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Nationale

44e conférence de l’Eucoco : L’option de retour à la lutte armée fortement discutée

44e conférence de l’Eucoco : L’option de retour à la lutte armée fortement discutée

Le prochain congrès du Front Polisario, prévu à la mi-décembre prochain, sera décisif pour l’avenir du Sahara occidental, dont le dossier est appelé à connaître de nouveaux rebondissements. Il est désormais ouvert à toutes les éventualités après, notamment, l’adoption à la fin d’octobre dernier de la résolution 2494 par le Conseil de sécurité de l’ONU, portant prolongation de 12 mois du mandat de la MUNORSO (Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental).

Appréciée par la partie marocaine, cette décision est loin de répondre aux attentes du Front Polisario qui avait affiché clairement son insatisfaction, voire sa réprobation quant à ce énième rallongement. Il a appelé la communauté internationale à plus de sérieux et de rigueur vis-à-vis de la cause sahraouie, à même de faire avancer le processus de paix dans la région. A la lumière de ces évolutions, le Premier ministre sahraoui, Mohamed El Ouali Akik, a indiqué, en marge des travaux de la 44e édition de la Conférence européenne de soutien et de solidarité avec le peuple sahraoui (44e Eucoco), tenue en Espagne, que toutes les options seront débattues lors dudit congrès, y compris le recours à l’action armée.

Et de préciser à ce titre : « le Front a pris la décision de revoir le parcours du processus du règlement du conflit au Sahara occidental, son attitude envers les Nations Unies et qu’il n’est plus question de laisser le sort de ce dossier entres les mains des seuls Marocains. La nouvelle orientation de la politique à suivre par le Front sera décidée lors du congrès populaire général ». « Le peuple sahraoui, fait-il observer, est prêt à mourir sous les bombes de la guerre que de voir piétiner sa dignité et de continuer à vivre dans des conditions inhumaines ».

A cet égard, « l’option d’un retour au combat armé n’est pas exclue, voire elle se pose fortement », assène le Premier ministre sahraoui lors d’une conférence de presse tenue à Vitoria-Gasteiz (Pays Basque).

Après concertation avec les congressistes, le Front verra l’évoluation de la situation générale et où l’on prendra toutes les décisions en rapport avec « l’option adéquate » et l’élection du nouveau commandement qui aura les prérogatives de décider, en cas de reprise de combat armé, de la date, du lieu et de la forme de ces prochaines actions de lutte.

Durant 45 ans de conflit entre le Sahara occidental et le Maroc, toutes les décisions internationales prises en la matière sont restées des écrits sans effets concrets. En l’absence d’un espoir d’aboutir à une résolution définitive, le Front usera de tous les moyens afin de basculer, en faveur du peuple sahraoui, le cours du processus du règlement de ce conflit, affirme, M. Akik.

Il a indiqué par ailleurs que les envoyés onusiens ont tous échoué dans la mission d’organiser un référendum d’autodétermination du peuple sahraoui, suite à la position de la France soutenue par l’Espagne et qui n’ont pas arrêté d’entraver, et par ricochet, de mettre en échec le travail de ces envoyés.

Quant à l’exploitation illégale des richesses sahraouies par l’administration du Makhzen en connivence avec des pays européens, on estime que cette question fait l’objet

d’ateliers programmés dans le cadre de cette 44e Eucoco.

Ainsi, les parlementaires européens et les représentants de la société civile ayant pris part à cet évènement annuel auront à examiner les mécanismes à mobiliser pour faire pression sur les gouvernements des pays impliqués dans les signatures de conventions économiques, permettant l’exploitation des richesses sahraouies sans l’approbation du peuple sahraoui et en porte-à-faux avec la légitimité internationale.

La 44e conférence européenne de solidarité avec le peuple sahraoui a vu la participation de plus de 500 politiques, parlementaires et représentants de la société civile venus du monde entier. Plusieurs volets ont été traités à travers quatre ateliers consacrés essentiellement aux questions liées à la politique et l’information, aux droits de l’homme et à la situation humanitaire dans les territoires sahraouis, ainsi qu’à l’exploitation illégale des richesses sahraouies et au renforcement des institutions de la République arabe sahraouie démocratique.

Pierre Galand, président de la coordination européenne des comités de soutien au peuple sahraoui :

« Nous devrons nous approcher des nouveaux parlementaires européens »

Le mouvement de solidarité avec le peuple sahraoui met l’accent, lors de la 44e conférence de l’Eucoco, tenue les 22 et 23 novembre à Vitoria en Espagne, sur l’importance de désigner, le plus vite possible, le nouvel envoyé personnel du SG de l’ONU pour le Sahara occidental et d’éviter les échecs essuyés par les anciens émissaires onusiens. Aussi la nécessité de rajeunir la solidarité avec cette cause est l’un des points essentiels évoqués, en plus de l’intensification du travail visant à mettre plus de pression sur les institutions internationales et européennes pour achever le processus de décolonisation du Sahara occidental. Ce sont les questions qui ont été abordées amplement par le président de la Coordination des comités de soutien au peuple sahraoui, Pierre Galand, dans cet entretien accordé au Jeune Indépendant.

