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Nationale

À l’ONU, le Niger met l’Algérie au cœur de sa résilience et de sa nouvelle souveraineté

À l’ONU, le Niger met l’Algérie au cœur de sa résilience et de sa nouvelle souveraineté

À la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies, le Premier ministre nigérien Ali Mahamane Lamine Zeine a consacré, ce vendredi soir à New York, une place particulière à la relation avec l’Algérie, qu’il a décrite comme un soutien majeur dans les secteurs stratégique, énergétique, sécuritaire et social. Trois ans après le bouleversement politique de juillet 2023 et les sanctions qui ont suivi, Niamey revendique une trajectoire fondée sur la souveraineté, la solidarité sahélienne et le renforcement des partenariats africains. Dans cette nouvelle architecture régionale, Alger apparaît, dans le discours nigérien, comme un voisin stratégique dont l’accompagnement dépasse largement le cadre diplomatique.

Le message délivré par le Premier ministre nigérien Ali Mahamane Lamine Zeine à la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies n’était pas seulement destiné à dresser le bilan d’un pays confronté depuis plusieurs années à de profondes turbulences politiques, économiques et sécuritaires. Il constituait également une mise en perspective des alliances sur lesquelles Niamey entend désormais construire son avenir.

Dans la séquence de son intervention consacrée aux facteurs ayant permis au Niger de « rester debout », le chef du gouvernement de transition a explicitement cité l’Algérie. Il a qualifié l’Algérie de « pays frère et voisin », avant de souligner son accompagnement dans plusieurs secteurs jugés essentiels à la consolidation de l’État nigérien.

Selon Ali Mahamane Lamine Zeine, cet accompagnement porte notamment sur l’exploitation des ressources naturelles, la défense, la santé, l’éducation, l’énergie, l’hydraulique et l’agriculture. Il a également cité deux projets d’infrastructure à dimension régionale : la Route transsaharienne et le Gazoducgazoduc Un gazoduc est une canalisation destinée au transport de matières gazeuses sous pression, la plupart du temps des hydrocarbures. Selon leur nature d'usage, les gazoducs peuvent être classés en trois familles principales : 1- gazoducs de collecte, ramenant le gaz sorti des gisements ou des stockages souterrains vers des sites de traitement. 2- gazoduc de transport ou de transit, acheminant sous haute pression le gaz traité (déshydraté, désulfuré, ...) aux portes des zones urbaines ou des sites industriels de consommation 3- gazoducs de distribution, répartissant le gaz à basse pression au plus près des consommateurs domestiques ou des petites industries. transsaharien, connu sous le sigle TSGP.

Le propos du chef de l’exécutif nigérien revêt une portée particulière au moment où la coopération algéro-nigérienne connaît une accélération concrète. En mars 2026, la deuxième session de la Grande Commission mixte algéro-nigérienne, réunie à Niamey, avait débouché sur la signature de plusieurs accords, mémorandums d’entente et programmes de coopération dans l’énergie, la santé, les travaux publics, l’enseignement supérieur, la recherche scientifique, l’industrie, l’industrie pharmaceutique, l’environnement, les start-up et plusieurs autres domaines.

Cette dynamique ne relève donc pas uniquement du discours diplomatique. Elle se traduit également par des projets industriels et énergétiques. En août 2026, Sonatrach et la société nigérienne Sonidep ont lancé à Kafra, dans le nord du Niger, une nouvelle phase d’exploration prévoyant le forage de quatre puits. Le projet intervient après plusieurs années de travaux d’exploration conduits par la compagnie algérienne et après la prolongation, en avril 2026, de la période d’évaluation du permis.

Quelques jours plus tard, la coopération énergétique franchissait une nouvelle étape avec le début de la commercialisation conjointe du pétrole brut nigérien « Meleck » par Sonatrach et Sonidep. Le 14 août, une première cargaison a ainsi été chargée au terminal pétrolier de Sèmè, au Bénin. Sonatrach a également commencé, en août, à livrer du carburant Jet A1 au marché nigérien.

Ces développements donnent une dimension particulièrement concrète aux propos du Premier ministre nigérien sur « l’investissement substantiel » de l’Algérie dans la valorisation des ressources naturelles du Niger. Ils illustrent aussi une évolution importante : la relation bilatérale tend à passer d’une coopération principalement politique et sécuritaire à un partenariat économique plus dense, associant exploration, production, commercialisation et transfert d’expertise.

Le TSGP, symbole d’une intégration transsaharienne

Dans son intervention, Ali Mahamane Lamine Zeine a également insisté sur le Gazoduc transsaharien, projet reliant le Nigeria à l’Algérie en traversant le territoire nigérien. Pour Niamey, ce projet représente potentiellement bien davantage qu’une infrastructure énergétique. Il constitue un instrument d’intégration régionale et une opportunité de valorisation du positionnement géographique du Niger.

