-- -- -- / -- -- --


Nationale

5 juillet 1962 : Pour que naisse l’Algérie nouvelle

5 juillet 1962 : Pour que naisse l’Algérie nouvelle

Alors que les nostalgiques de « l’Algérie française » tentent de réécrire l’histoire à chaque commémoration, le 5 juillet 1962 demeure le symbole d’une dignité reconquise. Face à 132 ans d’un ordre colonial féroce, les générations de l’indépendance s’érigent aujourd’hui en gardiennes d’un héritage inaliénable  le refus absolu de l’oubli.

Le 5 juillet 1962 n’a pas seulement consacré l’indépendance de l’Algérie. Ce jour historique a sonné le glas d’un ordre colonial qui, durant cent trente-deux ans, avait relégué l’Algérien au rang d’« indigène » sur sa propre terre. Cette victoire n’a pas seulement restitué un territoire à son peuple ; elle lui a rendu sa dignité, son histoire, et le droit imprescriptible de ne jamais oublier la longue nuit coloniale.

Pourtant, à lire ou écouter certains discours, cette indépendance est présentée comme si elle avait été usurpée ou imméritée. Comme si les Algériens autochtones étaient les colons de ces terres fertiles de la Mitidja ou des hauts plateaux constantinois — véritables greniers qui vinrent jadis garnir l’opulence des rois, des princes et des maréchaux de l’Ancien Empire. À chaque célébration du 5 juillet ou du 1er novembre, des voix surgissent en France pour pleurer ce « paradis perdu ». Ils oublient que ce prétendu paradis était un enfer pour les Algériens.

Ces pleureuses, qui ont érigé des murs de lamentations dans les médias français et sur les blogs du Net, ont participé avec zèle et racisme à l’asservissement de tout un peuple. Elles agissaient avec l’aveugle certitude de traduire la grandeur factice d’une « œuvre civilisatrice chrétienne ». Cette œuvre, qui a pourtant marché sur les corps mutilés des peuples de l’Amazonie jusqu’au Vietnam, a été reçue en héritage par la descendance de ces colons sanguinaires.

Les cortèges de la spoliation

Au lendemain de la capitulation du Dey Hussein, l’Algérie a vu se déverser sur son sol des cortèges d’affamés, de misérables, de marginaux et de desperados fuyant la famine, la tyrannie et l’infortune en Europe. Ils sont venus spolier, par le sang et le feu, les terres d’un peuple cultivé et fier. Leur but était de raser l’identité et l’histoire d’une nation dont les imposteurs de la colonisation veulent aujourd’hui occulter l’existence pour justifier leur abject forfait, odieusement maquillé en acte de civilisation.

Beaucoup parmi ces parvenus d’Europe étaient des hors-la-loi, enrôlés au sein du corps expéditionnaire colonial moyennant une concession de terrain ou de biens saisis à l’autochtone par le glaive. Ils semaient la terreur sous les ordres de généraux racistes, dont la machine destructrice a broyé l’Algérien pendant 132 ans — une œuvre de sang entamée par les Bugeaud et Saint-Arnaud, et achevée par les Salan, Susini et Lagaillarde. Tout au long de leur présence, les colons ont regardé l’indigène algérien comme une simple propriété.

Le Code de l’Indigénat : Une justice d’exception et des lois scélérates conçues pour légitimer un ordre d’un autre âge, privant les Algériens de leurs droits civiques les plus élémentaires.

Toute contestation de cette situation avilissante était inconcevable à leurs yeux, tant ils étaient convaincus d’exercer un droit divin sur l’« arabe » d’Algérie. Ils ne se considéraient comptables ni de sa mort, ni de sa misère. Pour eux, l’indigène méritait son sort d’esclave, puisque c’était le destin auquel la volonté divine le vouait. L’Église, tout comme les lois scélérates à l’instar du Code de l’indigénat, veillaient à légitimer cet ordre établi, tout droit venu des fonds du Moyen-Âge.

Ainsi, les revendications d’égalité et de justice réclamées par l’indigène ont toutes essuyé une fin de non-recevoir de la part de la France coloniale. Tout ce qui remettait en cause l’ordre établi et le régime colonial devait être impitoyablement broyé. Les massacres, les enfumades et les déportations furent les seules réponses à la moindre résistance. Cette machine de répression s’est affirmée comme l’une des plus atroces de l’histoire humaine.

Les bombardements au napalm des mechtas et des douars, les exécutions sommaires, les tortures inhumaines infligées à tout prisonnier suspect, ainsi que les massacres collectifs de populations sur lesquelles pesaient de simples « soupçons » de soutien aux moudjahidine : voilà la recette civilisatrice livrée aux Algériens durant la guerre de libération.

Aujourd’hui, tout Algérien digne de ce nom ne saurait oublier cette affreuse page de son histoire. Les générations les plus marquées par le traumatisme colonial ne sont plus seulement celles qui l’ont subi dans leur chair. Celles-ci, par la force du temps, sont en voie d’extinction.

Ce sont plutôt les générations de l’Indépendance qui ont découvert l’étendue de l’imposture, l’horreur de la France coloniale et l’ampleur du désastre causé au pays ainsi qu’à leur ascendance.

Si les colons ont légué à leur descendance la nostalgie de l’occupation et le racisme contre l’Algérien, les libérateurs du pays ont, quant à eux, inoculé à la leur le droit à la mémoire : un pacte sacré pour ne jamais oublier ce que fut la longue nuit coloniale. 



Veuillez activer JavaScript dans votre navigateur pour remplir ce formulaire.

Cet article vous-a-t-il été utile?

Cet article vous-a-t-il été utile?
Nous sommes désolés. Qu’est-ce qui vous a déplu dans cet article ?
Indiquez ici ce qui pourrait nous aider a à améliorer cet article.
Email
Mot de passe
Prénom
Nom
Email
Mot de passe
Réinitialisez
Email