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Op-Ed

A la recherche du « Je» : « Sidi Abderrahmane[1] » m’a reçu avec du « Khafaf »[2] !

A la recherche du « Je» :  « Sidi Abderrahmane[1] » m’a reçu avec du « Khafaf »[2] !
Mausolée Sidi Abderrahmane

J’aspirais énormément à visiter les mausolées des saints et de m’imprégner de l’atmosphère des zaouïas. Ces lieux m’offrent à la fois une élévation spirituelle, une pureté du cœur et un sentiment céleste, tout en me connectant à l’histoire ancestrale et au riche héritage de l’Algérie, enraciné à travers les siècles.

Ainsi, un matin ensoleillé, j’ai accompagné ma femme et notre petite fille pour effectuer la visite du mausolée de Sidi Abderrahmane Eth-Thaâlibi[3]. À l’entrée de l’édifice, une dame distinguée s’est approchée de nous et nous a offert une sorte de pain. Devant notre étonnement et réalisant notre nouveauté des lieux, elle nous a éclairé, nous disant que c’était une « baraka », et que les personnes en visite apportent généralement des présents pour solliciter la bénédiction divine, par l’intercession des saints.

Nous ne savions pas quoi faire de ce pain : fallait-il le manger ou le donner à quelqu’un ? D’autant plus que l’odeur du pain était forte et appétissante. J’étais réticent à y goûter, craignant par pudeur que ce ne soit pas la bonne conduite à tenir.

Osant briser le silence, j’ai demandé à la dame si je pouvais manger le pain. Son simple « Oui » m’a suffi. En y goûtant, son délicieux goût m’a transporté cinquante ans en arrière. ravivant le souvenir du pain que ma grand-mère préparait, identique en taille, couleur et saveur. Dans notre région, nous l’appelions « Roghan Joshī », le pain frit dans l’huile.

Par la suite, la distinguée dame nous a parlé de la particularité du mausolée, de l’histoire de Sidi Abderrahmane, et de sa place religieuse dans la mémoire collective algérienne. Puis je lui ai demandé le nom du pain qu’elle nous avait offert, et elle a répondu : « Il s’appelle le Khafaf. » Alors je me suis dit : « Merci à Sidi Abderrahmane, il nous a reçus avec du Khafaf ! »

Plus tard, nous avons fait le tour de l’édifice et nous arrêtant devant plusieurs tombes pour réciter la Fatiha en mémoire de ceux qui y reposent. Alors que nous traversions la cour en direction du mausolée de Sidi Abderrahmane, un grand bâtiment voisin a attiré notre attention et la dame distinguée qui nous a accompagné nous a alors informés qu’il s’agissait du plus grand lycée d’Algérie, et avait servi de quartier général à l’armée française durant la période coloniale. Nous avons eu beaucoup de chance de rencontrer cette dame, car elle a une profonde connaissance de l’histoire et ses réponses complètes à nos questions furent une véritable aubaine pour nous.

Ensuite, nous sommes entrés dans le mausolée de Sidi Abderrahmane Eth-Thaâlibi. J’avais beaucoup entendu parler et lu sur lui, sur ses ouvrages et sur son rôle dans le renforcement de l’identité religieuse en Algérie.

L’atmosphère était imprégnée d’une essence spirituelle. Les personnes, absorbées dans un silence quasi mystique, se tenaient assises près du mausolée. Je me suis mis à les observer avec avidité et curiosité.

J’ai lu ce qui était écrit sur les carreaux de faïence et les dessins, et j’ai vu le poème « Al-Burda » de l’Imam Al-Bousiri[4], dont on dit qu’il a des origines algériennes, de la ville de Dellys. J’avais mémorisé de nombreux vers d’Al-Burda à l’adolescence, et je me suis mis à lire :

‘’Est-ce du souvenir de voisins à Dhî Salam que tu as mêlé des larmes qui coulaient de tes yeux à du sang ‘’

Je me suis alors imaginé dans la noble Rawdah prophétique de Médine, m’adressant au Messager d’Allah (paix et bénédictions sur lui et sa famille), aux côtés de l’Imam « Al-Bousiri » et de Sidi « Abderrahmane Eth-Thaâlibi »…

‘’Mohammed est le maître des deux mondes et des deux races (hommes et djinns), des deux groupes, Arabes et non-Arabes’’.