Le dossier connaît d’ailleurs de nouvelles avancées en 2026. Le 4 juin, les travaux de réalisation du tronçon algérien du TSGP ont été officiellement lancés à Aoulef, dans la wilaya d’Adrar. Selon Sonatrach, le tracé algérien doit suivre le corridor de la Route transsaharienne entre la frontière algéro-nigérienne et Hassi R’Mel.

Et le dossier nigérien demeure lui aussi actif. Le 22 septembre, quelques jours avant l’intervention de Zeine à l’ONU, le ministre d’État algérien chargé des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, s’est entretenu à Niamey avec le Premier ministre nigérien. Les discussions ont notamment porté sur l’avancement du projet TSGP et sur la nécessité de poursuivre la coordination en vue du lancement des levés topographiques du tracé du gazoduc sur le territoire nigérien.

La concomitance de ces démarches avec le discours de New York donne un relief particulier à la déclaration du Premier ministre nigérien. L’Algérie n’est pas présentée uniquement comme un partenaire politique : elle est également associée à des infrastructures susceptibles de modifier durablement les capacités de connexion du Niger avec l’Afrique du Nord et, au-delà, avec les marchés énergétiques internationaux.

Le rappel évoqué  par M. Zeine s’inscrit dans le contexte de la crise ouverte au Niger après le changement de pouvoir de juillet 2023. Dans les mois qui ont suivi, la CEDEAO avait adopté des mesures particulièrement lourdes à l’encontre de Niamey, comprenant notamment la fermeture des frontières terrestres et aériennes, la suspension de certaines transactions commerciales et financières ainsi que des restrictions concernant les opérations avec les institutions financières régionales. La CEDEAO a finalement décidé de lever ces sanctions avec effet immédiat en février 2024.

Entre-temps, le Niger, le Mali et le Burkina Faso avaient approfondi leur rapprochement. La création de l’Alliance des États du Sahel, puis sa transformation en Confédération en juillet 2024, ont constitué une nouvelle étape dans la recomposition politique de l’espace sahélien. Le traité adopté à Niamey a consacré une structure reposant notamment sur des principes de souveraineté, de solidarité, de non-agression et de défense des intérêts des populations des trois pays.

C’est précisément dans ce contexte que le Premier ministre nigérien affirme que son pays est resté debout parce que son peuple « a refusé de plier l’échine » et parce qu’il a trouvé dans la Confédération des États du Sahel une « famille ». Cette lecture relève de la position politique de Niamey et traduit la manière dont les autorités nigériennes présentent la période écoulée : non pas seulement comme une succession de crises, mais comme une phase de redéfinition des partenariats et de réappropriation des choix stratégiques.

Une relation algéro-nigérienne qui change d’échelle

Le rapprochement avec l’Algérie occupe une place particulière dans cette recomposition. La proximité géographique, les intérêts sécuritaires communs et les liens historiques donnent à la relation une profondeur que les seuls échanges économiques ne suffisent pas à expliquer.

Alger avait pourtant, au lendemain du changement de pouvoir de juillet 2023,  avait plaidé pour une solution pacifique et mis en garde contre les conséquences d’une intervention militaire étrangère.

Cette position permet de comprendre une partie de la singularité du partenariat actuel. L’Algérie avait défendu une approche fondée sur la prévention d’une escalade militaire et la préservation de la stabilité régionale. Depuis, les deux pays ont développé une coopération bilatérale beaucoup plus structurée.

Les secteurs sociaux cités par Ali Mahamane Lamine Zeine témoignent de cette volonté d’élargissement. La santé fait notamment l’objet d’un approfondissement institutionnel, tandis que les accords signés en mars 2026 couvrent également l’enseignement supérieur, la recherche scientifique, l’industrie et les infrastructures. En juin, Alger et Niamey ont par ailleurs discuté du renforcement de leur coopération dans le domaine des ressources en eau.

Au fond, le discours de New York dessine une géographie nouvelle des partenariats du Niger. La souveraineté revendiquée par Niamey ne signifie pas un isolement. Elle s’accompagne, au contraire, de la recherche de relations bilatérales considérées comme compatibles avec les intérêts nationaux du pays et avec sa stratégie d’intégration régionale.

En mettant l’Algérie en avant devant la communauté internationale, le haut responsable nigérien a ainsi adressé un message à plusieurs niveaux. À l’intérieur, il s’agissait de rappeler les soutiens dont le Niger affirme avoir bénéficié durant une période de fortes contraintes. À ses partenaires africains, le discours réaffirme la priorité accordée à la coopération Sud-Sud et à l’intégration régionale. À l’extérieur du continent, il souligne surtout que le Niger entend désormais défendre ses choix stratégiques en s’appuyant sur ses ressources, ses voisins et ses alliances régionales.

La formule finale du Premier ministre, selon laquelle le Niger serait « surtout debout parce qu’il a repris possession de son sol, de son sous-sol et de sa parole », résume cette vision. Et dans cette nouvelle architecture revendiquée par Niamey, l’Algérie apparaît, de l’aveu même du chef du gouvernement nigérien, comme l’un des partenaires auxquels le pays entend associer sa reconstruction, la valorisation de ses ressources et son ouverture vers le reste du continent.



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