A la recherche du « Je » : Est-ce que je ressentirai ton absence, ô chère Algérie ?
« L’Algérie va-t-elle te manquer ? » a demandé une Algérienne à mon épouse.
Elle lui a répondu : « Oui, bien sûr. La terre et la mer, les arbres et les bâtiments, la brise et l’air… tout cela nous manquera. Mais plus que tout, ce sont les gens de bien qui nous manqueront le plus. Ces personnes dont le comportement et la moralité sont dénués d’arrogance ou de vanité, celles qui ne rivalisent pas pour prouver qui est le meilleur, le plus important ou le mieux placé. »!
C’est ainsi que nous avons trouvé les Algériens, découvrant qu’une grande majorité d’entre eux sont empreints d’une immense bienveillance. Comme je le dis souvent : ils ont le cœur sur la main, une bonté débordante et une grande miséricorde.
Comment pourrais-je oublier ce pays, alors que j’ai été imprégné par les différentes époques de son histoire et parcouru les diverses régions de sa géographie !
Comment pourrais-je oublier ce pays, moi qui ai eu la chance de vivre aux côtés de ses illustres figures : moudjahidines, penseurs, écrivains et savants !
Mon expérience dans la rédaction du livre « Les figures les plus célèbres d’Algérie » en persan suffirait à me faire regretter l’Algérie. Lorsque, pour le soixantième anniversaire de la Révolution du 1er Novembre, j’ai entrepris de dépeindre soixante-dix personnalités algériennes, mes lectures, recherches et entretiens m’ont offert une connaissance approfondie de tant de grands Algériens.
Comme je l’ai déjà exprimé en interview, j’ai la conviction que la véritable richesse de l’Algérie ne réside pas dans ses ressources souterraines comme le pétrole, le gaz ou les minerais. Elle se manifeste plutôt à la surface, à travers les grandes figures humaines et les personnalités d’exception que le pays a données.
J’ai vécu une expérience de recherche formidable et extrêmement enrichissante. J’ai pu m’attarder sur chaque détail, grand ou petit, des livres et documents, et explorer minutieusement toutes les bibliothèques et armoires. C’était une quête passionnée pour saisir chaque aspect de l’histoire de ce pays à travers ses diverses périodes.
J’ai été ému aux larmes par les confessions de Saint Augustin, puis me suis délecté d’un café en compagnie de Miguel de Cervantes (l’auteur de Don Quichotte) dans sa grotte, nichée au cœur d’Alger.
J’ai entamé mon périple avec les retraites de Sidi Boumediene El Ghaouth et l’ai achevé avec Cheikh Abderrahmane Al-Thaâlibi. J’ai prêté allégeance à l’Émir Abdelkader sous l’orme et me suis rempli de fierté et d’honneur devant la bravoure de la moudjahida Lalla Fatma N’Soumer.
J’ai répété l’ode nationale avec le Cheikh Abdelhamid Ben Badis : « Le peuple d’Algérie est musulman », et découvert les vers les plus sublimes avec le Cheikh El Bachir El Ibrahimi. Je me suis longuement entretenu avec le penseur Malek Bennabi, qui m’a enseigné et a répondu à ma question essentielle : « Pourquoi sommes-nous musulmans ? »
J’ai partagé les murmures de Moufdi Zakaria dans l’obscurité de sa cellule, là où ses mots, écrits avec son sang, imprégnaient les murs.
« Nous jurons par les tempêtes dévastatrices — Et par le sang pur et immaculé »
J’ai arpenté les ruelles et les rues avec Djamila Bouhired, traquant les pièges de l’oppresseur français. J’ai partagé les souffrances de Mustapha Ben Boulaïd dans sa marche et son djihad, et j’ai ressenti la douleur poignante de Larbi Ben M’hidi alors qu’il enregistrait des actes d’héroïsme inégalés sous la torture.
J’ai plongé dans les récits d’Abdelhamid Ben Hadouga et de Tahar Ouettar, et j’ai exulté, criant de joie avec Houari Boumédiène à la victoire de la Révolution de Libération Nationale.
J’ai partagé une longue soirée très instructive avec le penseur et écrivain Mouloud Kacem Naît Belkacem, qui m’a amplement éclairé sur la situation des mondes arabe et islamique.
J’ai exploré les multiples facettes de l’Algérie à travers mon imagination, mes lectures, mes réflexions et mes écrits.
Désormais, je porte en moi un cœur vibrant d’amour, un corps aspirant au retour et une âme qui désire s’envoler dans le ciel de ce pays.
Je pars avec un esprit empli d’optimisme pour l’avenir de l’Algérie et de sa terre insoumise, cette terre qui attire les cœurs et captive les âmes… Et ce n’est pas étonnant, car elle est abreuvée par le sang pur des martyrs!