75 000 départs de feu depuis 1985: Le constat alarmant de la Banque mondiale
L’Algérie fait face à une menace croissante liée aux incendies de forêt. Selon un récent rapport de la Banque mondiale, le pays a enregistré plus de 75 000 incendies entre 1985 et 2022, ayant détruit, en moyenne, 35 000 hectares de couvert forestier chaque année. Face à l’intensification de ce phénomène sous l’effet du changement climatique, l’institution internationale appelle à un changement de paradigme, privilégiant la prévention et le renforcement de la résilience des écosystèmes forestiers.
Portant le titre « Des incendies à la résilience : repenser la gestion des forêts en Algérie », le rapport de la BM souligne que les surfaces ravagées annuellement par les flammes représentent l’équivalent de 50 000 terrains de football. Les auteurs mettent en évidence l’impact des sécheresses prolongées, de la hausse des températures et de la dégradation des sols, qui favorisent des incendies plus fréquents, plus intenses et plus difficiles à maîtriser.
Le rapport revient largement sur les incendies dévastateurs de l’été 2021, qui ont coûté la vie à plus d’une centaine de personnes. Les pertes directes enregistrées dans les seuls secteurs de l’agriculture et du logement ont dépassé 124 millions de dollars.
Au-delà du lourd bilan humain et matériel, ces incendies ont profondément affecté les moyens de subsistance des agriculteurs, des éleveurs et des apiculteurs. Ils ont également porté atteinte à la biodiversité, détruit des habitats naturels et affaibli le rôle essentiel des forêts dans la protection des ressources hydriques, avec des conséquences environnementales et économiques appelées à perdurer.
Le diagnostic réalisé conjointement par la Banque mondiale et les autorités algériennes met en évidence plusieurs insuffisances dans la gestion du patrimoine forestier. Parmi les priorités, figurent la modernisation des plans d’aménagement des forêts, l’achèvement de la délimitation des espaces forestiers, l’amélioration des systèmes de données et de cartographie, ainsi que le renforcement de la coordination entre les différentes institutions concernées.
Le rapport insiste également sur la nécessité de lutter contre le surpâturage, la déforestation et le faible niveau d’application de la réglementation, autant de facteurs qui accentuent la vulnérabilité des massifs forestiers aux incendies.
Pour faire face à ces défis, l’Algérie travaille à la mise en place d’un système moderne de gestion des incendies de forêt. Celui-ci reposera sur des outils d’alerte précoce, des bases de données renforcées, une meilleure coordination institutionnelle et le développement des capacités techniques des services concernés.
Une stratégie d’investissement est également en préparation afin de généraliser ces dispositifs à l’échelle nationale. Elle prévoit notamment l’installation de caméras de surveillance, le recours aux drones, l’amélioration des pistes d’accès aux zones forestières, ainsi que la création de réseaux hydrauliques dédiés à la lutte contre les incendies.
La wilaya de Béjaïa est citée dans le rapport comme un exemple révélateur de l’ampleur du phénomène. Entre 1985 et 2022, elle a enregistré près de 5 300 incendies, ayant détruit plus de 144 000 hectares de forêts, ce qui en fait la deuxième wilaya la plus touchée du pays.
La Banque mondiale relève également les avancées réalisées sur le plan juridique avec l’adoption de la loi sur les forêts en 2023 et de la loi relative à la gestion des risques de catastrophes en 2024. Ces textes visent à améliorer la gouvernance des risques, encourager les investissements et à renforcer l’implication des populations locales dans la protection des espaces forestiers.
Le rapport recommande, en parallèle, de développer l’économie forestière en valorisant les produits forestiers non ligneux, tels que le liège, la résine, les huiles essentielles et les plantes médicinales. L’écotourisme est également présenté comme un levier de développement durable, tout comme une plus grande participation des jeunes et des communautés locales à la gestion des forêts.