Notre Prophète, qui ordonne et interdit, et nul n’est plus juste en disant « non » que lui, ni en disant « oui ».

Il est le Bien-Aimé dont l’intercession est espérée pour toutes les terreurs et les calamités qui se présentent.

Ses poèmes sont principalement d’inspiration religieuse, dont le plus connu est le « poème du manteau » (Qasidat al-Burda), entièrement consacré au louange de Mahomet, qui aurait guéri Bousiri d’une paralysie en lui passant son manteau (burda) sur le corps. Ce poème fut, du vivant même de son auteur, considéré comme sacré par les soufis[5] : ses vers sont portés en amulette, récités dans les lamentations pour les défunts, et interpolés par de nombreux autres poèmes.

L’ambiance spirituelle et psychologique du lieu a purifié mon esprit et mon cœur. Elle m’a libéré de la fatigue quotidienne et des tumultes de la vie matérielle, et m’offrant beaucoup de paix et de sérénité. Cela m’a également rappelé mes souvenirs dans les mausolées des saints et des pieux en Iran, car les cœurs des saints sont unis, et leurs âmes planent dans un même ciel.

J’aurais aimé prolonger ce moment de silence et de détente, mais ma petite fille voulait sortir et jouer ; nous avons donc quitté les lieux. Elle a commencé, comme à son habitude, à ramasser les feuilles mortes, tant elle aime la nature.

À ce moment-là, une femme âgée s’est approchée d’elle et lui a offert une orange, avec beaucoup d’amour et de tendresse. Ma femme et moi l’avons remerciée pour sa gentillesse. Nous n’avons pas été très surpris, car nous avions compris que l’orange était un don de « baraka » (bénédiction).

Quant à ma fille, elle a agi avec sa spontanéité habituelle et a offert à la dame une feuille verte qu’elle avait ramassée sous un arbre.

Son geste fut surprenant, et j’ai ressenti de l’inquiétude quant à la réaction de la dame. Je craignais qu’elle ne le considère comme une insulte ou un manque de respect, ou qu’elle ne le comprenne pas. Mais la dame a réagi avec une courtoisie, une délicatesse et une profonde humanité, adressant à ma fille ces mots souriants : « Quelle belle feuille, bravo, merci beaucoup !  »

À ce moment précis, une pensée m’a traversé l’esprit : « Sidi Abderrahmane nous a accueillis avec du ‘Khafaf’ et une orange, et ma fille a rendu la pareille avec une simple feuille verte d’un arbre ! » Juste une feuille, malgré sa simplicité, elle portait en elle l’amour sincère d’une enfant qui voulait rendre la gentillesse et exprimer sa gratitude à sa manière innocente.

[1] Sidi Abderrahmane Et-Thaâlibi/  (arabe : سيدي عبد الرحمان الثعالبي), de son vrai nom Abou Zaid Abderrahmane Ben Makhlouf al-Thalibi– de la tribu des Thaâliba, né en 1384 dans le village Thaälba situé sur la rive des Issers, (wilaya de boumerdes) dans l’algérois, et mort en 1471 à Alger, est un penseur et théologien musulman algérien associé à la ville d’Alger.

[2] Khafaf : Les khafaf (khfaf)  sont des beignets traditionnels algériens à base de semoule, légers et moelleux

[3] Le mausolée de Sidi Abderrahmane et-Thaâlibi est une zaouïa situé à la basse casbah d’Alger honorant la mémoire du saint patron de la ville, Sidi Abderrahman et-Thaâlibi. Elle fait partie des zaouïas en Algérie sous la tutelle du ministère des Affaires religieuses et des Wakfs et de la Référence religieuse algérienne.

[4] Al Bousiri, de son nom complet Abū ‘Abdallāh Muhammad ibn Sa’īd ul-Būsīrī Ash Shadhili, (1211–1294) fut un poète d’origine berbère[1] sanhadja de Kabylie en Algérie.

[5] Les soufis : sont des mystiques musulmans, adeptes du soufisme, une branche de l’islam qui met l’accent sur l’expérience spirituelle directe de Dieu.



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