Le Jeune Indépendant :

Le dossier du Sahara occidental semble prendre un nouveau tournant, notamment après l’adoption de la résolution 2494 stipulant la prolongation du mandat de la MINURSO d’une année. Quel est votre commentaire sur cette décision ?

Pierre Galand :

Lorsque monsieur le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, avait nommé son envoyé personnel Horst Köhler, nous pensions que les choses allaient avancer de manière à aboutir à des résultats plus concrets. Mais rien n’en fut. Nous avons l’impression que cette résolution est similaire à celles adoptées depuis des années. Elle n’apporte rien de neuf puisque l’on prolonge d’un an sans poursuivre les démarches devant accompagner un tel allongement. De ce fait, nous sommes très déçus de la manière de gérer le dossier du Sahara occidental par l’ONU, qui ne remplit pas ses obligations vis-à-vis du peuple sahraoui. Nous appelons, donc, monsieur le SG de l’ONU à prendre l’initiative de désigner son nouvel envoyé personnel. Chose qui n’a pas été faite jusqu’à présent depuis l’adoption de la résolution 2494 à la fin d’octobre dernier.

Lors de l’atelier politique et information que vous avez présidé, vous avez souligné l’importance d’intensifier les actions menées

dans le cadre du mouvement de solidarité à même de faire pression au niveau des institutions européennes et internationales, afin de faire bouger la machine de décolonisation du Sahara occidental. Pouvez-vous nous expliquer amplement ces actions et à quel niveau faudrait-il les mener pour les rendre plus efficaces ?

Nous avons observé que du côté judiciaire, la judiciarisation du processus de paix sahraoui, il y a des étapes extraordinaires qui ont été accomplies au sein de l’Europe avec la Cour de justice européenne qui définit clairement que le territoire sahraoui est distinct des territoires marocains et n’en fait pas partie. Ce qui fait que les accords économiques conclus entre le Maroc et les pays européens ne peuvent pas être étendus aux territoires sahraouis. Cette réalité est claire et réaffirmée à maintes reprises. Il s’agit d’un grand pas en avant. Nous constatons que du côté de l’Union africaine les choses avancent à la même cadence, notamment avec la position des Etats membres faisant partie de ce que nous appelons les pays de la ligne de front, qui ont également réaffirmé leur solidarité avec le peuple sahraoui, ainsi que la légitimité de cette lutte. Ce sont tous des pays qui ont mené des mouvements de libération et ont été reconnus internationalement. Ils réitèrent que le Front Polisario est le seul représentant légitime du peuple sahraoui et soulignent le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination et à l’indépendance. Nous estimons que le travail de ces pays au sein de l’organisation continentale est extrêmement capital. L’élargissement, à l’échelle mondiale, du consensus sur la légitimité de la représentation du Front Polisario. Evidemment qu’il y a des politiques de la France et de l’Espagne qui font semblant de ne pas entendre ce consensus, mais il appartient aujourd’hui de faire entendre cette réalité à nos responsables politiques. Nous devrons, à cet égard, nous rapprocher des nouveaux parlementaires européens censés être ouverts pour s’imprégner de ce dossier et du processus de décolonisation des territoires sahraouis occupés par le Maroc depuis 45 ans.

Vous avez indiqué que le travail et les efforts consentis par l’ensemble des comités de solidarité sont confrontés à un « mur ». Quelles est la nature des embûches auxquelles vous faites face ?

Le mur connu depuis plusieurs décennies est celui construit par le Maroc, dit mur des sables, le plus grand dans l’histoire du monde. Aujourd’hui, je dis objectivement que le deuxième « mur » a été construit par l’ensemble des acteurs au service du programme français à travers le monde, que ce soit au niveau du Conseil de sécurité ou au sein des institutions européennes. La France s’érige, ainsi, en principal obstacle face à la gestion sereine et progressiste du dossier sahraoui et, par conséquent, au règlement du conflit au Sahara occidental.

Vous avez également appelé à la nécessité de rajeunir la solidarité avec la cause sahraouie de par le monde. En tant que vétéran activiste solidaire avec le peuple sahraoui, quelles mesures suggérez-vous aux activistes de votre mouvement afin de sensibiliser les générations montantes à cette cause à l’effet d’assurer la relève en termes de soutien et de solidarité ?

Après 45 ans de militance pour la décolonisation du Sahara occidental, les activiste ayant adhéré à cette cause ont vieilli et devront penser sérieusement à passer le flambeau de militance. Il est fondamental qu’il y ait un contrat entre anciennes et nouvelles générations autour de la conception et des notions mêmes de ce qui est la solidarité et les droits des peuples à disposer d’eux-mêmes. Nous constatons clairement la capacité des jeunes à se mobiliser sur les questions environnementales et ils le seront autant pour les causes justes. Ils doivent prendre conscience que le droit international est un instrument de coexistence pacifique entre les peuples et que le droit international doit aussi s’occuper des questions du vivre-ensemble, que ce soit sur le plan de la décolonisation, de l’autonomie et du droit à l’autodétermination.

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