps une intervention pour que cet équipement essentiel soit enfin fonctionnel », a-t-il poursuivi, avant de préciser que « l’ascenseur est un service essentiel pour tous ».
Gest-Immo et prestataire pointés du doigt
Quand bien même de multiples démarches auraient été entreprises auprès des services de gestion immobilière concernés, les locataires affirment n’avoir reçu ni explications claires ni calendrier précis quant à la mise en service des ascenseurs. La gestion immobilière des cités AADL est, en principe, assurée par Gest-Immo, filiale de l’agence. A ce titre, Geta Beta Ascenseur intervient en tant que prestataire de services pour le compte de Gest-Immo, pour la maintenance et la réparation des équipements de levage, en particulier les ascenseurs, dans la cité en question, selon les résidents.
« Les agents de Gest-Immo sont venus la semaine dernière pour nous rassurer, mais il s’agit d’un scénario qui se répète à chaque intervention, sans qu’aucune solution concrète ne soit apportée. A chaque fois, les mêmes promesses sont formulées, sans suite réelle, ce qui accentue le sentiment que la situation n’évolue pas », a confié anonymement un voisin au Jeune Indépendant, avant de rappeler : « Compte tenu de cette impasse, un groupe de résidents s’est rendu, par le passé, à la direction centrale de l’AADL afin de faire entendre ses préoccupations, mais cette démarche n’a malheureusement donné aucun résultat. Lors de cette visite, des résidents ont même été amenés à signer des documents en apposant leurs noms sur des papiers ».
Au-delà du problème des ascenseurs, les habitants pointent alors un décalage entre les charges mensuelles acquittées et les prestations réellement fournies. De nombreux résidents affirment payer régulièrement les frais liés à l’entretien et aux services communs, sans constater d’amélioration concrète sur le terrain. « On se demande bien à qui ça profite », s’interrogent-ils.
L’absence de gardiens d’immeuble et d’agents d’entretien est aussi citée comme l’un des principaux facteurs de dégradation du cadre de vie. Qui plus est, des cas de vols de câbles électriques, de tuyauteries en cuivre et d’équipements relatifs au gaz auraient été signalés, aggravant le sentiment d’abandon exprimé par les habitants. A ces problèmes s’ajoute le manque de transports publics.
Aussi bien sur le calcul des charges locatives que sur l’usage des fonds collectés, de nombreux locataires pointent, de ce fait, une gestion « défaillante ». Certains groupes d’habitants envisagent même des démarches judiciaires collectives, en vue de contester des frais qu’ils estiment injustifiés.
D’autres habitants indiquent unanimement privilégier « une résolution rapide du problème, sans recourir à de longues procédures administratives ou judiciaires, souvent coûteuses ». Ils appellent les responsables concernés à intervenir au plus vite, afin de régulariser la situation des ascenseurs, d’améliorer l’entretien des immeubles et de rétablir des services de proximité conformes aux engagements initiaux du programme.