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Nationale

2 millions de tonnes de carburant vendus en dehors du pays

2 millions de tonnes de carburant vendus en dehors du pays

Le trafic de carburant aux frontières a encore de beaux jours devant lui. Ce phénomène, qui a pris de l’ampleur depuis plus d’une dizaine d’années, a pris des proportions alarmantes causant au Trésor des pertes considérables.

En chiffres, il représente un manque à gagner de deux milliards de dollars pour le Trésor public. L’Algérie importe annuellement pour un peu moins de 5 milliards de dollars de carburant aux cours en vigueur sur les marchés internationaux pour le revendre 10 fois moins cher sur le marché local. Le ministère de l’Energie, Abdelmadjid Attar, a fait une révélation fracassante, a, lors de son audition par les députés dans le cadre du projet de loi de finances 2021. Il a fait savoir que les ventes du carburant (essences super, normal et sans plomb) dans les wilayas frontalières représentent 14% du total des ventes nationales, soit un volume de près de 2 millions de tonnes de carburant qui, chaque année, sont transportées au-delà des frontières et vendus sur le marché de la contrebande. En effet, la consommation du carburant (essences et gasoil) en 2019 sur le marché national a atteint 14,41 millions de tonnes, soit une hausse de 0,9% par rapport à 2018 (14,28 millions de tonnes).

La consommation des essences a atteint 3,91 millions de tonnes en 2019. Selon les conclusions d’une nouvelle étude datant de l’année 2017 d’Atlantic Council sur la contrebande du pétrole, citée par le journal britannique The Guardian, près de 660 000 véhicules marocains et tunisiens consomment du carburant algérien, soit près de 13% de l’ensemble du parc roulant dans ces deux pays. L’étude confirme, en fait, le chiffre déjà avancé en 2013 et qui faisait état de 600 000 véhicules roulant à l’essence et au gasoil algériens de contrebande. Les trabendistes achètent du carburant à bas prix dans les stations-service de Tlemcen, de Relizane, de Chlef, de Tébessa avant de le revendre dans les pays voisins (Maroc et Tunisie), avec des marges bénéficiaires brutes considérablement plus élevées que celles pratiquées en Algérie.

Selon certaines statistiques, 60% du commerce illicite de carburant alimentent le Maroc, 30% la Tunisie et les 10% restants les pays des frontières sud de l’Algérie, notamment le Mali. Concernant le gasoil, sa consommation dans les wilayas frontalières et les wilayas limitrophes représente 70% de la consommation nationale, a ajouté le ministre, qui a tenu à rappeler que l’Algérie a importé près de 2 000 milliards de dinars de carburant entre 2010 et 2019. Pour contrer cette contrebande, le gouvernement, qui peine à freiner ce trafic nocif pour l’économie, prévoit d’instaurer une taxe sur la consommation des carburants à chaque sortie aux frontières du pays, ce qui limitera les pertes issues de la contrebande de cette matière subventionnée.

M. Attar a précisé que cette taxe «n’éliminera pas le phénomène de la contrebande mais limitera les pertes qu’elle engendre», assurant que «cette taxe n’aura pas d’impact sur le citoyen lambda». Le PLF 2021 propose, en effet, l’institution d’une taxe sur la consommation des carburants des véhicules et camions (essence et gasoil) à chaque sortie aux frontières du pays. Les tarifs de cette taxe sont appliqués comme suit : 2 500 DA pour les véhicules touristiques, 3 000 DA pour les véhicules utilitaires et camions de moins de 10 tonnes et 10 000 DA pour les camions de plus de 10 tonnes ainsi que les bus.

M. Attar a mis l’accent sur l’impératif de rationaliser la consommation du carburant, de limiter son importation qui coûte au Trésor public des sommes colossales et d’accroître les recettes de l’Etat, tout en œuvrant à réduire les aides de l’Etat en faveur de la Sonatrach. Le ministre a dévoilé, par ailleurs, le montant des dettes représentant les subventions des prix de carburants importés durant la période 2015-2020, qui s’est élevé à près de 897 milliards de dinars, dont 145 milliards en 2020. La Sonatrach, à elle seule, a payé, à ce jour, un montant de 53,4 milliards de dinars aux unités de dessalement de l’eau de mer «sans aucune compensation en contrepartie».

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