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Nationale

A la croisée des chemins

A la croisée des chemins

Voilà maintenant plus de deux mois que les Algériens réclament un changement profond de tout le système. Les rues, mobilisant des millions de personnes à travers les quarante-huit wilayas, ne désemplissent pas et les citoyens sont toujours déterminés à battre le pavé pour faire aboutir leurs revendications.

Car il faut le reconnaître, hormis quelques acquis, même s’ils sont conséquents, comme la démission du président Abdelaziz Bouteflika, le limogeage de certains responsables du « sérail » et le lancement de procédures judiciaires contre des hommes d’affaires réputés proches du cercle présidentiel, le Hirak n’a toujours pas réussi à amorcer l’essentiel, à savoir l’instauration de la confiance entre gouvernants et gouvernés et une transition politique sur la base d’un dialogue consensuel pour la refonte du pays.

Pour les manifestants, acquis par conviction à la thèse du “dégagisme » la voie constitutionnelle, à laquelle s’accroche aussi bien le pouvoir exécutif hérité de l’application stricte de l’article 102 de la Constitution, que l’institution militaire représentée par son haut commandement, n’est pas suffisante.

L’option d’organiser une élection présidentielle le 4 mai prochain s’avère aussi un projet rejeté par le Hirak. Ce dernier considère que la crise politique que traverse le pays est plus profonde qu’une simple vacance institutionnelle et nécessite par conséquent un traitement substantifique.

La rue fait-elle alors, par manque de confiance ou par manipulation, une erreur d’appréciation de la feuille de route proposée par le pouvoir ? Une chose est certaine : la réponse ne coule pas de source, elle nécessite une approche objective de la situation pour ne pas tomber dans les raccourcis.

Cependant, et en dépit de tous les messages rassurants et forts adressés par l’armée en faveur de l’élan populaire, le peuple a le droit d’afficher une méfiance à l’égard d’un système prêt à se régénérer s’il dispose du temps et des mécanismes nécessaires. D’ailleurs, la semaine écoulée a été pleine de signaux dont, le moins que l’on puisse penser, sont inquiétants. Sur le plan politique, pour ne citer que cela, on évoquera principalement l’élection d’un homme d’affaires à la tête du Front de libération nationale au moment où la rue revendique une rupture entre l’argent et la politique.

Le maintien de l’option constitutionnelle comme voie unique de sortie de crise dans les messages de l’état-major constitue aussi un facteur de frustration pour l’élan populaire qui soupçonne un “rapprochement” au sommet. Pour bon nombre d’observateurs, nous sommes donc à la croisée des chemins et deux scénarios sont probables : la satisfaction de toutes les revendications populaires et l’entame d’une véritable transition, ou bien le maintien de l’option actuelle, qui a toute les chances d’aboutir à une crise plus profonde lorsque le mandat intérimaire du chef de l’Etat arrivera à expiration

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