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1er Mai: Acquis corporatistes et tensions sociales

1er Mai:  Acquis corporatistes et tensions sociales

Le multi-syndicalisme a été introduit en Algérie au début des années 1990, dans la foulée de l’ouverture démocratique. A l’époque du syndicat unique, les manifestations et les marches des travailleurs se déroulaient partout à travers le territoire national.
Cette pratique a cessé depuis l’introduction du multi-syndicalisme.
La journée du 1er mai symbolise également la lutte des travailleurs dans le pays pour des conditions de travail meilleures, qui garantissent leur sécurité pendant l’exercice de leurs fonctions, notamment les travaux manuels à risque (maçons, manœuvres, démineurs, pompiers).
Les travailleurs, les employeurs, le gouvernement ainsi que les ministères de la Santé et du Travail, en collaboration avec l’Organisation internationale du travail (OIT), célèbrent partout cette journée avec un objectif commun, celui de promouvoir la culture de la sécurité en milieu professionnel. Pour rappel, fête du travail puise ses origines dans une grève généralisée de salariés américains en 1886.
Le 1er-mai vient en réalité des Etats-Unis. En effet, le 1er mai 1886, une grève généralisée suivie par près de 350 000 travailleurs, y paralyse un nombre important d’usines. Les salariés réclament une journée de travail de 8 heures mais les patrons s’y opposent. La contestation est particulièrement vive à Chicago, dans l’Illinois. Le 3 mai, environ 10 000 ouvriers grévistes se massent devant les usines Mc Cormick pour protester contre les briseurs de grève et les conspuer. La police charge alors la foule puis l’armée intervient. 6 morts et de nombreux blessés sont à déplorer. Le lendemain, un meeting de protestation réunit près de 150 000 personnes.


Emeutes de Chicago

La ville est en état de siège et une bombe explose tuant 15 policiers. Si les manifestants obtiennent gain de cause, le bilan est lourd avec plus de dix morts du côté des travailleurs. Trois ans après les émeutes de Chicago, en 1889, l’Internationale socialiste se réunit à Paris et adopte le 1er mai comme « Journée internationale des travailleurs ».
En 1890, les manifestants arborent un triangle rouge qui symbolisait leur triple revendication : 8 heures de travail, 8 heures de sommeil, 8 heures de loisirs. Le 1er mai 1891 a lieu la fusillade de Fourmies (Nord). Ce jour-là, la troupe met fin dans le sang à une manifestation pacifique d’ouvriers clamant : « C’est les huit heures qu’il nous faut ! ». Le bilan est de 9 morts et 35 blessés. Aujourd’hui, la Fête du travail est un jour chômé dans la quasi-totalité des pays du monde. La fête du 1er-Mai a été instaurée en Algérie à l’indépendance, en 1963, bien qu’elle fût célébrée lors de l’occupation française.
La célébration intervient, cette année, dans un contexte particulier marqué par la montée au créneau de nombreuses organisations syndicales indépendantes. En effet, des grèves secouent depuis le début de l’année plusieurs secteurs. 30 organisations syndicales de travailleurs sur 65 ont répondu favorablement aux demandes de renseignements publiées sur le site officiel du ministère du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale sur la représentativité, dans le délai légal, soit le 31 mars 2018. Ce constat a été établi après l’examen des dossiers de représentativité des organisations syndicales de travailleurs enregistrées, conformément aux dispositions de la loi n° 90-14 du 2 juin 1990, modifiée et complétée, relative aux modalités d’exercice du droit syndical.
Le ministère du Travail a rappelé que 17 des 30 organisations syndicales ont adhéré et ont transmis les éléments de la représentativité, selon les nouvelles formalités, en renseignant et en transmettant les informations, en téléchargeant le nouveau canevas d’information à partir du site officiel du ministère ou dans le CD ROM qui leur a été transmis. En revanche, 13 organisations syndicales ont transmis leurs dossiers, sans respect du nouveau canevas d’information. Concernant les syndicats qui n’ont pas transmis les données demandées, selon le nouveau canevas d’information, ils seront considérés comme « non représentatifs ».

L’UGTA plaide pour la souveraineté économique
Seule l’Union général des travailleurs algériens (UGTA) le syndicat historique qui a conclu un pacte avec le gouvernement et le patronat, semble en retrait de cette vague de contestation et s’apprête à célébrer cette journée sous le signe de la mobilisation. L’UGTA a annoncé qu’elle célébrera le 1er-Mai, journée internationale du travail, à travers tout le territoire national, sous le thème de « La souveraineté économique et la promotion de la production nationale ».

De ce fait, la direction centrale, par Abdelmadjid Sidi Saïd, a appelé toutes les travailleuses et tous les travailleurs à « se mobiliser pour la sauvegarde de notre souveraineté économique chèrement acquise ».
Depuis plusieurs années, le mouvement syndical algérien rend hommage aux victimes des accidents et des maladies liés au travail, en mettant prioritairement l’accent sur la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles. L’avant-projet du code du travail vise à transformer le salariat, tout en limitant davantage les droits syndicaux, de grève et de négociation collective, lesquels sont d’ailleurs quasiment inexistants dans le secteur privé.
A gauche, Sidi Said en compagnie de Haddad, leader du FCE

Durant ces quinze dernières années, plusieurs conventions collectives de branches, d’entreprises et d’accords salariaux ont été conclues aussi bien dans le secteur économique public que dans le privé. C’est suite à de longues négociations et à des pressions syndicales que le salaire minimum garanti a connu une augmentation de l’ordre de 300 % depuis septembre 1998 à ce jour. En effet, il était de 6 000 DA au 1er septembre 1998, et a connu progressivement, tous les deux ans, une revalorisation, pour atteindre finalement au 1er janvier 2012 le montant de 18 000 DA. D’autre part, les augmentations salariales ainsi que les réformes relatives au pouvoir d’achat des catégories sociales des travailleurs sont intervenues dans un cadre géopolitique très particulier. A l’inverse, les critiques visant à remettre en cause la protection sociale en faveur des catégories défavorisées en général et du système de sécurité sociale basé sur les principes de la répartition et de la solidarité prennent de réelles proportions. Elles inquiètent grandement les organisations syndicales.
La promulgation de la nouvelle loi relative aux mutuelles sociales et le projet de loi relative à la santé s’inscrivent en droite ligne dans cette politique de réforme graduelle.
Mais, il faudra citer dans ce contexte, les grandes ébullitions syndicales qui ont marqué dernièrement les contestations des travailleurs. En plus du projet de réforme du code de travail, qui demeure toujours dans les tiroirs du gouvernement, il convient de rappeler les vagues de contestations sur la réforme de la loi sur la retraite et la disparition de la retraite anticipée. Des contestations qui ont véritablement marqué les esprits et ont réussi à créer de nouvelles formes de solidarité entre les syndicats autonomes et les corporations. Il aura fallu l’intervention prompte du chef de l’Etat et ses amendements de dernière minute pour que le projet de loi passe au niveau de l’APN et qui sera adopté rapidement. Cette mobilisation des travailleurs, autour de cette revendication de maintien du régime de la retraite anticipée ou proportionnelle, considérée comme des acquis sociaux, semble avoir marqué durablement les pouvoirs publics. C’est grâce à cet épisode que le gouvernement a tempéré ses ardeurs dans sa volonté à réformer et à amender le code du Travail. Une mouture qui semble avoir été reportée pour l’après-présidentielle de 2019.

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