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Culture

A Tokyo, l’Algérien Nabil Houhou côtoie les étoiles !

A Tokyo, l’Algérien Nabil Houhou côtoie les étoiles !
Nabil ou le parcours éclectique

« Il y a deux formes de destin : un destin vertical et un destin horizontal », disait l’académicien Amine Malouf, auteur du roman épique « Léon l’Africain », histoire de Hassan Al-Wazzan, fabuleux diplomate, explorateur, géographe et écrivain andalou, né à Grenade, formé à Fès et mort à Tunis.

Cinq siècles plus tard, dans un registre moins homérique mais tout aussi épicé, la ligne de vie dont il est question ici, précisément celle d’un Algérien maître de l’alchimie culinaire, n’est pas verticale ou horizontale, mais parfaitement sinusoïdale ! La destinée de Nabil Houhou, « Dziri fi Tokyo », comme il se définit lui-même sur Facebook et Twitter, est en effet sinueuse, empruntant des routes secondaires, des sentiers vicinaux et des chemins de traverse, pour aboutir enfin à la voie royale. Trajectoire d’un grand maître queux, à la base ingénieur en industries alimentaires en Algérie, qui a ensuite côtoyé à Paris les grands orfèvres étoilés de la gastronomie hexagonale, avant de tutoyer, coiffé de sa propre toque, les étoiles brillantes à Tokyo !

D’Alger à Tokyo, en passant par les bords de la Seine, le magicien des saveurs, fils de Tipaza, cinquante-quatre ans d’âge et plus de trente ans de marmites gastronomiques, est passé du monde de la minoterie, de la biscuiterie, de la boulangerie et de la chocolaterie en Algérie, à celui de la semi-gastronomie et de la cuisine de bistrots de qualité au Japon, via les palaces et les enseignes des supers stars à Paris.

La vie de Nabil Houhou est ainsi une riche cartes des saveurs, un livre ouvert et un cœur plein de la passion de cuisiner et du bonheur de flatter les sens !
Parti à Paris pour des études d’informatique, à un âge précoce qui ne le destinait en rien pour l’art de cuisiner, il sera, nécessite faisant loi, commis de salle, maître d’hôtel, premier maître d’hôtel et grand maître d’hôtel. Il le fut dans de luxueux hôtels et dans des restaurants dirigés par des chefs français de renommée internationale, dont l’incomparable Alain Solivares, artiste-peintre de la cuisine provençale au prestigieux Elysées du Vernet.

Huit années passées tout particulièrement à la célébrissime La Closerie des Lilas, haut lieu de la gastronomie, de la littérature, de la philosophie, de la peinture, du cinéma, du journalisme et de la politique française et internationale. Brasserie, restaurant et piano-bar où avaient leurs ronds de serviette Bazille, Renoir, Monet et Sisley, bientôt rejoints par Pissarro, qui deviendront les Impressionnistes.

On y a rencontré aussi Émile Zola, Paul Cézanne, Théophile Gautier, Charles Baudelaire et les frères Jules et Edmond de Goncourt, pour ne citer encore que ces noms de lumière de la culture française. Sans oublier, entre autres gloires mondiales, Ernest Hemingway, Francis Scott Fitzgerald, Henry Miller, Dos Passos, André Breton, Louis Aragon, Pablo Picasso, Modigliani, Jean-Paul Sartre, André Gide, Paul Éluard, Oscar Wilde, Louis Armstrong, Samuel Beckett. Autrefois une petite guinguette aux tonnelles fleuries, elle fut aussi un refuge d’hommes politiques en exil, comme Lénine et Trotski.
De même, la plaque tournante des journalistes et des ténors de la politique française, dont certains deviendront président de la République ou Premier ministre comme François Hollande et Laurent Fabius.

Un haut lieu de saveurs et de savoir

C’est à La Closerie des Lilas que Nabil Houhou, alors premier maître d’hôtel, ira, sans le savoir, à la rencontre de son destin. Une chance ayant le visage et les rondeurs du monstre de la gastronomie française Joël Robuchon, qu’il devait servir un soir de conjonction astrale. Séduit par la qualité du service et du verbe, la prestance et la promptitude de l’Algérien, le grand gourou des assiettes qui chantent, lui propose alors de travailler pour lui à Tokyo. Nabil finit par décliner l’offre inouïe, mais la grande figure de l’art de la table français lui aurait quand même inoculé à cette occasion le virus de l’aventure gastronomique à tenter au Japon, pays du raffinement culinaire et de la qualité exigeante de l’assiette servie.

Le voyage de Tokyo, il le fera deux ans plus tard, poussé par l’aiguillon de l’amour d’une Japonaise épousée, étudiante en architecture à Paris, qui lui aura donné finalement le goût d’aller voir en Extrême-Orient si l’herbe de la gourmandise n’était pas plus verte au royaume du sushi, des sashimis, des ramen, des tempura, des tsukemono, des udon et soba, du tofu et du natto, des wagashi et du wasabi, et de la saveur umami présente dans de nombreuses recettes.

Il met donc les pieds dans le plat, dans une mégapole qui compte déjà 230 adresses françaises distinguées. Certains de ces hauts-lieux étoilés, brasseries ou restaurants de quartier, appartiennent notamment à de discrets patrons ou à des géants comme Alain Ducasse, Paul Bocuse, Jean et Pierre Troisgros, Guy Rameau, Pierre Gagnaire ou encore Jean Delaveyne. Il y crée alors Le Parisien et Le Petit Parisien qu’il finira par vendre. Pour ne garder que le premier situé dans le quartier central de Shinjuku, là-même où se trouve la grande mairie de la capitale nippone.

Le Parisien

Il y propose depuis quatorze ans de la cuisine dynamique et de la bistronomie, et y offre des plats nouveaux, tout en accommodant des recettes traditionnelles, changeant 3 à 4 fois par an sa carte déjà attractive.
Installé à Tokyo par amour et cuisinant par amour, comme il le rappelle lui-même, il projette de lancer un restaurant consacré exclusivement à la cuisine algérienne dont il a appris de sa maman les secrets de la consistance et de la sapidité.

Aujourd’hui, Nabil Houhou, qui a lancé en mars 2020 sa chaine Youtube « Dziri Fi Tokyo », et crée à la même date sa page Facebook de même nom, bénéficie de critiques flatteuses de fins gourmets qui ont fréquenté Le Parisien à Tokyo.
Sa cuisine est encensée dans un guide de voyage comme Trip Advisor ou dans le Gurunavi, l’un des principaux guides gastronomiques japonais. Pas étonnant outre mesure lorsqu’on sait que « Dziri fi Tokyo » a comme devise de chef créatif, généreux et altruiste, le triptyque amour-rigueur-professionnalisme.

Ce Biskri d’origine, dont le plat préféré est la roborative chakhchoukha de la cité radieuse des Zibans, a accepté de partager ses saveurs avec Le Jeune Indépendant. Au grand bonheur de son directeur, amateur de couscous, de Chekhchoukha, de chorba, de méchoui et de bouzellouf. Journal à travers lequel il parlera à ses lecteurs, via des vidéos savoureuses, de la gastronomie française et méditerranéenne en général, et de la cuisine algérienne en particulier.

Normal pour l’épris éternel de sa ville natale Tipaza, lui qui a l’Algérie dans le cœur et dans… le plat ! Le poète abbasside Abû Tammam ne disait-il pas « promènes ton cœur au gré des lieux d’amour, mais au final, ta passion dévorante ne sera que pour le premier aimé. Combien de maisons un jeune aura tant adorées, mais sa tendresse nostalgique sera toujours à sa première résidence dédiée ».

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