A trois mois de la présidentielle : Un pardon français aux harkis – Le Jeune Indépendant
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Nationale

A trois mois de la présidentielle : Un pardon français aux harkis

A trois mois de la présidentielle : Un pardon français aux harkis

A trois mois de la présidentielle, le Sénat français a adopté, un projet de loi visant à demander « pardon » aux harkis et à mettre en place une politique de réparation. L’adoption par le Sénat survient après celle de l’Assemblée nationale française. Ce projet est une démarche voulue par le président Emmanuel Macron, qui avait à plusieurs reprises fait état de sa volonté d’aller vers cette politique de « pardon » et de « reconnaissance », tout en proposant un arsenal de réparation qui va coûter au budget de l’Etat plusieurs centaines de millions d’euros.

Ce texte est « celui de la reconnaissance par la nation d’une profonde déchirure et d’une tragédie française, d’une page sombre de notre Histoire », a souligné la ministre chargée de la Mémoire et des Anciens Combattants, Geneviève Darrieussecq.

Le texte reconnaît « les conditions indignes de l’accueil » réservé aux 90 000 harkis [ayant opté pour combattre aux côté de l’occupant français et contre l’Algérie]  et à leurs familles, qui ont fui l’Algérie après l’indépendance. Près de la moitié d’entre eux ont été relégués dans des camps et des « hameaux de forestage ». « Ces lieux furent des lieux de bannissement, qui ont meurtri, traumatisé et parfois tué », a affirmé la ministre.

Pour ceux-ci, le projet de loi prévoit « réparation » du préjudice avec, à la clé, une somme forfaitaire tenant compte de la durée du séjour dans ces structures. Le nombre de bénéficiaires potentiels est estimé par le gouvernement à 50 000, pour un coût global de 302 millions d’euros sur environ six ans.

Le Sénat a adopté successivement deux amendements visant a élargir les prérogatives de la Commission de reconnaissance et de réparation que crée le projet de loi. Celui du gouvernement tend a garantir « à tous les harkis combattants » un accès à cette commission, qui pourra examiner leurs situations individuelles et leur proposer « toute mesure de reconnaissance appropriée ».

Jusqu’à 200 000 harkis [ceux qui ont trahi l’Algérie en se rangeant du côté du colonisateur] avaient été recrutés comme auxiliaires de l’armée française pendant la Glorieuse Révolution algérienne entre 1954 et 1962. Une journée d’hommage de la nation leur est consacrée le 25 septembre, depuis un décret de 2003. Symboliquement, les députés ont inscrit cette date dans la loi.

En attendant une loi criminalisant la colonisation
Bien que cela soit une affaire franco-française, ce pardon à des dizaines de milliers de traîtres, suivi de réparation financière, devrait bien interpeller nos parlementaires de l’APN et du Conseil de la nation. Des partis politiques, des associations et des organisations de la société civile peinent aujourd’hui en Algérie à vouloir déterrer du tiroir le fameux projet criminalisant la barbarie coloniale.

Il y a quelques mois, un groupe de députés ont tenté de créer une commission spéciale, chargée d’élaborer ce projet de loi. Un document a été remis au bureau de l’APN, vers la fin du mois d’octobre dernier. Ce texte a été signé par une centaine de députés. Que propose finalement ce projet de loi visant à criminaliser la colonisation française de 1830 à l’indépendance en 1962 ?

Selon les indiscrétions de certains animateurs de cette initiative, le texte est composé de 6 chapitres divisés en 54 articles. Dans le préambule, les initiateurs de ce projet de loi proposent à l’Etat de « contraindre les autorités françaises à présenter les excuses au peuple algérien pour les préjudices qu’il a subis durant le période coloniale ». Ils préconisent même dans l’article 49 du projet de loi « de ne conclure aucun accord avec la France, tant que les conditions de reconnaissance de ses crimes coloniaux ne sont pas réunies ».

Mieux encore. Dans ce texte, un dispositif de répression sur la glorification de colonialisme a été également abordé. Les auteurs de ce projet de loi criminalisant le colonialisme prévoient une peine allant de 6 mois à 2 ans de prison « pour tout algérien qui glorifierait le colonialisme français par quelque moyen d’expression que ce soit ».

Or, le texte a été vite étouffé au sein même du Parlement. Des groupes parlementaires ont décidé de geler ce projet, de ne plus l’inscrire à l’ordre du jour.

Pour le FLN, derrière cette initiative, il existe des arrière-pensées politiques et des calculs propres au noyau islamiste auteur du projet. Le RND accuse directement le MSP de chercher à récolter des dividendes politiques à travers ce texte, alors qu’il lui faut une longue réflexion et un débat élargi à toutes les composantes de la société algérienne.

Certains historiens et autres experts en jurisprudence pensent que le projet devrait comporter des chapitres entiers et détaillés sur les crimes coloniaux et les massacres subis par le peuple algérien. De plus, ce texte devrait faire mention aussi des politiques d’expropriation des populations autochtones et des tribus, des déplacements massifs, des exodes et surtout l’exploitation des matières premières, des gisements miniers du pays pendant plus d’un siècle. Ces experts pensent aussi qu’il faudra mentionner les cas des victimes des essais nucléaires et chimiques, ainsi que leur dédommagements ou réparation.

Ce projet est finalement mis aux oubliettes pour le moment et plus aucun député n’en fait mention dans ses interventions. Pourtant, le froid actuel dans les relations entre l’Algérie et la France devrait favoriser ce genre d’initiative. Surtout, comme le dit cet ancien député, vétéran de la guerre de libération : Comment Paris pardonne aux harkis et ne le fais pas aux millions d’Algériens tués, massacrés, mutilés et torturés ?

Il faut rappeler que ce vieux projet de criminalisation du colonialisme date de 2005, en réaction à un texte du parlement français qui glorifie justement la colonisation en Algérie. Pour des considérations politiques, ce projet a été rejeté par l’ancien président Abdelaziz Bouteflika, au motif qu’il veut développer ses rapports politiques et économiques avec l’Elysée et qu’il se soignait dans une clinique en France.

Quatre ans plus tard, le même projet est mis sur la sellette, mais vite jeté aux oubliettes, faute de consensus politique et du recul manifeste de la mouvance nationaliste au sein des institutions.

En déplacement à Alger il y a quelques années, Emmanuel Macron –alors candidat à la présidentielle française- a déclaré que “la colonisation fait partie de l’histoire française. C’est un crime contre l’humanité.” Une déclaration qui lui a valu de vives critiques de la part de la classe politique française et des harkis. Des années plus tard, il demanda encore, en forme de provocation, que si la Nation algérienne existait avant la colonisation française.

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